Ce n’est qu’un au revoir… Journal à bord.

Dimanche 5 juillet, 18h45 (encore à l’heure israélienne)

Voilà, mon année étrangère est terminée. J’ai quitté la Terre Sainte il y a une heure environ, dans un bel A320 d’Air France à destination de Paris Charles de Gaulle. Arrivée prévue à 21h40 (heure française), et donc uniquement quatre heures de vol. C’est pratique, ce décalage horaire. Enfin, nous passons bien cinq heures dans l’avion, évidemment.

Deux constats pour l’instant : les avions devraient être interdits aux bébés, et je n’ai pas besoin de prier pour arriver à destination saine et sauve vu que mon voisin rabbin le fait pour moi – enfin, entre deux épisodes de Un gars une fille qu’il regarde sur son téléphone. Les barbes, les tsitsits et les kippas vont-elles me manquer ? Bonne question.

J’ai encore du mal à réaliser que je suis partie ; j’imagine que le véritable choc – si tant est que j’en souffre – aura lieu demain, quand je me réveillerai dans ma petite chambre meudonnaise et pas dans mon aussi petite chambre

Annonce du steward (en français, puis en anglais avec ce bel accent qui ne m’avait pas DU TOUT manqué) : nous allons survoler l’île de Rhodes, nous passerons sur Thessalonique, puis Sarajevo, Venise, survol des Alpes par Zurich et descente à partir de Dijon. Je lui fais totalement confiance : j’ai bien un hublot, mais au-dessus de l’aile et ne peux donc pas voir grand-chose.

Et j’ai faim. Mon voisin a déjà son repas car les repas casher sont distribués en avance. Le brownie dévoré au duty-free n’a pas fait long feu.

Bref, où en étais-je ?

Le choc du départ. Je pense que ma prise de conscience s’est étalée sur plusieurs jours, voire plusieurs semaines : en effet, étant la dernière de l’appartement – et probablement des undergraduate de Rothberg – j’ai vu mes colocataires et mes camarades s’en aller, certains dès la fin mai, et j’ai pu épuiser une grande partie de mon stock de larmes. Mes yeux étaient tout de même humides dans le sherout pour l’aéroport, puis au moment d’embarquer et au décollage.

Au revoir !

Au revoir !

En fait, j’ai passé ce dernier mois à faire mes « derniers » et à me détacher progressivement de ce pays, de cette ville et de ses habitants. Dernière escapade à Tel Aviv avec Daniella il y a deux semaines, dernier paper rédigé en Terre Sainte lundi dernier (enfin, plus précisément, dans la nuit de lundi à mardi : d’ailleurs, si je valide, je fais un grand truc audacieux, je vous préviens), dernière marche vers l’université jeudi pour rendre des livres et effectuer quelques formalités administratives, dernier repas à Mahane Yehuda vendredi (entourée de Russes et d’Américains du programme Taglit… Autant pour le pittoresque) et enfin dernière grande promenade hier samedi, sur le mont des Oliviers (il était temps).

C’était donc plutôt lors de ces « derniers », ainsi que lors des départs successifs de mon entourage, que j’ai ressenti l’approche imminente du départ.

Le repas était assez bon, Air France fait des progrès. Au menu, salade de pommes de terre avec du poulet pané froid, un petit roulé à la tomate, du pain et un gâteau à la vanille. J’ai même voulu manger la Vache qui Rit parce que j’ai une fascination pour les plateaux repas, avant de me souvenir que, même après dix mois sans beaucoup de fromage, je n’aime toujours pas la Vache qui Rit. Encore moins la fausse de l’avion.

Oui, on peut manger correctement en classe éco.

Oui, on peut manger correctement en classe éco.

Par contre, mauvais timing pour le repas : aujourd’hui, c’est le 17 Tammouz, un jour de commémoration de diverses catastrophes, qui est jeûné par les juifs pratiquants. Je trouve qu’Air France pourrait s’adapter et servir ses repas un peu plus tard, étant donné qu’un bon tiers des passagers – au vu des kippas, foulards et repas non consommés – sont pratiquants. Ah là là, le retour à la laïcité française va être étrange, je vous l’assure.

Oh, et le bébé s’est remis à crier, tandis que les deux gamins derrière moi s’agitent en tapant dans les sièges et demandent sans cesse à leur mère quand est-ce qu’on arrive. Je suis pour l’interdiction des bébés ET des enfants pas sages. Ou alors, pour une distribution gratuite de somnifères.

Oui, cet article risque d’être un peu décousu…

Question à mille euros : suis-je triste ?

Je ne sais pas. Je me dis que la tristesse est liée au regret et aux occasions manquées. J’en compte certes quelques-unes au cours de cette année – mais qui n’en a pas ? et j’essaie plutôt de me concentrer sur les bons points, les beaux souvenirs, les magnifiques découvertes, au lieu de ressasser et de me dire « Oh, j’aurais dû faire ça, visiter cette ville, parler à cette personne… », mais je pense aussi que passer des après-midis dans son lit à découvrir des séries, à lire, ou à glander sur le canapé en refaisant le monde avec Daniella ou Leah sont aussi des expériences constructives, bien qu’elles laissent moins de traces photographiques.

Bien sûr, j’aurais aimé rester plus longtemps, voir encore plus de choses, améliorer mon hébreu – qui n’est pas aussi bon que je le souhaitais avant de partir. Je ne suis pas comme certaines connaissances qui ont réellement souffert cette année et qui comptaient presque les jours avant le retour en France. Mais je suis aussi contente de retrouver la France, parce que mes cours à la rentrée ont l’air passionnants (je vais avoir Emmanuel Laurentin et Nicolas Beytout comme professeurs à l’école de journalisme ! et Hubert Védrine à PSIA si je réussis mes IP !) ; parce que la campagne me manque (Yonne et Mayenne, départements au potentiel méconnu) ; parce que je vais enfin avoir mon cadeau d’anniversaire (un iPhone 6 !).

