Entre verdure et désert, randonner en Israël (3/3)

Jeudi 27 août, après le dîner. Nuit, bruine, fatigue. Dernier article de ma série sur les randonnées, avant de passer au mot de la fin.

Massada, l’ascension de l’extrême

Perchée à quatre cents mètres au-dessus de la mer Morte – et donc presque au niveau de la mer -, les ruines de la forteresse de Massada sont un lieu emblématique du tourisme en Israël et a une place particulière dans l’histoire juive. En effet, lors de l’invasion du royaume par les Romains et la destruction du Second Temple de Jérusalem en 70 après J-C, environ un millier de juifs se sont réfugiés là, sur ce plateau peu hospitalier, glacé la nuit et brûlant l’été, à l’est du désert de Judée. Ils se sentaient sans doute en sécurité et ont établi une communauté autonome, construisant des maisons, des greniers, des synagogues, et repoussant les Romains.
Mais les envahisseurs ne renoncent pas aussi facilement et décident d’assiéger la montagne de l’autre côté, en bâtissant une longue rampe en zig-zag, encore visible aujourd’hui. Ainsi, en 72, voyant que les Romains s’apprêtent à les capturer ou les tuer, les zélotes juifs font un choix extrême : le suicide. Les femmes tuent leurs enfants et les hommes leurs femmes, avant de s’entretuer à leur tour. Seule une poignée se cachera et témoignera de cet acte, courageux ou fou selon les opinions.

Cet endroit mystique est donc, en plus d’être magnifique, chargé d’histoire et de souvenirs ; c’est aussi un point de vue remarquable sur la mer Morte. La tradition est de commencer l’ascension la nuit afin de voir le lever du soleil du haut de la montagne ; vous connaissez mon amour des panoramas et des levers et couchers de soleil, je ne pouvais donc pas manquer cela.
Nous avions pensé le faire avec mon père lorsqu’il m’avait rendu visite, mais une mauvaise nuit de sommeil et une certaine flemmardise avaient réduit nos plans à néant…

De week-ends en vacances, la date du départ de Leah approchait dangereusement et nous voulions le faire toutes les trois, avec Daniella. Nous réservons alors le tour avec Abraham Tours pour le dimanche 28 mai, Yom HaStudentim et donc sans cours. Pour voir le lever du soleil, le départ est bien sûr à trois heures du matin : le réveil est mis, nous prenons un taxi et rejoignons le groupe devant un bâtiment familier, l’Abraham Hostel.
Notre guide est un homme doux au corps sec d’ascète, qui confie être un ancien ultra-orthodoxe ayant quitté la communauté. Passionné par la mer Morte, il s’y baigne au moins une fois par semaine, et sera donc notre conducteur pour ce tour qui comprend Massada, Ein Gedi et la mer Morte.
Nous sommes une dizaine, uniquement des touristes : des Anglais, des Allemands, des Chinois et des Russes. Mais le sommeil nous prend bien vite tandis que le minibus file sur la route 1 dans une nuit sans étoiles.

Après un peu plus d’une heure de route, nous parvenons à l’entrée du parc de Massada et, une fois le bon chemin trouvé – pas facile dans le noir, bien que l’on voie sans trop de difficultés – commençons alors l’ascension. Deux kilomètres et sept cents marches.

Au bout de dix minutes, mes poumons souffrent déjà le martyr et je rêve d’une plateforme de téléportation. Leah et Daniella partent devant tandis que je grimpe tant bien que mal, me reposant souvent, admirant le progressif lever du soleil dans un silence… désertique. Nous sommes très peu sur le chemin, et l’on croirait assister à la création du monde.

Lever du soleil derrière les montagnes de Jordanie, au-dessus de la mer Morte.

Lever du soleil derrière les montagnes de Jordanie, au-dessus de la mer Morte.

Encore quelques arrêts, des marches de pierre inégales, puis je retrouve mes camarades qui m’attendaient un peu plus haut et nous atteignons le sommet ensemble. Temps indicatif : 45 minutes. Mon temps… plus d’une heure, pour sûr !

Mais l’effort en vaut la peine. Il est environ six heures, le soleil tape déjà fort sur les ruines et il est difficile d’imaginer que, deux mille ans auparavant, des gens habitaient là… Tout est bien conservé – pour des ruines – et le site est plutôt grand. Nous partons en exploration, examinant les remparts, les murs des maisons, les synagogues, admirant la vue sur le désert rocailleux. Je prends même un petit déjeuner assise sur une grosse pierre.

Arrivée en haut, la vue sur le rocailleux désert de Judée est à couper le souffle.

Arrivée en haut, la vue sur le rocailleux désert de Judée est à couper le souffle.

