Un an après, le mot de la fin

Il y a un an précisément, le mercredi 27 août 2014, je quittais la France et atterrissais en Israël, pays qui m’était totalement inconnu si ce n’était à travers les livres, les films et des retours d’autres étudiants. Je n’avais pas confiance en mon anglais, ni en moi. J’hésitais entre plusieurs masters et regardais celui en journalisme et affaires internationales avec des étoiles dans les yeux, sûre de ne pas être à la hauteur.

10 mois, 40 articles et 4750 vues plus tard…

Aujourd’hui, le 27 août 2015, je suis retournée à Sciences Po, mon école, pour ma première pré-rentrée. Demain, ce sera celle à l’école de journalisme. J’ai réussi. Me voici de retour dans un univers familier, des camarades à revoir, des habitudes à reprendre, mais de nouveaux défis à relever. J’ai appris à connaître Israël, à l’apprécier (souvent) et à le détester (parfois) ; mais il y a tant à découvrir que j’y retournerai très probablement l’été prochain pour un stage. Je parle mieux anglais et j’ai (un peu) plus confiance en moi.

La coïncidence temporelle était si belle que j’ai décidé d’en profiter et de clore aujourd’hui ce blog. Bien sûr, tous mes articles resteront en ligne et je répondrai à d’éventuels commentaires, mais j’aime les symboles et il est temps de passer à autre chose.

Le retour en France, le mois d’août, fut presque léthargique : je me sentais vide, sans but, loin de celles qui étaient devenues mes plus proches confidentes. Je montrais mes photos et la nostalgie me submergeait. Les questions plus ou moins pertinentes sur mon séjour se succédaient, sans que je parvienne à exprimer véritablement l’essence de ces dix mois passés à l’étranger, et d’ailleurs, qui aurait pu me comprendre ?

Mais le temps a passé, le retour à l’école s’est précisé, de nouveaux projets sont apparus, et cet Erasmus blues a progressivement disparu.

Vous pouvez ainsi me retrouver derrière la nouvelle association Sciences Po Défense & Stratégie, qui entend resserrer le lien entre notre école et le monde de la Défense ; ou sur un Tumblr, plateforme encore assez mystérieuse pour moi, à cette adresse : du28au117.tumblr.com 

Il faut aller de l’avant et ne pas vivre dans ses souvenirs. En puiser de la force et de l’expérience, et cesser de tout comparer. Les fruits sont moins goûteux, la vie plus chère, les sorties moins trépidantes, car j’avais tout à découvrir là-bas. Maintenant, je suis de retour chez moi. A Paris. A Sciences Po.

Oui, je suis attachée à ma vieille école, et mon émotion était grande cet après-midi quand j’ai revu la péniche, me suis assise sur les durs bancs de Boutmy pour assister à des réunions plus ou moins utiles.

« You are here to change the world », a dit le nouveau doyen de PSIA, Enrico Letta. Pari tenu.

Bonheur.

Huit mois plus tôt, très exactement, j’atterrissais à l’aéroport Ben Gourion et découvrais Israël, ce pays qui m’accueille depuis, ne cessant de me surprendre, pour le meilleur (souvent) et le pire (parfois). Depuis, j’ai voyagé dans les quatre coins de cette petite surface de terre si contestée, sans jamais le quitter : où en est le besoin, alors que des lieux si différents, de la mer Rouge d’Eilat aux collines verdoyantes de Galilée s’offrent à moi en quelques heures de bus et des frais modérés ?

Mais surtout, j’ai grandi, évolué, renforcé certaines convictions, abandonné d’autres. Je suis devenue, peut-être, un peu plus sûre de moi… Et j’ai écrit. Beaucoup. En anglais pour les cours, en français pour divers médias. Une vraie gymnastique mentale, en rentrant de voyage ou d’un événement par exemple : une rétrospective nécessaire, pour mieux structurer cette expérience, la digérer, la mettre en forme pour vous la livrer, mes chers lecteurs. Selon les statistiques, vous êtes surtout intéressés par mes photos et laissez peu de traces de votre passage : plus de 3500 visites pour huit commentaires, le ratio est, avouons-le, désespérant. Mais tant pis.

Et cette passion de l’écrit qui ne fera, je l’espère, que se développer dans le futur, car après des heures, des jours, passés sur mon dossier de candidature, sur la préparation de mon oral, des introspections douloureuses et des rafraîchissements innombrables du site de l’Ecole, c’est officiel…

JE SUIS ADMISE AU DOUBLE MASTER EN JOURNALISME ET AFFAIRES INTERNATIONALES DE SCIENCES PO !

