J + 14 : le temps du bilan 

Dimznche 19 juillet, tard dans la soirée. Une playlist Spotify dans les oreilles – en l’occurrence Musiques de films, qui diffuse l’excellente BO de Cloud Atlas, le morceau Finale, et maintenant Time d’Inception – je me décide enfin à rédiger ce premier bilan, deux semaines après mon retour ; je dois le faire maintenant sinon jamais et j’apprécie la symbolique de cette date. Pourquoi pas avant ? Vous me connaissez bien désormais : la flemme. Surtout celle d’utiliser mon ordinateur en fait : alors qu’il n’a même pas deux ans, il bugue à un niveau improbable et je préfère donc utiliser mon nouveau portable même si c’est un peu moins pratique. Cet article risque donc d’être assez court et de comporter des fautes de frappe, j’en suis navrée. 

Nouveau portable ? Eh oui, le lendemain de mon arrivée, mon père et moi avons couru chez Orange – enfin, surtout moi – et j’ai basculé du côté obscur de la Force en revenant un iPhone 6. Cadeau d’anniversaire trois mois et demi plus tard. Et sans vouloir faire de pub pour Apple – qui d’ailleurs n’en a pas besoin -, je suis totalement accro et enthousiasmée par ce mini-ordinateur qui tient dans ma poche. D’ailleurs, je dis souvent que je suis rentrée en France pour retrouver mes livres, la nourriture et recevoir mon cadeau. C’est exagéré mais il y a tout de même un fond de vérité ! 

  
Alors, qu’ai-je fait depuis mon retour, à part céder au consumérisme californien ?

J’ai passé quelques jours à Paris, tranquillement chez moi, pour me réhabituer à la vie française et familiale. J’avoue que, le lundi matin, je n’en menais pas large : alors que je montais dans la voiture de mon père pour aller à Boulogne, je me demandais où étaient mes valises et à quelle heure était mon avion. Gros coup de blues et un léger décalage qui est heureusement vite passé après une visite chez mes grands parents et une virée au Monoprix. 

Premier point dans la liste « choses qui me manquent » : le coût de la vie. Cela paraît très large évidemment, mais j’avais oublié à quel point la vie en France – et surtout dans la banlieue ouest parisienne – pouvait être aussi chère. Simples courses au supermarché mais aussi transports en commun : n’ayant plus de pass Navigo (renouvellement prévu début septembre évidemment), j’ai dû payer 5,10€ pour un aller retour Meudon Paris. Avec un train en retard et non climatisé bien sûr.

 Mais je tenais à revoir une amie sciences piste pour une expo sur Napoléon au musée Carnavalet (petit rappel patriotique) et une promenade dans la beauté des rues de Paris. J’ai également déjeuné avec ma mère sur son lieu de travail puis avec mon oncle dans un petit restaurant rue des Rosiers (rue emblématique du quartier juif de Paris). Malheureusement pas convaincue par les falafels ni par la tehina. Ma quête continue. 

  
Puis, je suis partie une petite semaine en Mayenne dans notre rustique maison de campagne pour « me mettre au vert » et bien me reposer. Travail manuel, lecture, bronzage, un vrai sas de décompression en compagnie de ma cousine. La nature verte, les grands arbres feuillus, les champs et les vaches m’avaient manqué plus que je ne le pensais. J’ai savouré la solitude sur une petite route de village, le soleil couchant sur ma peau à plus de 21h30. J’ai également fait une vraie cure de viande rouge ! 

  
Et demain, nouveau départ chez ma grand mère en Bourgogne. Pas de connection Internet à la maison, réseau pour le portable incertain. Dieux d’Orange et de la 3G, priez pour moi. 

Bon, c’est bien gentil de raconter ma vie me diriez vous, mais quid de l’analyse ?