J’aime le désert, son silence, son vide, son immensité qui nous rappelle notre petitesse et notre insignifiance d’humains, face à ce lent travail d’érosion des roches par la pluie et le vent. Nous sommes jeunes et pourtant nous détruisons…

(C’était l’instant écologique du jour)

Mais le temps nous est compté et, bientôt, il faut entamer la descente. Par le même chemin, bien sûr : il y a une télécabine mais elle n’ouvre qu’à huit heures et il est sept heures. Après avoir rempli nos gourdes à une fontaine délicieusement fraîche – et au ventilateur très bruyant – nous reprenons donc le sentier du serpent. Daniella gambade comme un chamois des montagnes tandis que Leah et moi peinons un peu et suivons notre rythme. Je souffre heureusement moins qu’à l’aller !
Nous ne sommes pas les dernières à rejoindre le minibus et nous reprenons la route, direction Ein Gedi.

Les pentes de Massada sont abruptes...

Les pentes de Massada sont abruptes…

Ein Gedi, le retour 

Je m’étais déjà rendue dans ce parc national avec OSA, au tout début de mon année en Israël, et je n’avais pas vraiment apprécié : trop chaud, trop de monde. Mais cette fois, le parc vient d’ouvrir, nous sommes très peu et la chaleur reste supportable. Les damans des rochers (les petits animaux qui ressemblent un peu à des mini-marmottes) sont étalées sur le chemin, à l’ombre des rochers, faisant tranquillement la sieste avant de se réfugier dans des trous creusés dans les murs. Pareil pour les bouquetins de Nubie, emblèmes du parc, et qui se promènent en liberté, absolument pas effrayés par nos appareils photo.

Un bouquetin de Nubie et un daman des rochers discutent dans le parc d'Ein Gedi.

Un bouquetin de Nubie et un daman des rochers discutent dans le parc d’Ein Gedi.

Pour l’anecdote, j’ai envoyé cette photo pour le concours photo souvenir de 3A, mais je n’ai pas gagné. Difficile de peser face aux dunes du désert de Namibie, visitées par une autre sciences-piste.

Nous suivons le chemin de David et arrivons à la deuxième source, où nous nous étions déjà arrêtés lors de ma visite avec Rothberg. Elle a beaucoup diminué : c’est un problème dans le parc… Et, miraculeusement, nous sommes seules. Un coin de paradis pour nous trois.
Nous nous mettons immédiatement en maillot de bain et, munie de mes tongs, je m’aventure dans l’eau fraîche, un bonheur après l’effort de la randonnée. Un petit tour sous la cascade, et nous nous installons sur les rochers pour sécher, tandis que Leah s’amuse à créer des barrages avec son postérieur.

Le passé du lieu, le calme, le murmure de l’eau, une libellule jouant avec nous, tout se conjugue pour croire à la spiritualité, aux miracles qui s’y seraient déroulés. Comme à Massada, je songe à la création du monde ; nous sommes trois déesses nous promenant dans notre oeuvre…

Cascade rafraîchissante dans le parc d'Ein Gedi, bienvenue après la montée (et la descente...) de Massada.

Cascade rafraîchissante dans le parc d’Ein Gedi, bienvenue après la montée (et la descente…) de Massada.

Mais le temps file et, à nouveau, nous devons rejoindre le minibus – après la dégustation d’une glace – pour notre dernière étape, une plage de la mer Morte.

Faire la planche et s’enduire de boue : bienvenue à la mer Morte !

Bonne surprise, la plage est bien aménagée, avec boutiques, vestiaires, douches, et même « le bar le plus bas de la planète ». Nous nous installons sur trois fauteuils avant de rejoindre l’eau, d’une température parfaite, bien plus agréable qu’en septembre dernier. Je parviens enfin à faire la planche sans paniquer, et nous récupérons de la boue avec nos pieds pour nous enduire mutuellement, sous les regards amusés des nombreux baigneurs.

Je ne m’attarde pas sur cette partie vu que j’ai déjà raconté la mer Morte, mais j’ai toujours cette impression de paysage lunaire, d’irréalité, qui confère un charme étrange au lieu..

Enfin, après une bonne douche, c’est le retour à Jérusalem, accompagnées par les musiques choisies par notre conducteur. Il passe notre chanson préférée, et nous dépose près du village étudiant. Il est 14 heures, nous sommes réveillées depuis 12 heures… Bonne nuit !

Entre verdure et désert, randonner en Israël (2/3)

Mercredi 26 août, tard dans la nuit. Déjà le 27, en vérité. Une excitation mêlée d’angoisse me tient éveillée, comme si le grand départ était dans quelques heures. Mais non ; le grand départ, c’était il y a un an. Déjà… La fin du blog se rapproche. Je n’ai plus que quelques heures pour me mettre à jour, grande procrastinatrice que je suis – ça n’a pas changé.

Les rafales de vent et les gouttes frappant les vitres troublent le silence de la nuit ; au loin, une chouette lance un cri d’alerte. Outre me faire redouter l’automne qui s’approche, ce temps maussade me rappelle également ma randonnée pluvieuse en Galilée. Pas le même paysage, mais cette même lassitude devant un ciel de plomb et l’insidieuse humidité.

Comme les rois mages, en Galilée (sous la pluie)

La sagesse israélienne dit qu’il ne pleut pas de Pessah (généralement à la mi-avril) à Souccot (début octobre). J’ai pu constater la justesse de ce proverbe : j’ai connu ma première averse israélienne lors de mes vacances de Souccot à Haïfa, et ma dernière à la fin de la semaine de Pessah, à l’occasion donc de ma randonnée.