J’ai presque hâte d’être à la rentrée, maintenant… Il me reste deux mois de cours – je rentre le 5 juillet – mais les cours à Rothberg s’arrêtent fin mai, heureusement. De plus en plus de mal à supporter ces heures vides de contenu, où poncifs et interventions sans but se succèdent. Une envie sournoise de l’effort minimal, de la validation de justesse sans travailler. Mais non, tenons le coup !

Et pour tous les futurs candidats, n’hésitez pas à me poser vos questions en commentaire. Vous avez toutes vos chances : votre plus grand ennemi, c’est l’auto-censure. Apprenez le code informatique, une nouvelle langue étrangère, proposez un article à l’Antichambre ou Rue89, tenez un blog ou un compte Instagram, mais faites quelque chose, prouvez que vous êtes là, que vous avez un avis réfléchi sur le monde – tout en restant humble.

La Provence à Jérusalem & autres nouvelles

Jeudi 26 mars. Matinée tranquille dans la bibliothèque glacée de Rothberg : les étudiants en graduate et en mechina sont en vacances depuis une semaine, et ce sera notre tour, pauvres undergraduate, dans quelques heures. A midi précisément, dans mon cas, après mon cours sur le mariage dans l’ancien judaïsme que je n’aurai peut-être pas dû prendre vu l’extrême lenteur de notre progression. Peut-être aussi suis-je désormais concentrée sur l’avenir, le master, le retour en France, la programmation des vacances d’été. Je me rends compte que je suis plus proche de la fin de ma 3A que du début – et cela depuis un certain temps – et c’est un sentiment étrange. Demain, cela fera sept mois que je suis en Israël…

La météo s’est aussi mise en vacances : grand ciel bleu, soleil d’été, 33° sont annoncés demain à Tel Aviv, ce qui me motive pour aller y passer la journée à bronzer sur la plage – ou plutôt, essayer de bronzer sans peler. Difficile de réviser pour le midterm d’hébreu dans ces conditions, qui s’est déroulé en deux parties (compréhension de texte et essay hier, grammaire ce matin) et d’une manière plutôt satisfaisante (je verrai à la rentrée).

Je reconnais que mon cerveau est probablement arrivé à la limite de ses capacités ces derniers temps, et que j’ai vraiment besoin de vacances… Entre le désastre des élections israéliennes (mais aussi françaises) que je ne commenterai pas ici (vous pouvez lire mon article sur Andalus) et le dossier d’une dizaine de pages en anglais à remplir pour l’école de journalisme, j’ai préféré passer la journée d’hier – enfin, simplement l’après-midi – à Ein Kerem, petit village provençal qui s’est retrouvé collé à Jérusalem vu l’expansion continue de la ville. A une heure de tramway et de bus du Mont Scopus, dépaysement assuré dans les pins et les vieilles pierres.

Aparté sciences-piste : le choix de master

Oui, ça y est, j’ai choisi mon master et bravé le manque d’ergonomie de ce fichu espace scolarité qui enlève toute solennité à ce choix pourtant déterminant. Contrairement à certains de mes camarades qui hésitent encore entre des trucs totalement opposés, ou qui ont dû se battre avec l’administration pour obtenir des informations, j’ai surtout lutté avec moi-même pour réaliser tout un dossier de candidature pour mon premier choix, le double-diplôme Ecole de journalisme / PSIA (master International Security).

Désolée pour ma grand-mère maternelle qui me répète depuis des années « mais tu ne vas pas devenir journaliste quand même ? », parce que pour elle, il n’y a que trois types de journalistes. Les bons, les gentils, ceux qui écrivent chaque jour les articles de l’Yonne Républicaine (et surtout les avis mortuaires), les méchants qui poursuivent les hommes et femmes politiques à la sortie des conseils des ministres ou dans les couloirs de l’Assemblée nationale, et les pauvres inconscients qui se font enlever dans des zones « où ils n’avaient qu’à pas aller, quand même, après ce sont nos impôts qui paient leurs rançons, même si on dit qu’on a pas versé de sous ».
Et Jean-Pierre Pernault, me dites-vous ? Ah, mais ce n’est pas un journaliste (j’ai tendance à la croire), c’est un gentil présentateur. Comme Marie Drucker, Elise Lucet, et le-Noir-élégant-dont-j’ai-oublié-le-nom (Harry Roselmack, mamie). Bon, par contre, Yves Calvi & co., c’est des méchants parce qu’ils gueulent et coupent la parole de tout le monde.