Et puis, la phrase un peu bête qui résout tout et rien en même temps : il fallait bien que ça se termine. C’était prévu. J’ai même eu presque un mois supplémentaire (mon départ était prévu le 10 juin).

Alors, le temps du bilan ?

Il est peut-être un peu trop tôt pour un bilan en bonne et due forme, car j’ai besoin de confronter Israël et la France. Avec mon regard d’habituée à la société israélienne, et ma… euh… « ré-habituation » à la France ? Ça existe, ce mot ?

Cela peut paraître très snob mais j’ai perdu un peu de mon français. Les mots ne me viennent plus aussi spontanément qu’auparavant, malgré ma pratique écrite régulière sur ce blog et dans le journal. J’ai bugué pendant quelques minutes en cherchant la traduction de « reliable » et j’ai le réflexe de parler hébreu ou anglais aux hôtesses de l’air.

L’une d’entre elles ressemble comme deux gouttes d’eau à ma marraine, elle aussi hôtesse de l’air à Air France. Enfin, la marraine dont je me souviens la dernière fois que je l’ai vue, il y a six ans.

Bon, quelques éléments, tout de même….

J’ai passé une excellente année, malgré mon absence d’éléments comparateurs – c’était la première fois que je passais autant de temps à l’étranger. J’ai vraiment vécu pendant dix mois dans un pays où l’on ne parle que très peu ma langue, avec des mœurs, des traditions, des codes sociaux différents. Evidemment, ce n’est pas la Chine, l’Inde ou l’Ouganda, mais je ne cherchais pas de réel dépaysement. Juste quelques différences, pour mieux apprécier – ou non ! – mon retour en France.

Ce fut d’ailleurs l’occasion d’une profonde réflexion sur mon identité, ce que c’est d’être Française. Avant de partir, je pensais naïvement être Européenne, voire « citoyenne du monde » (ne vous inquiétez pas, je ne reviens pas en pantalon à fleurs et dreadlocks), mais cet éloignement m’a fait prendre conscience de ma nationalité. Pas forcément de l’attachement à cette dernière, mais de mon extrême « french-itude » dans la plupart de mes actes, que ce soit positif ou non.

Et faut-il en avoir honte ? Essayer de le cacher ? On est si vite taxé de tous les noms quand on montre un peu d’attachement à sa culture, à sa nation, à ses origines. Oui, je suis française, sans être pour autant supérieure aux autres. J’ai abondamment critiqué le manque d’élégance des Américaines et leur extrême superficialité, notamment dans les relations humaines, mais il faut justement reconnaître cette grande sociabilité. Ok, c’est le seul point positif que j’arrive à trouver, j’avoue.

Donc, quand je mange à des heures régulières sans jamais oublier le beurre ; quand je porte de l’attention à ma tenue quotidienne ; quand je parle anglais ou que j’évoque des concepts en relations internationales… Je suis française. Et encore, pour l’accent, beaucoup d’anglophones m’ont dit être étonnés par mon bon anglais. Il est vrai que la plupart de mes compatriotes rencontrés en Israël ont une façon de parler très reconnaissable !

Même physiquement, on me dit « you look French » (bon, et aussi German et Russian), pas plus tard qu’hier quand je visitais le jardin de Gethsémani.

Mais pourtant, quand je vois ce qu’il s’est passé en France pendant mon absence… Attentats en janvier, multiples scandales politiques, et tout récemment cette guerre ridicule entre UberPop et les taxis, le vote de la loi sur le renseignement et la menace qui plane sur les Guignols.

Je reconnais aussi désormais l’extrême rigidité française, ce moule dans lequel on nous force à rentrer, le manque de flexibilité dans les études ou le marché du travail par exemple. C’est probablement très formateur, et bénéfique à ceux qui savent s’y adapter, mais peut détruire les autres.

Alors, disons que je suis fière d’être de culture française, mais pas forcément de mon pays d’origine. Ce n’est probablement qu’en partant loin, pour longtemps, que l’on peut s’en rendre compte.

Cette année étrangère fut aussi la confirmation de plusieurs choses, de plusieurs vocations. Déjà, une affirmation de ma personnalité, des aspects dont je me doutais sans en être sûre, et une progressive acceptation de moi-même. Je ne sais si c’est la maturité (oui, j’ai eu 20 ans, je peux employer ce grand mot désormais) ou le fait d’évoluer dans un cadre différent, mais devoir me débrouiller au quotidien, repartir à zéro, m’a poussée à mieux me connaître, à (re)connaître que, oui, je suis casanière, j’ai des tendances mélancoliques, j’aime agir indépendamment des autres, je ne supporte pas l’ennui intellectuel ni les discussions superficielles. Voilà, c’est moi, et j’ai arrêté d’essayer de changer si c’est pour en souffrir.

D’ailleurs, à propos de la maturité, je suis définitivement passée du côté des vieux. Tout à l’heure, sur le tapis roulant de l’aéroport, j’ai dépassé deux jeunes Français en disant pardon, et l’un a dit à son copain « Pousse-toi, la dame veut passer ».  La DAME. Putain. Alors que j’étais considérée comme jeune en Israël vu que j’entre en master à 20 ans. Pareil dans l’avion, les hôtesses ne me disent plus mademoiselle mais madame. Pfiou.