Je vous ai déjà parlé de Hiking in Israel, un groupe Facebook regroupant majoritairement des étrangers vivant en Israël et désireux de découvrir le pays à travers des randonnées encadrées par un personnel anglophone. Un seul défaut : le bus part (très) tôt de Tel Aviv, vers 6h30, ce qui exclut les habitants de Jérusalem n’ayant pas les moyens de passer une nuit à Tel Aviv – ou pas de connaissances dans la ville.
Lorsque j’ai fait part de ce problème aux organisateurs, j’ai pu constater une certaine frilosité typique des tel aviviens par rapport à Jérusalem : comme si le simple fait de poser un pied dans la capitale du pays allait les transformer en religieux fermés d’esprit, les sept enfants pas en option. Sentiment réciproque d’ailleurs : nombreux sont les hiérosolymitains orthodoxes à considérer Tel Aviv comme la ville du péché.
Bref, il m’était impossible de négocier un ramassage à Jérusalem, et ce même pour une randonnée dans le désert de Judée à laquelle je souhaitais participer en novembre.

Mais je ne veux surtout pas manquer cette marche de deux jours en Galilée, seule région d’Israël qui me reste inconnue en avril ; me voilà donc à la recherche d’un hébergement pour la nuit du jeudi au vendredi, sachant que le vendredi, c’était la fin de Pessah et donc un jour férié. Avec les transports s’arrêtant vers 17 heures le jeudi soir.
Après un appel au couchsurfing auprès des autres participants à la randonnée, infructueux – mais où est donc la légendaire hospitalité israélienne ? -, je remarque que Steve, l’un des organisateurs et guides, propose à cause de la météo franchement pourrie en perspective un remboursement du voyage. On est jeudi, il est presque 11 heures et je pourrais presque pleurer de frustration face à ce week-end qui s’annonce désastreux.
Je tente alors de négocier une annulation, la mort dans l’âme – d’autant plus que je n’ai pas de poncho de pluie – mais Steve me convainc de rester et me propose une réduction pour une nuit dans une auberge de jeunesse qui vient d’ouvrir, tenue par une de ses connaissances. Pas loin de la gare routière du sud, une proposition de partage de taxi avec une Française le lendemain matin, je signe.

Me voilà donc partie pour Tel Aviv avec mes deux sacs à dos : un petit pour la randonnée en journée, et un plus gros qui restera dans le bus, avec sac de couchage et affaires de rechange. Je glisse aussi un sac poubelle au cas où.
Je retrouve Daniella à la gare routière de Jérusalem qui s’apprête à passer le week-end chez son ami dans la banlieue de Tel Aviv, et une heure plus tard nous voici au bord de la Méditerranée. Direction maintenant l’auberge, appelée Little Tel Aviv, à une vingtaine de minutes à pied de la Tahana Mercazit. Le lieu est très propre, sent le neuf et l’accueil très sympathique : je partage un large dortoir de six avec une Allemande, et les autres ont l’air vide.

Quelques minutes de repos plus tard, je commence une grande balade dans Tel Aviv, savourant la solitude ; je participe à une séance de relaxation sur le boulevard Rothschild avant d’admirer le coucher de soleil depuis la plage Frishman, puis rentre à l’auberge en ayant fait quelques emplettes pour le déjeuner du lendemain – et mon dîner de ce soir. Certains supermarchés ne respectent heureusement pas Pessah, ce qui me permet d’acheter du pain ; je prends aussi des crackers, de l’emmenthal Président (oui oui) et me fais deux oeufs durs.

La cuisine de l’hostel manque franchement de convivialité et les salles de bain peu pratique : pas de savon, pas de serviettes ni même de mouchoirs en papier… Alors c’est beaucoup plus clean que Florentine (ma précédente expérience désastreuse en hostel à TLV) mais on est loin de la chaleur de Port Inn à Haïfa, qui restera mon hostel préféré.
22 heures et au lit : le lendemain, taxi prévu à 6h et donc réveil à 5h30. Je prépare mes sacs à l’avance afin de ne pas réveiller ma voisine.

La traversée du pays 

Ponctuelle, je retrouve Michelle, une Française quadragénaire qui participe à la randonnée ; elle habite en Israël depuis une quinzaine d’années et travaille dans une entreprise israélienne. Le taxi sait où il doit nous déposer, et nous retrouvons une autre Française, Alice, employée à l’ambassade.
Le groupe s’agrandit peu à peu et les nationalités sont multiples : des Anglais, des Allemands, des Américains et quelques Espagnols. Du café réveille les endormis, ainsi que des macarons, alors que le ciel de Tel Aviv se teint de mauve et de bleu.

