Entre verdure et désert, randonner en Israël (3/3)

Jeudi 27 août, après le dîner. Nuit, bruine, fatigue. Dernier article de ma série sur les randonnées, avant de passer au mot de la fin.

Massada, l’ascension de l’extrême

Perchée à quatre cents mètres au-dessus de la mer Morte – et donc presque au niveau de la mer -, les ruines de la forteresse de Massada sont un lieu emblématique du tourisme en Israël et a une place particulière dans l’histoire juive. En effet, lors de l’invasion du royaume par les Romains et la destruction du Second Temple de Jérusalem en 70 après J-C, environ un millier de juifs se sont réfugiés là, sur ce plateau peu hospitalier, glacé la nuit et brûlant l’été, à l’est du désert de Judée. Ils se sentaient sans doute en sécurité et ont établi une communauté autonome, construisant des maisons, des greniers, des synagogues, et repoussant les Romains.
Mais les envahisseurs ne renoncent pas aussi facilement et décident d’assiéger la montagne de l’autre côté, en bâtissant une longue rampe en zig-zag, encore visible aujourd’hui. Ainsi, en 72, voyant que les Romains s’apprêtent à les capturer ou les tuer, les zélotes juifs font un choix extrême : le suicide. Les femmes tuent leurs enfants et les hommes leurs femmes, avant de s’entretuer à leur tour. Seule une poignée se cachera et témoignera de cet acte, courageux ou fou selon les opinions.

Cet endroit mystique est donc, en plus d’être magnifique, chargé d’histoire et de souvenirs ; c’est aussi un point de vue remarquable sur la mer Morte. La tradition est de commencer l’ascension la nuit afin de voir le lever du soleil du haut de la montagne ; vous connaissez mon amour des panoramas et des levers et couchers de soleil, je ne pouvais donc pas manquer cela.
Nous avions pensé le faire avec mon père lorsqu’il m’avait rendu visite, mais une mauvaise nuit de sommeil et une certaine flemmardise avaient réduit nos plans à néant…

De week-ends en vacances, la date du départ de Leah approchait dangereusement et nous voulions le faire toutes les trois, avec Daniella. Nous réservons alors le tour avec Abraham Tours pour le dimanche 28 mai, Yom HaStudentim et donc sans cours. Pour voir le lever du soleil, le départ est bien sûr à trois heures du matin : le réveil est mis, nous prenons un taxi et rejoignons le groupe devant un bâtiment familier, l’Abraham Hostel.
Notre guide est un homme doux au corps sec d’ascète, qui confie être un ancien ultra-orthodoxe ayant quitté la communauté. Passionné par la mer Morte, il s’y baigne au moins une fois par semaine, et sera donc notre conducteur pour ce tour qui comprend Massada, Ein Gedi et la mer Morte.
Nous sommes une dizaine, uniquement des touristes : des Anglais, des Allemands, des Chinois et des Russes. Mais le sommeil nous prend bien vite tandis que le minibus file sur la route 1 dans une nuit sans étoiles.

Après un peu plus d’une heure de route, nous parvenons à l’entrée du parc de Massada et, une fois le bon chemin trouvé – pas facile dans le noir, bien que l’on voie sans trop de difficultés – commençons alors l’ascension. Deux kilomètres et sept cents marches.

Au bout de dix minutes, mes poumons souffrent déjà le martyr et je rêve d’une plateforme de téléportation. Leah et Daniella partent devant tandis que je grimpe tant bien que mal, me reposant souvent, admirant le progressif lever du soleil dans un silence… désertique. Nous sommes très peu sur le chemin, et l’on croirait assister à la création du monde.

Lever du soleil derrière les montagnes de Jordanie, au-dessus de la mer Morte.

Lever du soleil derrière les montagnes de Jordanie, au-dessus de la mer Morte.

Encore quelques arrêts, des marches de pierre inégales, puis je retrouve mes camarades qui m’attendaient un peu plus haut et nous atteignons le sommet ensemble. Temps indicatif : 45 minutes. Mon temps… plus d’une heure, pour sûr !

Mais l’effort en vaut la peine. Il est environ six heures, le soleil tape déjà fort sur les ruines et il est difficile d’imaginer que, deux mille ans auparavant, des gens habitaient là… Tout est bien conservé – pour des ruines – et le site est plutôt grand. Nous partons en exploration, examinant les remparts, les murs des maisons, les synagogues, admirant la vue sur le désert rocailleux. Je prends même un petit déjeuner assise sur une grosse pierre.