Oui, je suis féministe mais je tiens au mademoiselle. Pourquoi n’aurait-on pas deux appellations différentes pour les femmes jeunes et moins jeunes, au choix, sans sous-entendu du statut marital ?

Hé, c’est génial, il est 20h23 et il fait encore jour. C’était un aspect assez pénible de la vie quotidienne israélienne, la nuit qui tombe très tôt.

Des bancs de nuages dérivent au loin, comme de la crème chantilly sur de la mousse azur. Nous survolons désormais la terre ferme ; probablement les Balkans.

Comme vous le savez, j’ai dû également choisir mon master en mars, et je dois dire que sans mon stage au Jerusalem Post, je n’aurais même pas candidaté au double-master PSIA / EDJ. C’est sans nul doute ma plus belle chance de cette année et j’en serai éternellement reconnaissante à la rédaction. Et également à Andalus Moyen-Orient, qui a eu la bonne idée de débuter cette année et donc de me permettre d’écrire des articles réguliers.

Même si je connaissais déjà mon extrême attachement à la beauté de la langue française, et malgré mes légères pertes de vocabulaire faute de la pratiquer intensément au quotidien, mes expériences rédactionnelles cette année furent la confirmation de cet amour. Oui, même si c’est mal payé, même si je désespère souvent en constatant un marché de l’emploi assez bouché (euphémisme), je veux écrire. Au quotidien. Pour en vivre. Utopiste, peut-être… Qui suis-je donc pour m’accorder ce quasi-luxe de vouloir faire ce que j’aime dans la vie ? Et mon acceptation dans ce master fut, justement, comme une reconnaissance académique – attention, instant « je me jette des fleurs » : oui, j’ai du talent, j’écris bien, et je veux encore m’améliorer afin de devenir une bonne journaliste.

Et de revenir en Israël pour essayer de proposer un portrait plus complet du pays.

Car c’est quelque chose auquel on est confronté régulièrement en lisant la presse française au sujet d’Israël, mon pays d’adoption pendant dix mois. Toujours les mauvaises nouvelles. Le Monde parle du Palestinien abattu à un check-point alors qu’il lançait des pierres sur des voitures israéliennes, mais pas des multiples attaques au couteau perpétuées ces derniers jours sur des soldats et des civils en Cisjordanie.

Les Palestiniens seraient-ils plus légitimes à attaquer les Israéliens parce qu’ils sont « oppressés » par ces derniers ? Où se termine la revendication et commence le terrorisme ?

Mon point de vue sur le « conflit » s’est étoffé au cours de cette année, en discutant avec des soldats israéliens venus de France, des camarades israéliens, des camarades de Jérusalem-Est, des marchands palestiniens. Et la situation est tellement, tellement plus complexe et nuancée que la belle version manichéenne que l’on nous sert en France.

Attention, je ne défends pas Israël inconditionnellement pour autant. J’ai vu des horreurs journalistiques passer sur certains sites francophones surtout lus par les Français vivant en Israël, des calomnies et des articles qui jetaient de l’huile sur le feu, bien loin du professionnalisme du Monde ou de Libération.

Mais c’est un peu ce que je cherchais, non ? L’absence totale de consensus, une année polémique, le devoir de se justifier presque quotidiennement, auprès des camarades sciences-piste mais aussi des Israéliens et des autres étudiants en échange qui m’interrogeant sur mon choix.

Justification d’autant plus nécessaire quand on n’est pas juive. Malgré des origines juives, je n’ai pas du tout été élevée dans cette religion, mais dans le catholicisme ; sans aller jusqu’à la méfiance ou l’hostilité, j’ai régulièrement ressenti un véritable étonnement quand j’expliquais avoir choisi de venir en Israël, le pays des Juifs (bon, et quand même 20% d’Arabes israéliens) alors que je ne suis pas Juive.

Déjà quatre pages Word. On dirait que l’attitude m’élève. Hahaha. Mais je suis fatiguée, après un lever à sept heures ce matin, et une activité quasi-frénétique de rangement et de nettoyage depuis. Je m’accorde donc une petite pause sieste post-repas.

21h25 (heure israélienne). Encore une heure et quelques (oui, le pilote nous a dit qu’on arriverait probablement en avance).

J’espère que ma logorrhée scripturale ne vous ennuie pas trop, mais vous avouerez que, dans un avion, à part dormir, regarder le film sur les petits écrans collectifs, lire ou s’occuper avec l’ordinateur, il n’y a pas grand-chose. Et puis, on m’a dit qu’il fallait que j’écrive « tout », alors j’en profite.

A travers le hublot, la nuit tombe lentement et la couverture de nuages se fait plus épaisse. Les rares éclaircies nous permettent d’observer des monts enneigés : probablement les Alpes. Les turbulences sont assez fréquentes et, bizarrement, le bébé n’apprécie pas trop.

Mes fesses commencent à me faire souffrir, mais je n’ai guère envie de me lever. D’abord parce que j’ai enlevé mes chaussures dès le décollage et que j’ai la femme de les remettre ; j’ai la phobie des toilettes d’avion – chacun ses trucs – et je ne veux pas déranger mon voisin qui a l’air passionné par le film. Un film français, je reconnais Eric Elmosino et je pense avoir aperçu Chantal Lauby. Et puis bon, un film français, ça se repère. Je préfère d’ailleurs un maximum avant de rentrer à nouveau en contact avec ce pan de la culture française. Ils auraient dû diffuser Qu’est qu’on a fait au Bon Dieu, ça aurait mis de l’ambiance.

Bon, qu’ai-je encore à dire…. De nouvelles péripéties à la douane israélienne, peut-être ?