Vers 7h (oui, vous savez, les Israéliens et partir à l’heure…), notre groupe d’une trentaine de personnes charge enfin les sacs dans la soute et grimpe dans le bus. C’est parti pour un voyage vers le nord-est du pays, à la limite du plateau du Golan, émaillé de commentaires des deux guides, Steve et Ariel. Nous traversons des champs verdoyants et quelques forêts, tandis que le paysage se fait plus vallonné à mesure que nous progressons à travers la basse, puis la haute Galilée. Certaines collines sont en fait des volcans endormis ; deux d’entre elles, symétriques, ont servi pour le tournage du film Kingdom of Heaven parce qu’anciennes forteresses croisées. Des nuages obscurcissent le ciel et des averses sporadiques se déclarent : cependant, quand nous arrivons au départ du chemin, il ne pleut pas.

La balise du Israel National Trail, que nous empruntons sur quelques kilomètres !

La balise du Israel National Trail, que nous empruntons sur quelques kilomètres !

Au programme de la journée, une quinzaine de kilomètres, en partie sur l’Israel National Trail, le chemin de randonnée qui traverse Israël du nord au sud. Les bons marcheurs le font en trois mois : j’aimerais les imiter un jour.

Du vert ! 

Les paysages me sont presque familiers : des collines d’herbe, des arbres feuillus – ça m’avait manqué -, une forêt qui ressemblerait presque à celle de Meudon. L’ambiance est bonne et chacun avance à son rythme.

Nous croisons quelques ruisseaux, heureusement franchissables sans se mouiller, et faisons une pause café : incluse dans le prix de la randonnée, c’est la boisson emblématique du groupe, préparée sur un petit réchaud à gaz.
Quand un besoin naturel se fait sentir, « vous avez toute la nature à votre disposition », répond le guide !

Nous reprenons notre marche et je manque souvent de me fouler la cheville sur des rochers rendus glissants par la pluie. Une petite bruine tombe, suffisante pour nous inconforter, mais nous continuons d’un bon pas avant la pause déjeuner, une fois atteint le Nahal Dishon, la seconde partie de la randonnée.

Après le déjeuner, je m’arrange pour être seule sur la route, n’écoutant que mes pas et les bruits de la nature… Toujours ces mêmes collines assez hautes, et des petites sources jaillissantes sur les côtés.

Les randonneurs ont un public pacifique !

Les randonneurs ont un public pacifique !

La pluie vient cependant gâcher notre plaisir et, bientôt, la seule protection de mon sweat-shirt ne me suffit plus. Alors que je grelotte lors d’une pause, mon sac poubelle posé sur mes jambes nues, une Allemande bien préparée me prend en pitié et me propose… sa couverture de survie, bien pliée dans sa trousse de premiers secours.

J’ai l’air de Robocop et je fais un bruit monstrueux en marchant, au point d’alerter les autres randonneurs, mais j’ai chaud et suis à peu près au sec.

La vue splendide me distrait bientôt de ces soucis matériels, d’autant plus qu’il a cessé de pleuvoir.

Magnifique paysage verdoyant en Haute-Galilée. Les nombreuses pluies y sont pour quelque chose.

Magnifique paysage verdoyant en Haute-Galilée. Les nombreuses pluies y sont pour quelque chose.

La fatigue commence à se faire sentir et je regarde régulièrement l’heure, quand notre groupe s’arrête car les guides ont une proposition. Deux chemins sont possibles : le long, avec une belle vue et quatre heures de marche, ou le court, encore deux heures (tout est relatif). Je manque m’évanouir d’effroi à l’idée de marcher encore quatre heures alors que tout le monde semble en pleine forme et prêt à avaler de nombreux kilomètres.
La mort dans l’âme, je suis le mouvement… Mais le long chemin est trop boueux : nous attendons donc le bus qui nous épargnera une partie de la route.

Je défaillis presque de bonheur en montant dans cet habitacle sec et chauffé, malgré la vapeur qui s’élève rapidement de nos vêtements et la boue qui macule désormais le couloir.

La colline tueuse

C’est parti pour un petit quart d’heure de route, puis nous descendons – trop tôt à mon goût – et commençons la lente ascension d’une colline, un fameux point de vue dans le coin. L’enfer. La montée est raide, j’ai des ampoules, une douleur à la cheville et quinze bornes dans les pattes. Mes camarades ont l’air de faire une promenade de santé et je me résous immédiatement à faire du sport plus souvent pour augmenter mes capacités (hum hum).

Reprise de l’écriture jeudi vers midi. Il pleut toujours, mais cela ne fait pas peur à Sciences Po : loin d’annuler le cocktail prévu dans la cour du 28 rue des Saints-Pères, ou de le faire à l’intérieur, ou de louer en urgence des dais… On nous suggère fortement par mail de se vêtir convenablement et d’avoir un parapluie. 

Je m’arrête régulièrement pour reprendre ma respiration, m’attirant les regards inquiets et compatissants des autres randonneurs qui gambadent comme des chevreuils. Ici aussi, un troupeau de vaches des montagnes aux cornes impressionnantes paisse, et semble assez mécontent de notre incursion. Certains bipèdes manquent de se faire poursuivre par les ruminants.