Après de longues réflexions mais aussi de grandes discussions assez importantes pour mon futur et la construction de mon identité, j’en conclus que cette année étrangère m’a aidée à avoir moins peur. Moins peur de demander, réclamer, m’exprimer, vivre. J’avais encore tendance à me penser banale vu que tous mes camarades sont aussi partis à l’étranger mais je me dis que, non, ça ne l’est pas tant que ça. J’ai vécu dix mois dans un pays sans parler ou presque ma langue maternelle, perdant tous mes repères du quotidien, m’en créant d’autres. Je me suis occupée de moi même, de l’appartement. 

Oui, sans avoir peur des grands mots et même si je vis toujours chez mon père, je pense désormais être une (presque) adulte, assurément plus mûre qu’avant mon départ et prête à vivre avec moins de filets. Bon, j’ai toujours un peu peur des araignées mais celle des ascenseurs s’est progressivement résorbée – essentiel quand on vit au huitième étage. 

Serais-je devenue adulte si tôt sans être partie ? Je ne peux évidemment pas me prononcer étant donné que ce séjour fait désormais partie de moi et qu’il est impossible de revenir en arrière pour l’observer dans un monde parallèle où je serais restée en France – ou partie en Norvège par exemple. 

Je suis partie en août 2014 bien enveloppée dans une chrysalide de certitudes, qui s’est craquelée au fil des mois, des rencontres et des découvertes. Je continue à donner des coups de l’intérieur ces derniers jours et j’attends quelque chose – ou quelqu’un – pour m’en délivrer totalement. Et accepter le moi qui en sortira.

Ce n’est qu’un au revoir… Journal à bord.

Dimanche 5 juillet, 18h45 (encore à l’heure israélienne)

Voilà, mon année étrangère est terminée. J’ai quitté la Terre Sainte il y a une heure environ, dans un bel A320 d’Air France à destination de Paris Charles de Gaulle. Arrivée prévue à 21h40 (heure française), et donc uniquement quatre heures de vol. C’est pratique, ce décalage horaire. Enfin, nous passons bien cinq heures dans l’avion, évidemment.

Deux constats pour l’instant : les avions devraient être interdits aux bébés, et je n’ai pas besoin de prier pour arriver à destination saine et sauve vu que mon voisin rabbin le fait pour moi – enfin, entre deux épisodes de Un gars une fille qu’il regarde sur son téléphone. Les barbes, les tsitsits et les kippas vont-elles me manquer ? Bonne question.

J’ai encore du mal à réaliser que je suis partie ; j’imagine que le véritable choc – si tant est que j’en souffre – aura lieu demain, quand je me réveillerai dans ma petite chambre meudonnaise et pas dans mon aussi petite chambre

Annonce du steward (en français, puis en anglais avec ce bel accent qui ne m’avait pas DU TOUT manqué) : nous allons survoler l’île de Rhodes, nous passerons sur Thessalonique, puis Sarajevo, Venise, survol des Alpes par Zurich et descente à partir de Dijon. Je lui fais totalement confiance : j’ai bien un hublot, mais au-dessus de l’aile et ne peux donc pas voir grand-chose.

Et j’ai faim. Mon voisin a déjà son repas car les repas casher sont distribués en avance. Le brownie dévoré au duty-free n’a pas fait long feu.

Bref, où en étais-je ?

Le choc du départ. Je pense que ma prise de conscience s’est étalée sur plusieurs jours, voire plusieurs semaines : en effet, étant la dernière de l’appartement – et probablement des undergraduate de Rothberg – j’ai vu mes colocataires et mes camarades s’en aller, certains dès la fin mai, et j’ai pu épuiser une grande partie de mon stock de larmes. Mes yeux étaient tout de même humides dans le sherout pour l’aéroport, puis au moment d’embarquer et au décollage.

Au revoir !

Au revoir !