Hier, recevant un mail d’Air France qui m’invitait à effectuer mon enregistrement en ligne, j’ai effectué les démarches nécessaires mais sans pouvoir imprimer la carte d’embarquement, faute d’imprimante en état de marche au village étudiant. Arrivée à l’aéroport…

Non, je dois revenir sur ma matinée, tout de même.

Lever à sept heures, donc, avec un planning plutôt chargé et une belle liste de tâches – depuis le temps, vous connaissez ma passion pour les plannings, les échéanciers et ces autres trucs qui donnent l’impression d’être performante alors que je reste une grande procrastinatrice devant l’éternel.

(Tiens, Word ne reconnaît pas « procrastinatrice ». Quelle erreur !).

Je m’attèle donc à une série d’occupations plus intéressantes les unes que les autres – franchement, vous ne savez pas ce qu’est une tâche chiante avant d’avoir nettoyé un frigo – et découvre que, dans un déménagement, on passe surtout du temps à jeter des choses et à descendre des sacs poubelles. Quand on habite au huitième étage, c’est assez pénible.

Je décide également d’affronter la banque afin de changer en billets la quantité assez astronomique d’agorot (les pièces de 10 centimes de shekels) accumulées par l’appartement entier au cours de l’année. J’attends, passe au guichet, et l’employée m’explique doctement que je dois compter moi-même les pièces afin de remplir un sac de 500 pièces, ni plus ni moins. Genre, j’ai une tête à compter des pièces.

Suivant son conseil, je me dirige donc vers le supermarché, où j’avais déjà tenté la démarche sans être vraiment comprise. Heureusement, cette fois, la responsable semble plus compétente et s’empresse de peser mon sac de pièces.

1,900 kilo. Wow. Elle me donne alors un beau billet de 50 shekels et je pars, le sourire aux lèvres. Vous imaginez, 50 euros en pièces jaunes ? C’est Bernadette Chirac qui serait contente.

Une fois rentrée, je continue mes tâches sans fin, entre nettoyer le plan de travail, jeter encore plus de machins et terminer mes valises. J’ai opté pour deux franchises bagages supplémentaires, ce qui me fait trois bagages en soute à 23 kilos et 12 kilos en cabine. Soit, au maximum, 81 kilos. Deux valises pleines, un sac à dos mis en soute, un gros bagage à main et un grand sac à main acheté en Turquie.

Puis, l’heure avance, une étudiante du MUN vient prendre le micro-ondes comme convenu et se laisse tenter par un peu de nourriture. Je n’ai pas le temps de déjeuner : je dois aller rendre mes clefs et je sais bien que le sherout, commandé pour 14 heures, arrivera en avance. Banco, alors que je nettoie le sol de la cuisine au Swiffer, vers 13h45, le chauffeur m’appelle et m’annonce qu’il m’attend en bas. Toujours plus aimables (non), ils ne préviennent même plus avant d’arriver…

Commence alors le moment épique que je redoutais depuis mon arrivée, ou presque : mettre tous les bagages dans l’ascenseur, traverser le village étudiant jusqu’au second ascenseur et me traîner jusqu’au taxi.

Instant poétique : les nuages sont magnifiques. Souvenirs émus de mon enfance, quand mon père me faisait croire sans trop de difficultés que Pom Pom Color et le Père Noël y avaient leurs châteaux. Je n’ai d’ailleurs toujours pas renoncé à mon rêve de faire un jour du surf sur les nuages. Bien épais comme de la crème fraîche ou de la guimauve.

(Comment ça, je ramène toujours tout à la bouffe ?)

Nous commençons notre descente vers Paris. Ciel nuageux (bon, je m’y attendais…) et 23°. Sympa. Par contre, je n’arrive pas à accorder « il fait encore jour » et « il est 21h53 » (20h53 en France).

Tout en espérant que le chauffeur m’attende, je me lance donc dans cette périlleuse traversée, une valise à chaque main, les sacs glissant lentement de mes épaules et le sac à dos bien en place. Il me houspille quand il m’aperçoit enfin et tire une drôle de tête en remarquant mes deux grosses valises. Un chauffeur de sherout, quoi. Je suis la quatrième : le taxi s’arrête ensuite à l’hôte Dan pour prendre deux Russes, la mère et la fille, puis zigzague dans les rues presque artificielles des colonies. Nous prenons donc la route 443 pour nous rendre à l’aéroport et l’une de mes dernières visions de l’extérieur du pays est le checkpoint de cette même route. Comme à l’aller.

Je regarde les paysages familiers, les oliviers centenaires qui défilent, la terre sèche.

Bon, je dois éteindre l’ordinateur !

Et me voici de retour à Meudon, plus de dix mois après mon départ. Mes livres, mes bibelots, mes vêtements d’hiver. Rien a changé, sauf moi peut-être. Et mon père qui a perdu des cheveux. J’ai l’impression de n’être que de passage, comme si j’allais repartir demain. Vais-je me réveiller ) Meudon ou à Jérusalem ? Les trains vont-ils remplacer le muezzin (j’habite à côté d’une gare) ? Combien de temps avant que « la maison » redevienne cet appartement ? 
Réponse dans les jours à venir. 

Une fois arrivée à l’aéroport, j’attrape un chariot qui a une fâcheuse tendance à tourner à gauche, puis affronte le contrôle de sécurité. L’hôtesse au début de la file me demande si j’ai ma carte d’embarquement : je me souviens vaguement de m’être enregistrée la veille sans pouvoir imprimer ma carte et elle me répond de continuer. Et, évidemment, arrivée au contrôle, on me demande la carte. Demi-tour, imprimerie de la carte sur la borne et retour au contrôle. Interrogatoire, puis dépose des bagages. Je croise les doigts, observe nerveusement la balance… Ca passe ! 21,5 kilos pour l’une, 24,5 pour l’autre et 10 kilos pour le troisième. Mais le sac à dos est un « bagage spécial » qui doit être enregistré à un comptoir séparé. Nouvelles péripéties.