Y’a du boulot.

Je disais donc que j’avais postulé à ce double-diplôme en premier choix, et que ma santé mentale s’est retrouvée bien affectée par le dossier à remplir. Au fur et à mesure de l’approche de la deadline (dimanche 22, minuit), mes colocataires m’ont observée, de plus en plus inquiètes, grommeler toute seule, dresser mes cheveux sales sur mon crâne et traîner devant le frigo en gardant le même jogging pendant trois jours. Sorry pour le glamour.
Toujours ces questions de motivation, la quête du bon mot et des lettres de recommandation, la relecture frénétique pour ne pas se tromper de préposition après les verbes (interested in et pas interested by), la liste soignée de tous les articles déjà publiés, et par-dessus le marché la rédaction d’une lettre de motivation en tentant de ne pas trop se répéter (peine perdue).
Et maintenant ? On attend. On attend la date de l’entretien oral de 30 minutes en anglais par Skype. Et connaissant ma chance légendaire, ce sera pendant les trois jours du festival de musique à la mer Morte. Ou le vendredi de ma randonnée en Galilée.

Enfin, les dés sont jetés, comme l’aie-je déclamé à la moitié de mes contacts Facebook après l’envoi du mail fatidique.
(Pour ceux que ça intéresse, mon second choix est le master International Security à PSIA, non-sélectif, qui avait l’immense avantage de ne nécessiter qu’une lettre de motivation en anglais de 1000 mots, envoyée plus d’une semaine avant la deadline).

Oh, et bien sûr… Cinq places par an, à en croire les listes des années précédentes.

Ein Kerem, comme un air de Provence

Niché dans une vallée à l’ouest de Jérusalem, en contrebas du Mont Herzl (qui abrite le cimetière militaire du même nom et Yad Vashem, le mémorial de la Shoah) et marquant le début de la forêt de Jérusalem, Ein Kerem est un très beau hameau caractérisé par ses terrasses, ses vignobles (en hébreu biblique, son nom signifie « source de vin ») et son histoire biblique, comme à peu près tout le pays.
On y accède par une ligne de bus spéciale, la 28 ou 28a, à prendre au terminus du tramway côté ouest (Mount Hertzl donc), mais on peut probablement y descendre à pied depuis la station, j’ai repéré pas mal de petits chemins assez abrupts serpentant parmi les buissons.

Les jardins en terrasses du village.

Les jardins en terrasses du village.

Comme beaucoup de villages, la majorité des commerces et des boutiques de souvenirs se trouve le long de la route principale, et les lieux à visiter bien indiqués grâce à de jolis panneaux bleus. Savourant la chaleur agréable de cette vraie journée de printemps (24° au compteur hier), j’ai commencé par l’église Saint-Jean, à quelques minutes de marche sur la droite de l’artère principale.

L’église de la Nativité de Saint Jean-Baptiste 

Eglise de Saint-Jean-Baptiste.

Eglise de Saint-Jean-Baptiste.

Eglise entretenue par la custodie franciscaine, elle marque le lieu de naissance de Jean-Baptiste, celui qui a baptisé Jésus, de parents âgés (Zacharie et Elisabeth, la cousine de Marie). Dans la grande cour, les murs sont décorés de multiples panneaux où est rédigée la prophétie de Zacharie, chaque panneau dans une langue différente : du français à l’hébreu en passant par le basque ou le tamoul.

La prophétie de Zacharie, en français... québécois !

La prophétie de Zacharie, en français… québécois !

Cela m’a rappelé l’église de l’annonciation à Nazareth où l’on peut admirer les différentes représentations de la Vierge Marie selon les cultures chrétiennes. Eglise déserte, belles pierres dignes d’un mas provençal et un intérieur à couper le souffle : les piliers sont ornés de plaques de céramique bleue et les vitraux laissent entrer une douce lumière colorée. Enfin, je retrouve ce style d’église que j’apprécie, loin des dorures surchargées des églises russes orthodoxes. Des dépliants polyglottes sont à la disposition des touristes, ainsi que quelques bougies votives. Le calme des lieux m’apaise et je savoure l’absence – provisoire – de pèlerins bruyants. Au fond, une volée de marches conduit dans une grotte, le lieu de naissance de Jean Baptiste. A droite de l’église, on peut aussi observer d’anciennes salles croisées, fermées au public.