En fait, j’ai passé ce dernier mois à faire mes « derniers » et à me détacher progressivement de ce pays, de cette ville et de ses habitants. Dernière escapade à Tel Aviv avec Daniella il y a deux semaines, dernier paper rédigé en Terre Sainte lundi dernier (enfin, plus précisément, dans la nuit de lundi à mardi : d’ailleurs, si je valide, je fais un grand truc audacieux, je vous préviens), dernière marche vers l’université jeudi pour rendre des livres et effectuer quelques formalités administratives, dernier repas à Mahane Yehuda vendredi (entourée de Russes et d’Américains du programme Taglit… Autant pour le pittoresque) et enfin dernière grande promenade hier samedi, sur le mont des Oliviers (il était temps).

C’était donc plutôt lors de ces « derniers », ainsi que lors des départs successifs de mon entourage, que j’ai ressenti l’approche imminente du départ.

Le repas était assez bon, Air France fait des progrès. Au menu, salade de pommes de terre avec du poulet pané froid, un petit roulé à la tomate, du pain et un gâteau à la vanille. J’ai même voulu manger la Vache qui Rit parce que j’ai une fascination pour les plateaux repas, avant de me souvenir que, même après dix mois sans beaucoup de fromage, je n’aime toujours pas la Vache qui Rit. Encore moins la fausse de l’avion.

Oui, on peut manger correctement en classe éco.

Oui, on peut manger correctement en classe éco.

Par contre, mauvais timing pour le repas : aujourd’hui, c’est le 17 Tammouz, un jour de commémoration de diverses catastrophes, qui est jeûné par les juifs pratiquants. Je trouve qu’Air France pourrait s’adapter et servir ses repas un peu plus tard, étant donné qu’un bon tiers des passagers – au vu des kippas, foulards et repas non consommés – sont pratiquants. Ah là là, le retour à la laïcité française va être étrange, je vous l’assure.

Oh, et le bébé s’est remis à crier, tandis que les deux gamins derrière moi s’agitent en tapant dans les sièges et demandent sans cesse à leur mère quand est-ce qu’on arrive. Je suis pour l’interdiction des bébés ET des enfants pas sages. Ou alors, pour une distribution gratuite de somnifères.

Oui, cet article risque d’être un peu décousu…

Question à mille euros : suis-je triste ?

Je ne sais pas. Je me dis que la tristesse est liée au regret et aux occasions manquées. J’en compte certes quelques-unes au cours de cette année – mais qui n’en a pas ? et j’essaie plutôt de me concentrer sur les bons points, les beaux souvenirs, les magnifiques découvertes, au lieu de ressasser et de me dire « Oh, j’aurais dû faire ça, visiter cette ville, parler à cette personne… », mais je pense aussi que passer des après-midis dans son lit à découvrir des séries, à lire, ou à glander sur le canapé en refaisant le monde avec Daniella ou Leah sont aussi des expériences constructives, bien qu’elles laissent moins de traces photographiques.

Bien sûr, j’aurais aimé rester plus longtemps, voir encore plus de choses, améliorer mon hébreu – qui n’est pas aussi bon que je le souhaitais avant de partir. Je ne suis pas comme certaines connaissances qui ont réellement souffert cette année et qui comptaient presque les jours avant le retour en France. Mais je suis aussi contente de retrouver la France, parce que mes cours à la rentrée ont l’air passionnants (je vais avoir Emmanuel Laurentin et Nicolas Beytout comme professeurs à l’école de journalisme ! et Hubert Védrine à PSIA si je réussis mes IP !) ; parce que la campagne me manque (Yonne et Mayenne, départements au potentiel méconnu) ; parce que je vais enfin avoir mon cadeau d’anniversaire (un iPhone 6 !).

Et puis, la phrase un peu bête qui résout tout et rien en même temps : il fallait bien que ça se termine. C’était prévu. J’ai même eu presque un mois supplémentaire (mon départ était prévu le 10 juin).

Alors, le temps du bilan ?