Baudet, le retour.

Baudet, le retour.

Une fois débarrassée de mes bagages – il me reste tout de même une grosse besace et un grand sac à main – je vais rendre ma carte SIM israélienne au comptoir, puis remonte et affronte la dernière étape : la douane. Et, comme pour la Turquie, je bénéficie d’une attention toute particulière et mes deux sacs sont entièrement fouillés. J’avais heureusement eu la présence d’esprit de mettre tous mes chargeurs dans un petit sac en plastique, ce qui a facilité l’examen. Obtention du visa de sortie sur la borne pour passeport biométrique, puis duty-free. Une publicité Kérastase géante m’accueille et je me sens presque comme à la maison (coucou Maman). Je choisis un café au hasard, un goûter, profite du Wifi gratuit et apprécie ces derniers moments en Israël. C’est ensuite le temps de l’embarquement, de la retrouvaille des compatriotes, et du décollage…

Atterrissage quatre heures et trente minutes plus tard (on avait de l’avance) et premier contact avec l’administration française : aux douanes, sur la douzaine de guichets, seuls deux sont ouverts. Heureusement, les douanes françaises sont bien plus laxistes que leurs homologues israéliennes et je pénètre sur le territoire français sans encombres et sans faire la queue. Je récupère rapidement mon barda, et ce sont les retrouvailles émouvantes avec mon père.

Me voici de retour.

Et je repartirai. Si j’ai un enseignement à tirer de mon année étrangère, c’est ce goût de la découverte, de l’exploration, des petites différences du quotidien, de la vie en terre non-française (j’aillais écrire inconnue, mais bon). Alors, que ce soit en Israël ou ailleurs, le monde m’ouvre les bras.

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La Provence à Jérusalem & autres nouvelles

Jeudi 26 mars. Matinée tranquille dans la bibliothèque glacée de Rothberg : les étudiants en graduate et en mechina sont en vacances depuis une semaine, et ce sera notre tour, pauvres undergraduate, dans quelques heures. A midi précisément, dans mon cas, après mon cours sur le mariage dans l’ancien judaïsme que je n’aurai peut-être pas dû prendre vu l’extrême lenteur de notre progression. Peut-être aussi suis-je désormais concentrée sur l’avenir, le master, le retour en France, la programmation des vacances d’été. Je me rends compte que je suis plus proche de la fin de ma 3A que du début – et cela depuis un certain temps – et c’est un sentiment étrange. Demain, cela fera sept mois que je suis en Israël…

La météo s’est aussi mise en vacances : grand ciel bleu, soleil d’été, 33° sont annoncés demain à Tel Aviv, ce qui me motive pour aller y passer la journée à bronzer sur la plage – ou plutôt, essayer de bronzer sans peler. Difficile de réviser pour le midterm d’hébreu dans ces conditions, qui s’est déroulé en deux parties (compréhension de texte et essay hier, grammaire ce matin) et d’une manière plutôt satisfaisante (je verrai à la rentrée).

Je reconnais que mon cerveau est probablement arrivé à la limite de ses capacités ces derniers temps, et que j’ai vraiment besoin de vacances… Entre le désastre des élections israéliennes (mais aussi françaises) que je ne commenterai pas ici (vous pouvez lire mon article sur Andalus) et le dossier d’une dizaine de pages en anglais à remplir pour l’école de journalisme, j’ai préféré passer la journée d’hier – enfin, simplement l’après-midi – à Ein Kerem, petit village provençal qui s’est retrouvé collé à Jérusalem vu l’expansion continue de la ville. A une heure de tramway et de bus du Mont Scopus, dépaysement assuré dans les pins et les vieilles pierres.

Aparté sciences-piste : le choix de master

Oui, ça y est, j’ai choisi mon master et bravé le manque d’ergonomie de ce fichu espace scolarité qui enlève toute solennité à ce choix pourtant déterminant. Contrairement à certains de mes camarades qui hésitent encore entre des trucs totalement opposés, ou qui ont dû se battre avec l’administration pour obtenir des informations, j’ai surtout lutté avec moi-même pour réaliser tout un dossier de candidature pour mon premier choix, le double-diplôme Ecole de journalisme / PSIA (master International Security).

Désolée pour ma grand-mère maternelle qui me répète depuis des années « mais tu ne vas pas devenir journaliste quand même ? », parce que pour elle, il n’y a que trois types de journalistes. Les bons, les gentils, ceux qui écrivent chaque jour les articles de l’Yonne Républicaine (et surtout les avis mortuaires), les méchants qui poursuivent les hommes et femmes politiques à la sortie des conseils des ministres ou dans les couloirs de l’Assemblée nationale, et les pauvres inconscients qui se font enlever dans des zones « où ils n’avaient qu’à pas aller, quand même, après ce sont nos impôts qui paient leurs rançons, même si on dit qu’on a pas versé de sous ».
Et Jean-Pierre Pernault, me dites-vous ? Ah, mais ce n’est pas un journaliste (j’ai tendance à la croire), c’est un gentil présentateur. Comme Marie Drucker, Elise Lucet, et le-Noir-élégant-dont-j’ai-oublié-le-nom (Harry Roselmack, mamie). Bon, par contre, Yves Calvi & co., c’est des méchants parce qu’ils gueulent et coupent la parole de tout le monde.

Y’a du boulot.