L'intérieur de l'église.

L’intérieur de l’église.

En sortant de l’église, des voix me parviennent et je me félicite de ma célérité lorsque je remarque un groupe de pèlerins russes qui brisent l’harmonie du lieu. Un coup d’oeil au puits et à deux autres chapelles ouvertes, puis j’avise un escalier qui passe sur le côté de l’église : une fine chaîne traîne sur le sol, portant probablement un écriteau ‘Accès interdit’ mais j’en fais fi et m’engage dans la montée, admirant les belles jardinières de plantes aromatiques sur le côté. Je passe une lourde grille laissée ouverte, puis arrive dans une cour visiblement habitée et gardée par un chien plutôt démonstratif. Demi-tour et retour dans la cour.

Trois boutiques de souvenirs douteuses s’entassent dans la petite ruelle qui conduit à la rue principale ; je m’y fais alpaguer par un vendeur – cela ne me manquait pas – qui me pose la question rituelle « Where are you from ? » à laquelle je réponds en hébreu, puis j’ai le droit à un « Alles is gut » d’un autre vendeur. Outre le fait de me rappeler surtout X-Men : First Class, je m’étonne de pouvoir être prise pour une Allemande, mais après tout Allemands et Français sont européens et voisins. Une fois sortie de ce guet-apens touristique, je passe devant une école, presque émerveillée par ces schémas familiers, des enfants qui jouent dans une petite cour et des parents qui, déjà, encombrent la route en se garant pour attendre leur progéniture. Une vie normale. Bien loin des attentats et de la pression religieuse, des écoles bilingues (arabe – hébreu) vandalisées…

Après une petite montée, l'église de la Visitation à Ein Kerem !

Après une petite montée, l’église de la Visitation à Ein Kerem !

Un magnifique panorama sur la vallée boisée de pins m’attend au bout de la rue, panorama qui s’embellit au fur et à mesure de la raide montée vers l’église de la Visitation, autre lieu relié à Jean-Baptiste et également géré par la custodie franciscaine. Ensemble de bâtiments splendides en crépis beige, la cour ombragée est un soulagement et les plantes m’accueillent dans un écrin de verdure. Perdu dans sa contemplation de la vie, un moine en robe de bure soigne les fleurs et arbustes, armé d’un tuyau d’arrosage, tandis que je scrute le mur pour trouver le panneau francophone portant la louange du Magnificat, chanté par Marie en visitant sa cousine Elisabeth, alors enceinte de Jean-Baptiste.

La version française du Magnificat.

La version française du Magnificat.

Une source coule près de l’église, expliquant la richesse du jardin, et deux églises sont en fait superposées : rustique dans sa simplicité, l’église inférieure est ornée de mosaïques, tandis que la plus grande église supérieure fait belle part aux fresques murales. Là également, aucun pèlerin, sauf une mère et sa fille qui se voilent avant de pénétrer dans l’église.

Jardin supérieur de l'église de la Visitation.

Jardin supérieur de l’église de la Visitation.

Je reste un long moment à contempler les figures bibliques, puis les plantes du jardin et la vue sur la vallée depuis la cour de l’église, avant d’être interrompue par un groupe d’hispanophones. Je décide alors de redescendre vers le village et grimpe dans le bus sans avoir à l’attendre. Fin d’une parenthèse enchantée dans ma vie plutôt citadine.

Est-ce de l'eau bénite ?

Est-ce de l’eau bénite ?

Reprise de l’écriture samedi après-midi, le casque sur les oreilles pour échapper à mes colocs qui dansent sur du One Direction dans le salon. 