Enfin, l’ascension se termine et nous arrivons en haut de la colline, où des ronces et buissons épineux se disputent le terrain avec des ruines ; probablement un vieux poste d’observation . Des murs en pierre subsistent ainsi que des escaliers s’enfonçant dans la terre : mikveh ou cellier ? Le mystère reste entier – pour nous en tout cas. Le point de vue offre un panorama magnifique sur les collines de Galilée, mais également la vallée de la Huva, en contrebas, et le plateau du Golan au loin. Tout au fond, dans les nuages, on peut même distinguer les contreforts des montagnes libanaises, le mont Hermon et la Syrie, en dépit d’une antenne relais qui gâche sérieusement le paysage.

Encore une fois, le lieu où je me tiens est chargé d’histoire, comme beaucoup d’endroits dans ce pays : cinquante ans plus tôt, des chars jordaniens et israéliens se livraient à des combats acharnés ; il y a mille ans, des chevaliers en croisade combattaient les « Infidèles » et construisaient des forteresses ; deux mille ans auparavant, c’était Jésus qui prêchait dans les envions, dans un lieu éloigné de la capitale et donc moins surveillé.
Bien sûr, Paris est également une ville chargée d’histoire, avec les rues qui portent le nom de personnages historiques, des églises, des palais… Mais cette connexion avec le passé est d’une intensité incroyable en Israël (si j’ai le temps, je reviendrai sur ce souvenir qui peut devenir un poids).

La vallée de la Huva, en Galilée, lieu stratégique de migration des oiseaux. Au loin, la plaine du Golan et les contreforts des montages syriennes.

La vallée de la Huva, en Galilée, lieu stratégique de migration des oiseaux. Au loin, la plaine du Golan et les contreforts des montages syriennes.

Mais il est temps de redescendre, heureusement par un chemin moins pentu qu’à l’aller. On me conseille de marcher en canard afin de gagner en stabilité : mes chevilles souffrent mais c’est efficace.
Retour au car, et direction le village de Bédouins où nous passerons la nuit.

L’hospitalité bédouine

En lisant le programme de la randonnée, j’avais découvert qu’il existait donc des Bédouins du nord, qui ne vivent pas dans le désert du Néguev mais en Galilée. La famille qui nous accueille est habituée aux touristes et son accueil très chaleureux ; cependant, l’équipement reste très sommaire.
Deux grandes pièces chauffées par un poêle nous serviront de dortoir et je place stratégiquement mes sacs au plus près du poêle – inutile de préciser que je suis transie de froid, de fatigue et d’humidité. Malgré la pluie, les repas se tiendront dehors, sous un dais et sur des tapis spongieux. Il n’y a que trois cabinets de toilettes pour quarante personnes et deux douches sans eau chaude. S’il avait fait beau, j’aurais pu probablement supporter cette précarité, mais le temps pourri me tape sur les nerfs et c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase.
Démoralisée, je parviens à prendre une douche glacée et rapide, avant de m’asseoir sur mon matelas et observer les randonneurs heureux, se passant une bouteille d’arak et discutant fort dans toutes les langues.

Heureusement, l’arrivée de la nourriture me remonte le moral : les quantités sont astronomiques mais partent vite dans l’estomac des convives affamés. Poulet aux pignons, riz, aubergines grillées, pitas à l’huile d’olive, houmous, salade, taboulé… Je remplis mon assiette et discute gaiement avec les deux Françaises et d’autres randonneurs.
Et à 22 heures, je me glisse dans mon sac de couchage avec un pantalon de survêtement et un pull, avant de mettre mes boules Quiès et de glisser dans un délicieux sommeil réparateur, bercée par la chaleur du poêle et le murmure (fort) des conversations qui continuent.

Le réveil se fait également en douceur vers sept heures, et la pluie torrentielle qui ne faiblit pas contrarie les plans de notre groupe : Ariel et Steve sont contraints d’annuler la randonnée de la journée, et nous laissent dormir plus longtemps. Bonheur intense : mon ampoule me fait toujours souffrir et j’ai dû me froisser un muscle à la cuisse – je parviens à peine à descendre et monter les escaliers.

Le petit-déjeuner se compose des restes de la veille, puis nous nous asseyons autour de notre hôte qui nous conte l’histoire de sa famille. Comme beaucoup de Bédouins, les hommes sont pisteurs dans l’armée israélienne : souvent dans des unités exclusivement bédouines, leurs qualités sont reconnues et les enfants s’entraînent très tôt dans les champs et les collines. Quant à la matriarche, elle fit passer illégalement les frontières à des résistants palestiniens ; sa fille a ensuite émigré aux États-Unis…

Mes souvenirs sont un peu estompés mais je me souviens de destins étonnants, racontés en hébreu et arabe par un Bédouin d’une soixantaine d’années, les enfants courant autour de lui et nous, touristes, buvant ses paroles – enfin, la traduction d’Ariel. 

Mais cet agréable moment touche à sa fin : il est temps de ranger nos affaires et les matelas, puis de repartir. Aujourd’hui, nous visiterons Acre faute de pouvoir randonner.