Il est peut-être un peu trop tôt pour un bilan en bonne et due forme, car j’ai besoin de confronter Israël et la France. Avec mon regard d’habituée à la société israélienne, et ma… euh… « ré-habituation » à la France ? Ça existe, ce mot ?

Cela peut paraître très snob mais j’ai perdu un peu de mon français. Les mots ne me viennent plus aussi spontanément qu’auparavant, malgré ma pratique écrite régulière sur ce blog et dans le journal. J’ai bugué pendant quelques minutes en cherchant la traduction de « reliable » et j’ai le réflexe de parler hébreu ou anglais aux hôtesses de l’air.

L’une d’entre elles ressemble comme deux gouttes d’eau à ma marraine, elle aussi hôtesse de l’air à Air France. Enfin, la marraine dont je me souviens la dernière fois que je l’ai vue, il y a six ans.

Bon, quelques éléments, tout de même….

J’ai passé une excellente année, malgré mon absence d’éléments comparateurs – c’était la première fois que je passais autant de temps à l’étranger. J’ai vraiment vécu pendant dix mois dans un pays où l’on ne parle que très peu ma langue, avec des mœurs, des traditions, des codes sociaux différents. Evidemment, ce n’est pas la Chine, l’Inde ou l’Ouganda, mais je ne cherchais pas de réel dépaysement. Juste quelques différences, pour mieux apprécier – ou non ! – mon retour en France.

Ce fut d’ailleurs l’occasion d’une profonde réflexion sur mon identité, ce que c’est d’être Française. Avant de partir, je pensais naïvement être Européenne, voire « citoyenne du monde » (ne vous inquiétez pas, je ne reviens pas en pantalon à fleurs et dreadlocks), mais cet éloignement m’a fait prendre conscience de ma nationalité. Pas forcément de l’attachement à cette dernière, mais de mon extrême « french-itude » dans la plupart de mes actes, que ce soit positif ou non.

Et faut-il en avoir honte ? Essayer de le cacher ? On est si vite taxé de tous les noms quand on montre un peu d’attachement à sa culture, à sa nation, à ses origines. Oui, je suis française, sans être pour autant supérieure aux autres. J’ai abondamment critiqué le manque d’élégance des Américaines et leur extrême superficialité, notamment dans les relations humaines, mais il faut justement reconnaître cette grande sociabilité. Ok, c’est le seul point positif que j’arrive à trouver, j’avoue.

Donc, quand je mange à des heures régulières sans jamais oublier le beurre ; quand je porte de l’attention à ma tenue quotidienne ; quand je parle anglais ou que j’évoque des concepts en relations internationales… Je suis française. Et encore, pour l’accent, beaucoup d’anglophones m’ont dit être étonnés par mon bon anglais. Il est vrai que la plupart de mes compatriotes rencontrés en Israël ont une façon de parler très reconnaissable !

Même physiquement, on me dit « you look French » (bon, et aussi German et Russian), pas plus tard qu’hier quand je visitais le jardin de Gethsémani.

Mais pourtant, quand je vois ce qu’il s’est passé en France pendant mon absence… Attentats en janvier, multiples scandales politiques, et tout récemment cette guerre ridicule entre UberPop et les taxis, le vote de la loi sur le renseignement et la menace qui plane sur les Guignols.

Je reconnais aussi désormais l’extrême rigidité française, ce moule dans lequel on nous force à rentrer, le manque de flexibilité dans les études ou le marché du travail par exemple. C’est probablement très formateur, et bénéfique à ceux qui savent s’y adapter, mais peut détruire les autres.

Alors, disons que je suis fière d’être de culture française, mais pas forcément de mon pays d’origine. Ce n’est probablement qu’en partant loin, pour longtemps, que l’on peut s’en rendre compte.