Quittant Ein Kerem à 17h45 et n’étant attendue qu’à 20 heures à l’université pour le visionage d’un documentaire sur le serice militaire, une myriade de possiblités s’offrait à moi, et j’ai choisi la moins surprenante pour ceux qui me connaissent bien : une librairie d’occasion. A quelques pas de l’arrêt Jaffa Center, elle est moins confortable que Holzer Books mais bien mieux rangée, ce qui est plutôt agréable lorsqu’on n’a pas envie de fouiller parmi les livres en hébreu pour trouver quelques rescapés francophones.
Dix minutes plus tard, je sortais de ce lieu de bonheur et de perdition, la bourse allégée de quelques shekels (qui grimpe inexorablement face à l’euro, m’obligeant à ne plus consulter les tableaux de change sous peine d’une haine immédiate envers cette monnaie commune) et mon sac alourdi de quatre titres (je refuse de penser aux valises de retour, vous l’aurez bien compris) : L’homme qui prenait sa femme pour un chapeau (un essai du neurologue Oliver Sacks), La couleur des sentiments (de Katheryn Stockett, et je n’ai pas vu le film), Nouilles chinoises (du prix Nobel chinois Mo Yan) et De sang-froid (du grand Truman Capote). Puis, après un passage à une boulangerie soit-disant française dont j’avais lu le plus grand bien sur Internet – qui n’avait probablement pas goûté cette insipide tartelette à la fraise – retour en bus à l’université pour travailler un peu à la bibliothèque. Eh oui, les midterms approchent… Quelle idée de faire des semestres aussi courts.

Beneath the Helmet, un bel exemple de propagande communautaire

Puis, vers vingt heures, j’ai rejoint le bâtiment de Rothberg pour assister à la projection d’un documentaire relatant la vie de quatre soldats pendant leur entraînement à l’armée, c’est-à-dire entre leur affectation dans une compagnie à leur envoi sur le front une fois opérationnels. Organisée par l’Office of Student Activities, ainsi que par Jerusalem U, une association qui s’occupe de promouvoir Israël dans les campus américains, la projection rassemblait quelques étudiants de Rothberg mais la majorité des étudiants présents venait d’autres colleges ou de programmes pour jeunes juifs américains.
Certains de mes camarades sciences-pistes en échange aux USA connaissent et partagent mon aversion pour ce genre de public, qui s’est malheureusement renforcée au cours de la projection : entre les seaux de pop-corn renversés dans l’amphithéâtre – la nourriture était censée être interdite, mais « on veut que vous ayez une bonne expérience » dixit le responsable – et les rires aux moments les plus saugrenus, je me suis sentie totalement étrangère et cela ne m’a pas aidée à apprécier le documentaire.

En effet, bien qu’il montre d’une façon très intéressante les relations au sein de l’armée israélienne, parfois difficiles vu la faible différence d’âge entre les commandants et les simples soldats, l’accent était mis sans cesse sur « le peuple juif », la judéité commune à tous les soldats, alors que Tsahal met au contraire en avant les exemples de soldats chrétiens ou musulmans pour représenter la diversité du pays. Alors, bien sûr, dans l’unité choisie pour tourner, les profils étaient également différents, avec un oleh hadash né en Israël mais ayant vécu en Suisse, un juif éthiopien arrivé en Israël seulement sept ans auparavant, la figure traditionnelle du clown et enfin le commandant ancien dyslexique et terreur à l’école qui a réussi à se discipliner par le sport. Cela gâchait vraiment la beauté des sentiments présentés, que l’on sentait authentiques, et surtout le destin de ces jeunes : certains mourront peut-être au combat. Mourir pour son pays, une notion bien obsolète en Europe.

Et non, aucune fille, alors qu’il existe des bataillons combattants mixtes (les Lions de Jordanie, les Caracals) : les deux seules soldates avaient un rôle « maternel » (officier de formation pour soldats solitaires et instructrice de parachute).

Puis, après le documentaire, Eden, le commandant et « héros », est venu pour répondre aux questions du public, mais surtout délivrer un message, celui de soutenir Israël de retour sur les campus américains, à l’aide du film par exemple et des communautés locales. Insistant encore sur la judéité commune à tout le public (WTF ? Quid des étudiants chrétiens, très nombreux ?) et l’américanisme (merci pour les Canadiens et les Européens), c’était un discours communautaire absolument insupportable, et surtout contre-productif : ce n’est pas en montrant un documentaire qui présente uniquement les aspects positifs de l’armée israélienne que ces étudiants seront crédibles face au mouvement BDS.