Je disais donc que j’avais postulé à ce double-diplôme en premier choix, et que ma santé mentale s’est retrouvée bien affectée par le dossier à remplir. Au fur et à mesure de l’approche de la deadline (dimanche 22, minuit), mes colocataires m’ont observée, de plus en plus inquiètes, grommeler toute seule, dresser mes cheveux sales sur mon crâne et traîner devant le frigo en gardant le même jogging pendant trois jours. Sorry pour le glamour.
Toujours ces questions de motivation, la quête du bon mot et des lettres de recommandation, la relecture frénétique pour ne pas se tromper de préposition après les verbes (interested in et pas interested by), la liste soignée de tous les articles déjà publiés, et par-dessus le marché la rédaction d’une lettre de motivation en tentant de ne pas trop se répéter (peine perdue).
Et maintenant ? On attend. On attend la date de l’entretien oral de 30 minutes en anglais par Skype. Et connaissant ma chance légendaire, ce sera pendant les trois jours du festival de musique à la mer Morte. Ou le vendredi de ma randonnée en Galilée.

Enfin, les dés sont jetés, comme l’aie-je déclamé à la moitié de mes contacts Facebook après l’envoi du mail fatidique.
(Pour ceux que ça intéresse, mon second choix est le master International Security à PSIA, non-sélectif, qui avait l’immense avantage de ne nécessiter qu’une lettre de motivation en anglais de 1000 mots, envoyée plus d’une semaine avant la deadline).

Oh, et bien sûr… Cinq places par an, à en croire les listes des années précédentes.

Ein Kerem, comme un air de Provence

Niché dans une vallée à l’ouest de Jérusalem, en contrebas du Mont Herzl (qui abrite le cimetière militaire du même nom et Yad Vashem, le mémorial de la Shoah) et marquant le début de la forêt de Jérusalem, Ein Kerem est un très beau hameau caractérisé par ses terrasses, ses vignobles (en hébreu biblique, son nom signifie « source de vin ») et son histoire biblique, comme à peu près tout le pays.
On y accède par une ligne de bus spéciale, la 28 ou 28a, à prendre au terminus du tramway côté ouest (Mount Hertzl donc), mais on peut probablement y descendre à pied depuis la station, j’ai repéré pas mal de petits chemins assez abrupts serpentant parmi les buissons.

Les jardins en terrasses du village.

Les jardins en terrasses du village.

Comme beaucoup de villages, la majorité des commerces et des boutiques de souvenirs se trouve le long de la route principale, et les lieux à visiter bien indiqués grâce à de jolis panneaux bleus. Savourant la chaleur agréable de cette vraie journée de printemps (24° au compteur hier), j’ai commencé par l’église Saint-Jean, à quelques minutes de marche sur la droite de l’artère principale.

L’église de la Nativité de Saint Jean-Baptiste 

Eglise de Saint-Jean-Baptiste.

Eglise de Saint-Jean-Baptiste.

Eglise entretenue par la custodie franciscaine, elle marque le lieu de naissance de Jean-Baptiste, celui qui a baptisé Jésus, de parents âgés (Zacharie et Elisabeth, la cousine de Marie). Dans la grande cour, les murs sont décorés de multiples panneaux où est rédigée la prophétie de Zacharie, chaque panneau dans une langue différente : du français à l’hébreu en passant par le basque ou le tamoul.

La prophétie de Zacharie, en français... québécois !

La prophétie de Zacharie, en français… québécois !

Cela m’a rappelé l’église de l’annonciation à Nazareth où l’on peut admirer les différentes représentations de la Vierge Marie selon les cultures chrétiennes. Eglise déserte, belles pierres dignes d’un mas provençal et un intérieur à couper le souffle : les piliers sont ornés de plaques de céramique bleue et les vitraux laissent entrer une douce lumière colorée. Enfin, je retrouve ce style d’église que j’apprécie, loin des dorures surchargées des églises russes orthodoxes. Des dépliants polyglottes sont à la disposition des touristes, ainsi que quelques bougies votives. Le calme des lieux m’apaise et je savoure l’absence – provisoire – de pèlerins bruyants. Au fond, une volée de marches conduit dans une grotte, le lieu de naissance de Jean Baptiste. A droite de l’église, on peut aussi observer d’anciennes salles croisées, fermées au public.

L'intérieur de l'église.

L’intérieur de l’église.

En sortant de l’église, des voix me parviennent et je me félicite de ma célérité lorsque je remarque un groupe de pèlerins russes qui brisent l’harmonie du lieu. Un coup d’oeil au puits et à deux autres chapelles ouvertes, puis j’avise un escalier qui passe sur le côté de l’église : une fine chaîne traîne sur le sol, portant probablement un écriteau ‘Accès interdit’ mais j’en fais fi et m’engage dans la montée, admirant les belles jardinières de plantes aromatiques sur le côté. Je passe une lourde grille laissée ouverte, puis arrive dans une cour visiblement habitée et gardée par un chien plutôt démonstratif. Demi-tour et retour dans la cour.

Trois boutiques de souvenirs douteuses s’entassent dans la petite ruelle qui conduit à la rue principale ; je m’y fais alpaguer par un vendeur – cela ne me manquait pas – qui me pose la question rituelle « Where are you from ? » à laquelle je réponds en hébreu, puis j’ai le droit à un « Alles is gut » d’un autre vendeur. Outre le fait de me rappeler surtout X-Men : First Class, je m’étonne de pouvoir être prise pour une Allemande, mais après tout Allemands et Français sont européens et voisins. Une fois sortie de ce guet-apens touristique, je passe devant une école, presque émerveillée par ces schémas familiers, des enfants qui jouent dans une petite cour et des parents qui, déjà, encombrent la route en se garant pour attendre leur progéniture. Une vie normale. Bien loin des attentats et de la pression religieuse, des écoles bilingues (arabe – hébreu) vandalisées…

Après une petite montée, l'église de la Visitation à Ein Kerem !