Cette année étrangère fut aussi la confirmation de plusieurs choses, de plusieurs vocations. Déjà, une affirmation de ma personnalité, des aspects dont je me doutais sans en être sûre, et une progressive acceptation de moi-même. Je ne sais si c’est la maturité (oui, j’ai eu 20 ans, je peux employer ce grand mot désormais) ou le fait d’évoluer dans un cadre différent, mais devoir me débrouiller au quotidien, repartir à zéro, m’a poussée à mieux me connaître, à (re)connaître que, oui, je suis casanière, j’ai des tendances mélancoliques, j’aime agir indépendamment des autres, je ne supporte pas l’ennui intellectuel ni les discussions superficielles. Voilà, c’est moi, et j’ai arrêté d’essayer de changer si c’est pour en souffrir.

D’ailleurs, à propos de la maturité, je suis définitivement passée du côté des vieux. Tout à l’heure, sur le tapis roulant de l’aéroport, j’ai dépassé deux jeunes Français en disant pardon, et l’un a dit à son copain « Pousse-toi, la dame veut passer ».  La DAME. Putain. Alors que j’étais considérée comme jeune en Israël vu que j’entre en master à 20 ans. Pareil dans l’avion, les hôtesses ne me disent plus mademoiselle mais madame. Pfiou.

Oui, je suis féministe mais je tiens au mademoiselle. Pourquoi n’aurait-on pas deux appellations différentes pour les femmes jeunes et moins jeunes, au choix, sans sous-entendu du statut marital ?

Hé, c’est génial, il est 20h23 et il fait encore jour. C’était un aspect assez pénible de la vie quotidienne israélienne, la nuit qui tombe très tôt.

Des bancs de nuages dérivent au loin, comme de la crème chantilly sur de la mousse azur. Nous survolons désormais la terre ferme ; probablement les Balkans.

Comme vous le savez, j’ai dû également choisir mon master en mars, et je dois dire que sans mon stage au Jerusalem Post, je n’aurais même pas candidaté au double-master PSIA / EDJ. C’est sans nul doute ma plus belle chance de cette année et j’en serai éternellement reconnaissante à la rédaction. Et également à Andalus Moyen-Orient, qui a eu la bonne idée de débuter cette année et donc de me permettre d’écrire des articles réguliers.

Même si je connaissais déjà mon extrême attachement à la beauté de la langue française, et malgré mes légères pertes de vocabulaire faute de la pratiquer intensément au quotidien, mes expériences rédactionnelles cette année furent la confirmation de cet amour. Oui, même si c’est mal payé, même si je désespère souvent en constatant un marché de l’emploi assez bouché (euphémisme), je veux écrire. Au quotidien. Pour en vivre. Utopiste, peut-être… Qui suis-je donc pour m’accorder ce quasi-luxe de vouloir faire ce que j’aime dans la vie ? Et mon acceptation dans ce master fut, justement, comme une reconnaissance académique – attention, instant « je me jette des fleurs » : oui, j’ai du talent, j’écris bien, et je veux encore m’améliorer afin de devenir une bonne journaliste.

Et de revenir en Israël pour essayer de proposer un portrait plus complet du pays.

Car c’est quelque chose auquel on est confronté régulièrement en lisant la presse française au sujet d’Israël, mon pays d’adoption pendant dix mois. Toujours les mauvaises nouvelles. Le Monde parle du Palestinien abattu à un check-point alors qu’il lançait des pierres sur des voitures israéliennes, mais pas des multiples attaques au couteau perpétuées ces derniers jours sur des soldats et des civils en Cisjordanie.

Les Palestiniens seraient-ils plus légitimes à attaquer les Israéliens parce qu’ils sont « oppressés » par ces derniers ? Où se termine la revendication et commence le terrorisme ?

Mon point de vue sur le « conflit » s’est étoffé au cours de cette année, en discutant avec des soldats israéliens venus de France, des camarades israéliens, des camarades de Jérusalem-Est, des marchands palestiniens. Et la situation est tellement, tellement plus complexe et nuancée que la belle version manichéenne que l’on nous sert en France.