Acre sous la pluie, toujours le bazar 

Vous vous souvenez peut-être de ma première visite d’Acre, en octobre, quand j’étais à Haïfa. Je n’avais pas particulièrement goûté aux charmes culinaires et archéologiques de la ville. 

Malheureusement, peu d’évolution la seconde fois : même si mon humeur s’améliore une fois un parapluie acheté, nous nous perdons encore dans les ruelles, en admirant cependant les étals d’épices, dégustant un knafieh (pâtisserie dégoulinante de miel, pas trop mon truc) et une pita de falafels. 

Puis, c’est le retour vers Tel Aviv : comme pour nous narguer, le ciel s’éclaircit et l’air se réchauffe alors que nous longeons la côte vers le sud. A un station-service, qui abrite aussi un centre commercial ouvert le samedi – quelle belle invention ! Je me rends bien sûr dans la librairie Stemiazky et déniche, à ma grande surprise, le septième et dernier tome de la série Magyk d’Angie Sage, Fyre, en anglais. C’est censé être pour les jeunes ados mais j’adore le sens de l’humour de l’auteure et j’ai donc acheté ce pavé, que j’ai malheureusement dû revendre. 

Comme nous sommes plusieurs à vouloir prendre le sherout à la gare routière centrale, nous nous arrêtons ici et je grimpe donc dans un minibus à destination de Jérusalem, que va jusqu’à la porte de Damas. Là, je prends un bus arabe, et me voilà de retour à la maison pour une douche chaude bien méritée ! 

Entre verdure et désert, randonner en Israël (1/3)

Jeudi 20 août, vers 22 heures. L’appartement familial est calme, la nuit meudonnaise également. Seul un train brise régulièrement le silence. Jérusalem est passée au journal de France 2, coup d’essai peu risqué du nouveau correspondant de la chaîne en Terre Sainte, Franck Genauzau. Beaucoup se réjouissent du départ de Charles Enderlin, qui a connu son lot de polémiques.

Revoir le dôme du Rocher, le Kotel et les toits plats de la Vieille Ville m’a émue. Dans une semaine exactement, cela fera un an que je suis partie, et un peu moins de deux mois depuis mon retour. Et dans une semaine, c’est aussi la pré-rentrée de PSIA. Belle coïncidence temporelle.
Ainsi, avant de replonger la tête dans les cours, conférences et autres papiers à rendre, je me décide enfin à rédiger les derniers articles de ce blog, ceux que je vous avais promis depuis plus ou moins longtemps.

Je commence avec les randonnées que j’ai faites en Israël.

 

Petit pays aux paysages très variés et au climat propice, Israël se prête parfaitement à la pratique de la randonnée. C’est même un sport national ici : à chaque jour férié ou semaine de vacances, des milliers d’Israéliens se retrouvent sur les petits chemins, dans le Néguev en hiver ou en Galilée au printemps, et ce malgré l’absence d’une réelle offre d’équipement (Décathlon, si tu m’entends, tu es attendu plus que le Messie là-bas).

Randonner était l’un de mes principaux objectifs en arrivant dans le pays, et je dois malheureusement constater que c’est celui que j’ai le moins bien rempli. J’avais en effet sous-estimé les difficultés matérielles : pas de voiture pour se rendre au point de départ des chemins, des devoirs à faire le week-end, et surtout l’absence de transports en commun pendant Shabbat, ce qui m’empêchait de participer à la plupart des randonnées organisées par Hiking in Israel, dont le départ était toujours à Tel Aviv très tôt le samedi matin.

Je totalise tout de même quatre randonnées à mon actif, plus ou moins longues et élaborées. J’entends bien sûr par « randonnée » une longue marche loin de Jérusalem, dans des endroits vides : ainsi, des expéditions sur le mont des Oliviers, aussi épuisantes soient-elles, ne comptent pas comme des randonnées.

Commençons par la première !

 

De Jéricho à Jérusalem, le Wadi Qelt ou la Vallée de la Mort 

(Technique du patchwork : j’avais en fait écrit un article juste après cette randonnée, au tout début de mon séjour, et pour une raison que j’ignore je ne l’avais pas publié. C’est chose faite, avec quelques remaniements et l’ajout de la fin). 

29 août 2014 (arrivée + 2 jours). Réveillée par la chaleur, j’ai la bonne idée de regarder mon réveil : 6h35. Nous étions censées partir à 6h30. Great. Je ne me suis jamais préparée si vite de ma vie : autre défi de la 3A. Après avoir chargé les deux litres d’eau dans mon sac à dos, mais sans prendre de petit-déjeuner (grossière erreur) petite marche matinale dans les rues hiérosolymitaines : cette heure matinale est très agréable, le soleil ne chauffe encore pas trop et un petit vent rafraîchit l’atmosphère. Ana (la journaliste néerlandaise avec laquelle j’ai sympathisé), Alex (une Israélienne travaillant à l’auberge) et moi nous rendons à l’arrêt de bus pour notre destination que j’ignore encore. Je paie 10,30 shekels et c’est parti pour l’aventure.