Après une petite montée, l’église de la Visitation à Ein Kerem !

Un magnifique panorama sur la vallée boisée de pins m’attend au bout de la rue, panorama qui s’embellit au fur et à mesure de la raide montée vers l’église de la Visitation, autre lieu relié à Jean-Baptiste et également géré par la custodie franciscaine. Ensemble de bâtiments splendides en crépis beige, la cour ombragée est un soulagement et les plantes m’accueillent dans un écrin de verdure. Perdu dans sa contemplation de la vie, un moine en robe de bure soigne les fleurs et arbustes, armé d’un tuyau d’arrosage, tandis que je scrute le mur pour trouver le panneau francophone portant la louange du Magnificat, chanté par Marie en visitant sa cousine Elisabeth, alors enceinte de Jean-Baptiste.

La version française du Magnificat.

La version française du Magnificat.

Une source coule près de l’église, expliquant la richesse du jardin, et deux églises sont en fait superposées : rustique dans sa simplicité, l’église inférieure est ornée de mosaïques, tandis que la plus grande église supérieure fait belle part aux fresques murales. Là également, aucun pèlerin, sauf une mère et sa fille qui se voilent avant de pénétrer dans l’église.

Jardin supérieur de l'église de la Visitation.

Jardin supérieur de l’église de la Visitation.

Je reste un long moment à contempler les figures bibliques, puis les plantes du jardin et la vue sur la vallée depuis la cour de l’église, avant d’être interrompue par un groupe d’hispanophones. Je décide alors de redescendre vers le village et grimpe dans le bus sans avoir à l’attendre. Fin d’une parenthèse enchantée dans ma vie plutôt citadine.

Est-ce de l'eau bénite ?

Est-ce de l’eau bénite ?

Reprise de l’écriture samedi après-midi, le casque sur les oreilles pour échapper à mes colocs qui dansent sur du One Direction dans le salon. 

Quittant Ein Kerem à 17h45 et n’étant attendue qu’à 20 heures à l’université pour le visionage d’un documentaire sur le serice militaire, une myriade de possiblités s’offrait à moi, et j’ai choisi la moins surprenante pour ceux qui me connaissent bien : une librairie d’occasion. A quelques pas de l’arrêt Jaffa Center, elle est moins confortable que Holzer Books mais bien mieux rangée, ce qui est plutôt agréable lorsqu’on n’a pas envie de fouiller parmi les livres en hébreu pour trouver quelques rescapés francophones.
Dix minutes plus tard, je sortais de ce lieu de bonheur et de perdition, la bourse allégée de quelques shekels (qui grimpe inexorablement face à l’euro, m’obligeant à ne plus consulter les tableaux de change sous peine d’une haine immédiate envers cette monnaie commune) et mon sac alourdi de quatre titres (je refuse de penser aux valises de retour, vous l’aurez bien compris) : L’homme qui prenait sa femme pour un chapeau (un essai du neurologue Oliver Sacks), La couleur des sentiments (de Katheryn Stockett, et je n’ai pas vu le film), Nouilles chinoises (du prix Nobel chinois Mo Yan) et De sang-froid (du grand Truman Capote). Puis, après un passage à une boulangerie soit-disant française dont j’avais lu le plus grand bien sur Internet – qui n’avait probablement pas goûté cette insipide tartelette à la fraise – retour en bus à l’université pour travailler un peu à la bibliothèque. Eh oui, les midterms approchent… Quelle idée de faire des semestres aussi courts.

Beneath the Helmet, un bel exemple de propagande communautaire

Puis, vers vingt heures, j’ai rejoint le bâtiment de Rothberg pour assister à la projection d’un documentaire relatant la vie de quatre soldats pendant leur entraînement à l’armée, c’est-à-dire entre leur affectation dans une compagnie à leur envoi sur le front une fois opérationnels. Organisée par l’Office of Student Activities, ainsi que par Jerusalem U, une association qui s’occupe de promouvoir Israël dans les campus américains, la projection rassemblait quelques étudiants de Rothberg mais la majorité des étudiants présents venait d’autres colleges ou de programmes pour jeunes juifs américains.
Certains de mes camarades sciences-pistes en échange aux USA connaissent et partagent mon aversion pour ce genre de public, qui s’est malheureusement renforcée au cours de la projection : entre les seaux de pop-corn renversés dans l’amphithéâtre – la nourriture était censée être interdite, mais « on veut que vous ayez une bonne expérience » dixit le responsable – et les rires aux moments les plus saugrenus, je me suis sentie totalement étrangère et cela ne m’a pas aidée à apprécier le documentaire.

En effet, bien qu’il montre d’une façon très intéressante les relations au sein de l’armée israélienne, parfois difficiles vu la faible différence d’âge entre les commandants et les simples soldats, l’accent était mis sans cesse sur « le peuple juif », la judéité commune à tous les soldats, alors que Tsahal met au contraire en avant les exemples de soldats chrétiens ou musulmans pour représenter la diversité du pays. Alors, bien sûr, dans l’unité choisie pour tourner, les profils étaient également différents, avec un oleh hadash né en Israël mais ayant vécu en Suisse, un juif éthiopien arrivé en Israël seulement sept ans auparavant, la figure traditionnelle du clown et enfin le commandant ancien dyslexique et terreur à l’école qui a réussi à se discipliner par le sport. Cela gâchait vraiment la beauté des sentiments présentés, que l’on sentait authentiques, et surtout le destin de ces jeunes : certains mourront peut-être au combat. Mourir pour son pays, une notion bien obsolète en Europe.