Bien sûr que je suis pour une lutte contre ce mouvement, qui s’est d’ailleurs illustré récemment à Sciences Po en tentant de gêner l’organisation d’une conférence organisée par Paris Tel Aviv sur la place des femmes en Israël – heureusement, la mobilisation a permis que la conférence soit maintenue. De même, je ne trouve pas normal que des centaines d’artistes décident de boycotter les festivals israéliens. Franchement, vous pensez que Netanyahou en a quelque chose à faire ? Que cela va le décider à un plan de paix avec les Palestiniens ? Que tous les Israéliens sont méchants ? Que cela vaut la peine de se priver d’un immense savoir académique de chercheurs parce qu’ils ont le malheur de vivre sous un gouvernement pas forcément choisi ?
Dans ce cas, qu’attendez-vous pour boycotter la Chine (coucou les Tibétains et les minorités musulmanes) ? La Russie (coucou les opposants politiques) ? Les Etats-Unis (coucou Guantanamo) ?
J’en discutais hier avec Daniella : c’est tellement facile de critiquer Israël. Petit pays, peuple détesté depuis des centaines d’années, aucune ressource naturelle dont le reste du monde ne peut se passer…

Désolée pour la confusion de mes propos. Il va falloir que je m’entraîne, car à mon retour en France, m’est avis que les « pro » des deux côtés ne me louperont pas.

Plage & karaoké : les vacances sont là ! 

Pour revenir à des sujets plus légers, c’est officiel, je suis désormais en vacances pour deux semaines ! De nombreux étudiants rentrent dans leurs familles pour fêter Pessah, un moment important du calendrier juif vu qu’il s’agit d’une célébration de l’Exode, la fuite d’Egypte du peuple juif mené par Moïse (l’ouverture de la mer Rouge, toussa…). A cette occasion, les produits contenant de la levure sont formellement interdits, car le pain n’avait pas eu le temps de lever avant le départ précipité : on mange donc du matza (du pain azyme), les supermarchés retirent progressivement leurs produits non casher pour Pessah (le moment d’acheter des dizaines de paquets de pita et de remplir le congélateur) et un business se développe sur Facebook : le ménage de Pessah. En effet, il ne doit pas rester une trace de produits non casher dans la maison, et les juifs pratiquants récurent donc leurs placards de fond en comble.
De leur côté, les associations juives étudiantes organisent des « cours » pour préparer correctement le seder de Pessah, le repas rituel qui comprend un certain nombre de plats à déguster dans un ordre précis (d’ailleurs, le mot « seder » veut dire « ordre » : pour dire que tout va bien, on dit « beseder », « en ordre »), mais aussi pour répéter la Haggadah, l’histoire de l’Exode. Au sujet de la Haggadah, je vous conseille le beau roman Le livre de Hannah, de Geraldine Brooks, qui raconte l’histoire tourmentée de la Haggadah de Sarajevo à travers sa restauration.

Et petite anecdote qui a rendu fou l’Internet israélien ces derniers jours (en plus du départ de Zayn Malik des One Direction) : la marque de glaces Ben & Jerry’s a développé un parfum spécial pour Pessah, une glace au charoset (une sorte de pâte aux noix très appréciée). Tandis que certains criaient au canular, j’ai bien pu constater l’apparition de cette glace dans le bac de mon supermarché, en même temps que la disparition de toutes les autres glaces non casher (adieu Cookie Dough et autre Frozen Yoghut au shortbread), alors que Pessah ne commence que le vendredi 3 avril au soir.

Pour ceux qui avaient encore des doutes, le judaïsme est définitivement une religion de nourriture.

De notre côté, nous avons fêté dignement l’arrivée des vacances avec une soirée karaoké jeudi soir, dans ce qui est probablement l’un des seuls lieux proposant ce genre de divertissement à Jérusalem, le (Jamel) Comedy Club Off the Basement. Comme son nom l’indique, une salle en sous-sol avec une acoustique à faire pleurer de douleur un chef d’orchestre philarmonique, et mes propres oreilles par la même occasion. Mais pour dix shekels l’entrée, Leah et moi n’avons pas fait la fine bouche et assisté à des performances plus ou moins réussies.

Note aux futurs Américains en visite : non, Party Rock de LMFAO n’est pas une chanson pour karaoké.

Éblouie par le catalogue qui proposait un immense choix de daubes francophones (Tragédie et K-Maro au rendez-vous, ainsi que l’intégrale des reprises de la Star Ac’), j’ai opté pour un classique : J’ai demandé à la lune, d’Indochine. Personne ne connaissait – évidemment – mais je me suis bien amusée, avant de massacrer Let It Go (de La Reine des Neiges) avec Leah, sous les ovations mitigées du public et du personnel du bar qui doit probablement entendre le titre chaque soir.
Tandis que Leah optait pour With ou Without You, de U2, puis Fly Me To The Moon de Frank Sinatra, j’ai terminé avec Lemon Tree de Fool’s Garden, avant de fuir l’endroit qui se révélait de plus en plus dangereux pour mes tympans au fur et à mesure que la bière coulait.