Attention, je ne défends pas Israël inconditionnellement pour autant. J’ai vu des horreurs journalistiques passer sur certains sites francophones surtout lus par les Français vivant en Israël, des calomnies et des articles qui jetaient de l’huile sur le feu, bien loin du professionnalisme du Monde ou de Libération.

Mais c’est un peu ce que je cherchais, non ? L’absence totale de consensus, une année polémique, le devoir de se justifier presque quotidiennement, auprès des camarades sciences-piste mais aussi des Israéliens et des autres étudiants en échange qui m’interrogeant sur mon choix.

Justification d’autant plus nécessaire quand on n’est pas juive. Malgré des origines juives, je n’ai pas du tout été élevée dans cette religion, mais dans le catholicisme ; sans aller jusqu’à la méfiance ou l’hostilité, j’ai régulièrement ressenti un véritable étonnement quand j’expliquais avoir choisi de venir en Israël, le pays des Juifs (bon, et quand même 20% d’Arabes israéliens) alors que je ne suis pas Juive.

Déjà quatre pages Word. On dirait que l’attitude m’élève. Hahaha. Mais je suis fatiguée, après un lever à sept heures ce matin, et une activité quasi-frénétique de rangement et de nettoyage depuis. Je m’accorde donc une petite pause sieste post-repas.

21h25 (heure israélienne). Encore une heure et quelques (oui, le pilote nous a dit qu’on arriverait probablement en avance).

J’espère que ma logorrhée scripturale ne vous ennuie pas trop, mais vous avouerez que, dans un avion, à part dormir, regarder le film sur les petits écrans collectifs, lire ou s’occuper avec l’ordinateur, il n’y a pas grand-chose. Et puis, on m’a dit qu’il fallait que j’écrive « tout », alors j’en profite.

A travers le hublot, la nuit tombe lentement et la couverture de nuages se fait plus épaisse. Les rares éclaircies nous permettent d’observer des monts enneigés : probablement les Alpes. Les turbulences sont assez fréquentes et, bizarrement, le bébé n’apprécie pas trop.

Mes fesses commencent à me faire souffrir, mais je n’ai guère envie de me lever. D’abord parce que j’ai enlevé mes chaussures dès le décollage et que j’ai la femme de les remettre ; j’ai la phobie des toilettes d’avion – chacun ses trucs – et je ne veux pas déranger mon voisin qui a l’air passionné par le film. Un film français, je reconnais Eric Elmosino et je pense avoir aperçu Chantal Lauby. Et puis bon, un film français, ça se repère. Je préfère d’ailleurs un maximum avant de rentrer à nouveau en contact avec ce pan de la culture française. Ils auraient dû diffuser Qu’est qu’on a fait au Bon Dieu, ça aurait mis de l’ambiance.

Bon, qu’ai-je encore à dire…. De nouvelles péripéties à la douane israélienne, peut-être ?

Hier, recevant un mail d’Air France qui m’invitait à effectuer mon enregistrement en ligne, j’ai effectué les démarches nécessaires mais sans pouvoir imprimer la carte d’embarquement, faute d’imprimante en état de marche au village étudiant. Arrivée à l’aéroport…

Non, je dois revenir sur ma matinée, tout de même.

Lever à sept heures, donc, avec un planning plutôt chargé et une belle liste de tâches – depuis le temps, vous connaissez ma passion pour les plannings, les échéanciers et ces autres trucs qui donnent l’impression d’être performante alors que je reste une grande procrastinatrice devant l’éternel.

(Tiens, Word ne reconnaît pas « procrastinatrice ». Quelle erreur !).

Je m’attèle donc à une série d’occupations plus intéressantes les unes que les autres – franchement, vous ne savez pas ce qu’est une tâche chiante avant d’avoir nettoyé un frigo – et découvre que, dans un déménagement, on passe surtout du temps à jeter des choses et à descendre des sacs poubelles. Quand on habite au huitième étage, c’est assez pénible.