Le bus sort de la ville et passe devant l’université, puis nous passons un check-point. Mon premier, en fait. Rien ne se passe, et je comprends alors que nous allons randonner en Cisjordanie. Dans une zone orange du Ministère des Affaires étrangères français, soit « déconseillée sauf raison impérative ». Haha. Pourtant, lorsque j’évoque la situation avec Alex, elle ne semble pas considérer l’endroit où nous allons (près de Jéricho, dans le désert de Judée) comme la West Bank car c’est une zone apparemment gérée par Israël – de ce fait, le bus nous dépose près d’une colonie. Ainsi, elle n’a pas vraiment peur de s’y rendre, en faisant cependant preuve d’une certaine indépendance.

Le chauffeur nous prévient donc de l’arrivée à notre destination (en même temps, nous étions cinq dans le bus : nous, lui et un religieux) et nous descendons quasiment au milieu de nulle part. Saisissant de penser que nous sommes à peine à vingt minutes de Jérusalem, et déjà dans le désert !

Marche droit devant toi...

Marche droit devant toi…

Après une rapide consultation de la carte sur laquelle j’émets quelques doutes silencieux, nous voilà parties à l’assaut de la première partie de la randonnée : la route bétonnée reliant la colonie au monastère Saint-Georges. Il est 7h45 et déjà 30° (au moins) mais cela en vaut largement la peine : le silence total, l’immensité du désert… C’est aussi une sorte de défi que tu te lances : une seule route dont tu ne vois pas le bout, la surprise après chaque tournant et l’obligation de suivre la route pour ne pas se perdre ; si tu n’y arrives pas, tu dois faire demi-tour ou puiser dans tes réserves pour y arriver.

Lilliputienne

Lilliputienne

Le monastère Saint-Georges

Une bonne heure de marche et quelques bus de touristes croisés plus tard, nous arrivons en vue du monastère et entamons la longue descente dans la vallée (la Wadi Qelt) où se nichent les bâtisses.  De nombreux pèlerins, surtout des Grecs et des Russes (à les écouter) nous accompagnent vers ce haut lieu du christianisme grec orthodoxe littéralement accroché à la roche rougeâtre de la vallée, qui n’a rien à envier aux canyons américains.

Pourquoi cette obsession de l'homme pour les constructions difficiles ?

Pourquoi cette obsession de l’homme pour les constructions difficiles ?

Nous passons une « tenue décente » (soit un paréo autour de ma taille que j’avais eu la présence d’esprit d’apporter) et pénétrons dans le monastère. Des icônes dorées ornent les murs, des moines grecs orthodoxes, en tenue, offrent conseils spirituels, petits gâteaux et boissons aux visiteurs, qui se rendent ensuite dans la chapelle d’où s’échappe une forte odeur d’encens et de bois. Touchée par la ferveur des croyants, j’observe avec émotion et retenue les personnes qui s’agenouillent devant les reliques de moines assassinés dans le monastère au septième siècle par les Perses. Cependant, la chaleur est étouffante et les bâtiments manquent d’authenticité : ils furent entièrement reconstruits au 19e. Un chat se frotte à mes jambes tandis que les filles regardent à nouveau la carte et demandent conseil, dans un hébreu mêlé d’arabe, aux Palestiniens juchés sur des ânes qui guident les touristes moyennant finance.

A l’assaut du Wadi Qelt

Nous comprenons alors qu’il existe deux chemins pour rejoindre les sources d’Ein Qelt, notre objectif : le chemin vert, « chaud mais plutôt facile » et le chemin rouge, qui passe dans le lit asséché du Jourdain, « plus frais mais plus difficile ». Inconscientes que nous sommes, nous voilà parties sur le chemin rouge.

Vous le sentez, le mauvais plan ?

Vous le sentez, le mauvais plan ?

Au bout d’une heure, malgré la beauté du paysage, les nombreux oiseaux et le bruit rafraîchissant de l’eau qui coule près de nous, je dois en être à ma troisième foulure de cheville sur les cailloux instables, en dépit de mes nouvelles chaussures de randonnée Décathlon (à 15€, j’aurais dû m’en douter). Le sentier est certes balisé, mais mal aménagé : nous escaladons un premier rocher afin de pouvoir continuer – heureusement, Alex a été singe dans une vie antérieure et nous aide à passer (comprenez, me tire vers le haut, pauvre chose rappelée par la loi de la gravité).

Une autre heure passe (ou plus, je n’ose même pas sortir mon portable pour économiser de l’énergie), mon rythme ralentit et je frôle la crise de tachycardie. Le soleil tape, les ombres se font rares et les marques de balisage également : nous n’avons de toute façon qu’un seul chemin, continuer tout droit avant de trouver un sentier nous permettant de remonter afin d’atteindre la source.