Arrivée en haut, la vue sur le rocailleux désert de Judée est à couper le souffle.

Arrivée en haut, la vue sur le rocailleux désert de Judée est à couper le souffle.

J’aime le désert, son silence, son vide, son immensité qui nous rappelle notre petitesse et notre insignifiance d’humains, face à ce lent travail d’érosion des roches par la pluie et le vent. Nous sommes jeunes et pourtant nous détruisons…

(C’était l’instant écologique du jour)

Mais le temps nous est compté et, bientôt, il faut entamer la descente. Par le même chemin, bien sûr : il y a une télécabine mais elle n’ouvre qu’à huit heures et il est sept heures. Après avoir rempli nos gourdes à une fontaine délicieusement fraîche – et au ventilateur très bruyant – nous reprenons donc le sentier du serpent. Daniella gambade comme un chamois des montagnes tandis que Leah et moi peinons un peu et suivons notre rythme. Je souffre heureusement moins qu’à l’aller !
Nous ne sommes pas les dernières à rejoindre le minibus et nous reprenons la route, direction Ein Gedi.

Les pentes de Massada sont abruptes...

Les pentes de Massada sont abruptes…

Ein Gedi, le retour 

Je m’étais déjà rendue dans ce parc national avec OSA, au tout début de mon année en Israël, et je n’avais pas vraiment apprécié : trop chaud, trop de monde. Mais cette fois, le parc vient d’ouvrir, nous sommes très peu et la chaleur reste supportable. Les damans des rochers (les petits animaux qui ressemblent un peu à des mini-marmottes) sont étalées sur le chemin, à l’ombre des rochers, faisant tranquillement la sieste avant de se réfugier dans des trous creusés dans les murs. Pareil pour les bouquetins de Nubie, emblèmes du parc, et qui se promènent en liberté, absolument pas effrayés par nos appareils photo.

Un bouquetin de Nubie et un daman des rochers discutent dans le parc d'Ein Gedi.

Un bouquetin de Nubie et un daman des rochers discutent dans le parc d’Ein Gedi.

Pour l’anecdote, j’ai envoyé cette photo pour le concours photo souvenir de 3A, mais je n’ai pas gagné. Difficile de peser face aux dunes du désert de Namibie, visitées par une autre sciences-piste.

Nous suivons le chemin de David et arrivons à la deuxième source, où nous nous étions déjà arrêtés lors de ma visite avec Rothberg. Elle a beaucoup diminué : c’est un problème dans le parc… Et, miraculeusement, nous sommes seules. Un coin de paradis pour nous trois.
Nous nous mettons immédiatement en maillot de bain et, munie de mes tongs, je m’aventure dans l’eau fraîche, un bonheur après l’effort de la randonnée. Un petit tour sous la cascade, et nous nous installons sur les rochers pour sécher, tandis que Leah s’amuse à créer des barrages avec son postérieur.

Le passé du lieu, le calme, le murmure de l’eau, une libellule jouant avec nous, tout se conjugue pour croire à la spiritualité, aux miracles qui s’y seraient déroulés. Comme à Massada, je songe à la création du monde ; nous sommes trois déesses nous promenant dans notre oeuvre…

Cascade rafraîchissante dans le parc d'Ein Gedi, bienvenue après la montée (et la descente...) de Massada.

Cascade rafraîchissante dans le parc d’Ein Gedi, bienvenue après la montée (et la descente…) de Massada.

Mais le temps file et, à nouveau, nous devons rejoindre le minibus – après la dégustation d’une glace – pour notre dernière étape, une plage de la mer Morte.

Faire la planche et s’enduire de boue : bienvenue à la mer Morte !

Bonne surprise, la plage est bien aménagée, avec boutiques, vestiaires, douches, et même « le bar le plus bas de la planète ». Nous nous installons sur trois fauteuils avant de rejoindre l’eau, d’une température parfaite, bien plus agréable qu’en septembre dernier. Je parviens enfin à faire la planche sans paniquer, et nous récupérons de la boue avec nos pieds pour nous enduire mutuellement, sous les regards amusés des nombreux baigneurs.

Je ne m’attarde pas sur cette partie vu que j’ai déjà raconté la mer Morte, mais j’ai toujours cette impression de paysage lunaire, d’irréalité, qui confère un charme étrange au lieu..

Enfin, après une bonne douche, c’est le retour à Jérusalem, accompagnées par les musiques choisies par notre conducteur. Il passe notre chanson préférée, et nous dépose près du village étudiant. Il est 14 heures, nous sommes réveillées depuis 12 heures… Bonne nuit !

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