Je décide également d’affronter la banque afin de changer en billets la quantité assez astronomique d’agorot (les pièces de 10 centimes de shekels) accumulées par l’appartement entier au cours de l’année. J’attends, passe au guichet, et l’employée m’explique doctement que je dois compter moi-même les pièces afin de remplir un sac de 500 pièces, ni plus ni moins. Genre, j’ai une tête à compter des pièces.

Suivant son conseil, je me dirige donc vers le supermarché, où j’avais déjà tenté la démarche sans être vraiment comprise. Heureusement, cette fois, la responsable semble plus compétente et s’empresse de peser mon sac de pièces.

1,900 kilo. Wow. Elle me donne alors un beau billet de 50 shekels et je pars, le sourire aux lèvres. Vous imaginez, 50 euros en pièces jaunes ? C’est Bernadette Chirac qui serait contente.

Une fois rentrée, je continue mes tâches sans fin, entre nettoyer le plan de travail, jeter encore plus de machins et terminer mes valises. J’ai opté pour deux franchises bagages supplémentaires, ce qui me fait trois bagages en soute à 23 kilos et 12 kilos en cabine. Soit, au maximum, 81 kilos. Deux valises pleines, un sac à dos mis en soute, un gros bagage à main et un grand sac à main acheté en Turquie.

Puis, l’heure avance, une étudiante du MUN vient prendre le micro-ondes comme convenu et se laisse tenter par un peu de nourriture. Je n’ai pas le temps de déjeuner : je dois aller rendre mes clefs et je sais bien que le sherout, commandé pour 14 heures, arrivera en avance. Banco, alors que je nettoie le sol de la cuisine au Swiffer, vers 13h45, le chauffeur m’appelle et m’annonce qu’il m’attend en bas. Toujours plus aimables (non), ils ne préviennent même plus avant d’arriver…

Commence alors le moment épique que je redoutais depuis mon arrivée, ou presque : mettre tous les bagages dans l’ascenseur, traverser le village étudiant jusqu’au second ascenseur et me traîner jusqu’au taxi.

Instant poétique : les nuages sont magnifiques. Souvenirs émus de mon enfance, quand mon père me faisait croire sans trop de difficultés que Pom Pom Color et le Père Noël y avaient leurs châteaux. Je n’ai d’ailleurs toujours pas renoncé à mon rêve de faire un jour du surf sur les nuages. Bien épais comme de la crème fraîche ou de la guimauve.

(Comment ça, je ramène toujours tout à la bouffe ?)

Nous commençons notre descente vers Paris. Ciel nuageux (bon, je m’y attendais…) et 23°. Sympa. Par contre, je n’arrive pas à accorder « il fait encore jour » et « il est 21h53 » (20h53 en France).

Tout en espérant que le chauffeur m’attende, je me lance donc dans cette périlleuse traversée, une valise à chaque main, les sacs glissant lentement de mes épaules et le sac à dos bien en place. Il me houspille quand il m’aperçoit enfin et tire une drôle de tête en remarquant mes deux grosses valises. Un chauffeur de sherout, quoi. Je suis la quatrième : le taxi s’arrête ensuite à l’hôte Dan pour prendre deux Russes, la mère et la fille, puis zigzague dans les rues presque artificielles des colonies. Nous prenons donc la route 443 pour nous rendre à l’aéroport et l’une de mes dernières visions de l’extérieur du pays est le checkpoint de cette même route. Comme à l’aller.

Je regarde les paysages familiers, les oliviers centenaires qui défilent, la terre sèche.

Bon, je dois éteindre l’ordinateur !

Et me voici de retour à Meudon, plus de dix mois après mon départ. Mes livres, mes bibelots, mes vêtements d’hiver. Rien a changé, sauf moi peut-être. Et mon père qui a perdu des cheveux. J’ai l’impression de n’être que de passage, comme si j’allais repartir demain. Vais-je me réveiller ) Meudon ou à Jérusalem ? Les trains vont-ils remplacer le muezzin (j’habite à côté d’une gare) ? Combien de temps avant que « la maison » redevienne cet appartement ? 
Réponse dans les jours à venir. 