Puis, nous nous retrouvons face à un nouvel obstacle : le sentier est bouché par de grosses pierres. Seule une voie sur le côté semble se dessiner, mais il faut escalader des rochers et passer sur une étroite corniche, tout cela sans sécurité, bien sûr. Alex grimpe la première, annonce que le passage est praticable, mais « scary ». Par dessus le marché, des bergers sur les hauteurs nous ont repérées et nous lancent des invectives en arabe. Me laissant tomber sur une pierre dans le seul coin d’ombre et buvant une eau tiède, je pense ma dernière heure arrivée et songe à me laisser mourir là en attendant d’hypothétiques secours en hélicoptère. La facture et la probable absence d’assurance flottent devant mes yeux fatigués lorsqu’Alex déclare qu’il faut soit faire demi-tour, soit tenter l’ascension; Alors, allons-y.
Finalement le passage se fait plutôt bien : je mets mon cerveau sur pause, me concentre uniquement sur mes pieds et mobilise des forces insoupçonnées dans mes bras. Une poussée d’adrénaline me saisit et je me sens en pleine forme… pour cinq minutes. La fatigue me reprend rapidement, d’autant plus que la chaleur est insupportable et que nous arrivons à une intersection.

Une bonne dizaine de chèvres paissent tranquillement l’herbe rare, blotties sous l’ombre de quelques oliviers. A quelques mètres, des baraquements de tôle : probablement leur abri pour la nuit. Après le silence oppressant de la vallée, je suis rassurée par ces preuves de vie et par la vue, en haut d’une raide colline, d’un autre sentier marqué d’un balisage vert. Je respire l’odeur forte des chèvres et du crottin quand Ana repère un berger sur son âne : Alex, au début légèrement effrayée, décide d’aller le saluer et de lui demander de l’aide, dans un hébreu mêlé d’arabe. Lui et son… collègue ? sont apparemment ravis de nous voir et décident finalement de nous guider jusqu’à Ein Qelt. Mon soulagement est immense et je plonge avec joie mes mains dans l’eau fraîche conduite par un aqueduc datant de l’époque romain – peu m’importe si les chèvres, les chiens et l’âne boivent dedans.

Etude de carte...

Etude de carte…

Notre étrange équipage – deux Européennes dont une juchée sur un âne, une Israélienne et deux Palestiniens – continue donc la route, suivant un chemin tracé dans le dur sable du désert. Les montées et descentes sont abruptes et je manque plusieurs fois de perdre l’équilibre sur ma monture somme toute sympathique. Nous croisons quelques maisons de bergers, devant lesquelles des enfants en haillons jouent, dans la léthargie de ce brûlant après-midi. Assurément, nous sommes l’attraction du jour, voire de la semaine. Nous redescendons ensuite dans le ravin où gisent les ruines d’un ancien pont, et les bergers nous laissent là : à nous d’assurer la dernière partie du voyage.

Je peine à regagner mes esprits mais comprends qu’il faut encore monter, puis marcher sur un étroit sentier fait de grosses pierres qui longe un ruisseau, à l’ombre des bambous. Enfin, j’entends des cris et des éclats de joie, avant de repérer des groupes d’hommes qui se baignent torse nu dans la source. Les femmes restent voilées, assise dans l’ombre ; quelques fillettes font trempette avec leurs vêtements sur le dos.
Après six heures de marche, nous voilà enfin à Ein Qelt.

La quête du Graal : Ein Qelt !

La quête du Graal : Ein Qelt !

Alex se risque dans l’eau cristalline et Ana s’y assoit, mais je n’ai pas de maillot et même les 40° ne me convainquent pas à glisser plus que mes mollets dans la source très fraîche. Une cascade rugit au loin, des Palestiniens baragouinant un peu d’anglais nous servent du thé, préparé sur un feu de fortune bâti à l’aide de pierres.
Assise sur un rocher, pieds nus, je me refuse à tout mouvement superflu et la somnolence me gagne lentement, mais un problème surgit brusquement dans notre trio : comment allons-nous rentrer ?
Impossible de rejoindre la route à pied depuis la vallée dans l’espoir d’attraper un hypothétique bus : même si mes deux camarades sont assurément plus en forme que moi – car elles ont eu le temps de manger avant de se lancer dans cette délirante aventure – la montée est bien trop rude. Nous songeons alors au stop ou au covoiturage : une famille de Jérusalem est là et se propose de nous ramener.
Les recommandations du Lonely Planet « Ne jamais faire de stop ! » clignotent en rouge fluo dans ma tête.

Enfin, des exclamations en anglais se font entendre et notre salut apparaît : un groupe de l’auberge de jeunesse est là, la source d’Ein Gedi faisant partie des lieux proposés dans les voyages d’Abraham Tours. Quelques négociations plus tard, une place nous est assurée dans les deux gros 4×4 qui portent sur le toit une denrée infiniment précieuse : de l’eau fraîche.
Je retrouve Sophie, ma co-dortoir belge, et nous prenons place sur la banquette à l’arrière du van. Dire que la route est cahoteuse serait un euphémisme : blême, fermement cramponnée aux poignées, j’essaie de ne pas regarder le précipice que nous longeons.

Puis, une demi-heure plus tard et le checkpoint passé dans l’autre sens, nous voici de retour à l’auberge, pour une douche et une sieste bien méritées, la tête remplie de vues désertiques et du chant des cascades.