Réveil cotonneux le lendemain matin, d’autant plus que nous sommes passé à l’heure d’été ! Très agréable le soir (il est actuellement 18h47 et il fait encore jour derrière les nuages, gros progrès par rapport à la nuit qui tombait à 17h30 au début du mois), c’est un changement plus difficile le matin.
Encouragée par les messages de Daniella qui avait rejoint Tel Aviv la veille, je me décide finalement à sortir de ma léthargie et saute dans un bus pour la mer vers 14 heures, tandis que Leah se prépare à partir pour Jéricho et assister à une fête de fiançailles d’une connaissance. Sacrée Leah.

Une fournaise m’attend à la descente, conformément aux prévisions météorologiques – 33° ! – et c’est avec plaisir que je m’assieds en terrasse ombragée pour déguster une glace à notre endroit habituel. Nous gagnons ensuite la plage, mais le soleil est voilé par des nuages de chaleur, ce qui au moins me permet de faire des économies de crème solaire. Un rapide passage dans l’eau plus tard – encore un peu trop fraîche, mais moins qu’à Pourim – nous voilà étendues sur des transats, sans payer, savourant l’instant présent et philosophant sur les relations hommes / femmes (sujet inépuisable) et, une pointe d’amertume dans la voix sachant que le moment n’est plus si lointain, à notre avenir en rentrant d’Israël.

Au détour d'une rue de Tel Aviv...

Au détour d’une rue de Tel Aviv…

Puis, après plusieurs demandes de numéro refusées par Daniella d’une façon de plus en plus véhémente, nous décidons de quitter la plage et de gagner Neve Tsedek, un quartier de Tel Aviv qui m’était encore inconnu et que l’on surnomme souvent « le Paris de Tel Aviv » en référence à son style architectural très européen. En effet, bâtiments à un étage et à toits rouges nous attendent, ainsi que petits bistrots aux serviettes à carreaux – mais la glace du goûter me pèse encore sur l’estomac et les prix affolent mon porte-monnaie. Nous continuons ainsi notre route dans une pénombre étouffante et des rues délabrées jusqu’à la gare routière centrale de Tel Aviv, célèbre pour sa population immigrée, surtout africaine mais aussi asiatique. Pour une fois, c’est moi qui détonne dans le paysage !
Mais les regards ne sont pas hostiles, simplement curieux : jamais une interpellation, chacun est assez préoccupé par ses propres soucis, ou trop drogué pour remarquer notre passage dans les rues encombrées de cageots odorants.

Je finis par trouver le sheirout pour Jérusalem tandis que Daniella saute dans un taxi pour rejoindre son ami qui habite dans une banlieue de Tel Aviv ; le minibus démarre rapidement et, bonne surprise une fois arrivé à Jérusalem, ne nous dépose pas en centre-ville mais à la porte de Damas. Ne me reste plus qu’à prendre un minibus arabe à la gare routière encore ouverte et, une dizaine de minutes plus tard, me voilà de retour au village étudiant. Une rapide douche pour se débarrasser du sable, et au lit, avant un samedi venteux et paresseux.

Et demain, retrouvailles avec ma mère ! Nous avons loué un appartement AirBNB sur HaYarkon (la promenade de Tel Aviv), avec balcon et vue sur la mer – j’ai vérifié l’endroit hier. Au programme de la semaine, bronzette, restaurants et visites culturelles. J’attends notamment Pâques avec impatience, qui promet d’être bondé à Jérusalem – nous viendrons sûrement pour la journée.
Ensuite, pour le dernier week-end des vacances, randonnée en Galilée au programme, organisée par un groupe anglophone, puis le jour de la rentrée (le dimanche 12), ce sera mon second Model United Nations, à l’université de Ben Gourion à Beer Sheva. Je ne connais pas encore mon pays ni le comité dans lequel je siégerai.

Bref, comme toujours, de nouvelles aventures israéliennes !

PS : mon blog a dépassé les 3000 vues ! Alors même si le nombre de commentaires ne suit absolument pas cette croissance, je tiens à remercier tous mes lecteurs – qui, selon l’outil Statistiques de WordPress et les recherches Google, semblent surtout s’intéresser à mes photos.