Une fois arrivée à l’aéroport, j’attrape un chariot qui a une fâcheuse tendance à tourner à gauche, puis affronte le contrôle de sécurité. L’hôtesse au début de la file me demande si j’ai ma carte d’embarquement : je me souviens vaguement de m’être enregistrée la veille sans pouvoir imprimer ma carte et elle me répond de continuer. Et, évidemment, arrivée au contrôle, on me demande la carte. Demi-tour, imprimerie de la carte sur la borne et retour au contrôle. Interrogatoire, puis dépose des bagages. Je croise les doigts, observe nerveusement la balance… Ca passe ! 21,5 kilos pour l’une, 24,5 pour l’autre et 10 kilos pour le troisième. Mais le sac à dos est un « bagage spécial » qui doit être enregistré à un comptoir séparé. Nouvelles péripéties.

Baudet, le retour.

Baudet, le retour.

Une fois débarrassée de mes bagages – il me reste tout de même une grosse besace et un grand sac à main – je vais rendre ma carte SIM israélienne au comptoir, puis remonte et affronte la dernière étape : la douane. Et, comme pour la Turquie, je bénéficie d’une attention toute particulière et mes deux sacs sont entièrement fouillés. J’avais heureusement eu la présence d’esprit de mettre tous mes chargeurs dans un petit sac en plastique, ce qui a facilité l’examen. Obtention du visa de sortie sur la borne pour passeport biométrique, puis duty-free. Une publicité Kérastase géante m’accueille et je me sens presque comme à la maison (coucou Maman). Je choisis un café au hasard, un goûter, profite du Wifi gratuit et apprécie ces derniers moments en Israël. C’est ensuite le temps de l’embarquement, de la retrouvaille des compatriotes, et du décollage…

Atterrissage quatre heures et trente minutes plus tard (on avait de l’avance) et premier contact avec l’administration française : aux douanes, sur la douzaine de guichets, seuls deux sont ouverts. Heureusement, les douanes françaises sont bien plus laxistes que leurs homologues israéliennes et je pénètre sur le territoire français sans encombres et sans faire la queue. Je récupère rapidement mon barda, et ce sont les retrouvailles émouvantes avec mon père.

Me voici de retour.

Et je repartirai. Si j’ai un enseignement à tirer de mon année étrangère, c’est ce goût de la découverte, de l’exploration, des petites différences du quotidien, de la vie en terre non-française (j’aillais écrire inconnue, mais bon). Alors, que ce soit en Israël ou ailleurs, le monde m’ouvre les bras.

[Andalus] En Israël, on est aussi Charlie

Nouvel article pour l’excellent blog Andalus ; bientôt le premier numéro de la revue qui sera consacré aux frontières au Moyen-Orient.
Il faut que je m’y mette, tiens. Techniquement, ce sont les vacances, mais je continue mon stage au Jerusalem Post à temps plein. Et je vous promets également la suite de mes aventures de Noël !

En Israël, on est aussi Charlie

Ces derniers jours, la logique du monde semble s’être inversée : alors qu’en novembre, une série d’attentats secouait Israël et que la France s’inquiétait de la possibilité d’une troisième intifada, les massacres à Charlie Hebdo et au supermarché casher porte de Vincennes font désormais la une des grands quotidiens israéliens. La communauté française multiplie les hommages mais, comme partout, n’échappe pas aux amalgames : l’islamophobie, déjà bien présente en Israël, semble fleurir à nouveau et les appels à l’aliyah (l’émigration vers Israël) se multiplient en direction des Juifs de France.

La suite ici : http://andalusmoyenorient.com/2015/01/14/en-israel-on-est-aussi-charlie/