Et non, aucune fille, alors qu’il existe des bataillons combattants mixtes (les Lions de Jordanie, les Caracals) : les deux seules soldates avaient un rôle « maternel » (officier de formation pour soldats solitaires et instructrice de parachute).

Puis, après le documentaire, Eden, le commandant et « héros », est venu pour répondre aux questions du public, mais surtout délivrer un message, celui de soutenir Israël de retour sur les campus américains, à l’aide du film par exemple et des communautés locales. Insistant encore sur la judéité commune à tout le public (WTF ? Quid des étudiants chrétiens, très nombreux ?) et l’américanisme (merci pour les Canadiens et les Européens), c’était un discours communautaire absolument insupportable, et surtout contre-productif : ce n’est pas en montrant un documentaire qui présente uniquement les aspects positifs de l’armée israélienne que ces étudiants seront crédibles face au mouvement BDS.

Bien sûr que je suis pour une lutte contre ce mouvement, qui s’est d’ailleurs illustré récemment à Sciences Po en tentant de gêner l’organisation d’une conférence organisée par Paris Tel Aviv sur la place des femmes en Israël – heureusement, la mobilisation a permis que la conférence soit maintenue. De même, je ne trouve pas normal que des centaines d’artistes décident de boycotter les festivals israéliens. Franchement, vous pensez que Netanyahou en a quelque chose à faire ? Que cela va le décider à un plan de paix avec les Palestiniens ? Que tous les Israéliens sont méchants ? Que cela vaut la peine de se priver d’un immense savoir académique de chercheurs parce qu’ils ont le malheur de vivre sous un gouvernement pas forcément choisi ?
Dans ce cas, qu’attendez-vous pour boycotter la Chine (coucou les Tibétains et les minorités musulmanes) ? La Russie (coucou les opposants politiques) ? Les Etats-Unis (coucou Guantanamo) ?
J’en discutais hier avec Daniella : c’est tellement facile de critiquer Israël. Petit pays, peuple détesté depuis des centaines d’années, aucune ressource naturelle dont le reste du monde ne peut se passer…

Désolée pour la confusion de mes propos. Il va falloir que je m’entraîne, car à mon retour en France, m’est avis que les « pro » des deux côtés ne me louperont pas.

Plage & karaoké : les vacances sont là ! 

Pour revenir à des sujets plus légers, c’est officiel, je suis désormais en vacances pour deux semaines ! De nombreux étudiants rentrent dans leurs familles pour fêter Pessah, un moment important du calendrier juif vu qu’il s’agit d’une célébration de l’Exode, la fuite d’Egypte du peuple juif mené par Moïse (l’ouverture de la mer Rouge, toussa…). A cette occasion, les produits contenant de la levure sont formellement interdits, car le pain n’avait pas eu le temps de lever avant le départ précipité : on mange donc du matza (du pain azyme), les supermarchés retirent progressivement leurs produits non casher pour Pessah (le moment d’acheter des dizaines de paquets de pita et de remplir le congélateur) et un business se développe sur Facebook : le ménage de Pessah. En effet, il ne doit pas rester une trace de produits non casher dans la maison, et les juifs pratiquants récurent donc leurs placards de fond en comble.
De leur côté, les associations juives étudiantes organisent des « cours » pour préparer correctement le seder de Pessah, le repas rituel qui comprend un certain nombre de plats à déguster dans un ordre précis (d’ailleurs, le mot « seder » veut dire « ordre » : pour dire que tout va bien, on dit « beseder », « en ordre »), mais aussi pour répéter la Haggadah, l’histoire de l’Exode. Au sujet de la Haggadah, je vous conseille le beau roman Le livre de Hannah, de Geraldine Brooks, qui raconte l’histoire tourmentée de la Haggadah de Sarajevo à travers sa restauration.

Et petite anecdote qui a rendu fou l’Internet israélien ces derniers jours (en plus du départ de Zayn Malik des One Direction) : la marque de glaces Ben & Jerry’s a développé un parfum spécial pour Pessah, une glace au charoset (une sorte de pâte aux noix très appréciée). Tandis que certains criaient au canular, j’ai bien pu constater l’apparition de cette glace dans le bac de mon supermarché, en même temps que la disparition de toutes les autres glaces non casher (adieu Cookie Dough et autre Frozen Yoghut au shortbread), alors que Pessah ne commence que le vendredi 3 avril au soir.

Pour ceux qui avaient encore des doutes, le judaïsme est définitivement une religion de nourriture.

De notre côté, nous avons fêté dignement l’arrivée des vacances avec une soirée karaoké jeudi soir, dans ce qui est probablement l’un des seuls lieux proposant ce genre de divertissement à Jérusalem, le (Jamel) Comedy Club Off the Basement. Comme son nom l’indique, une salle en sous-sol avec une acoustique à faire pleurer de douleur un chef d’orchestre philarmonique, et mes propres oreilles par la même occasion. Mais pour dix shekels l’entrée, Leah et moi n’avons pas fait la fine bouche et assisté à des performances plus ou moins réussies.

Note aux futurs Américains en visite : non, Party Rock de LMFAO n’est pas une chanson pour karaoké.

Éblouie par le catalogue qui proposait un immense choix de daubes francophones (Tragédie et K-Maro au rendez-vous, ainsi que l’intégrale des reprises de la Star Ac’), j’ai opté pour un classique : J’ai demandé à la lune, d’Indochine. Personne ne connaissait – évidemment – mais je me suis bien amusée, avant de massacrer Let It Go (de La Reine des Neiges) avec Leah, sous les ovations mitigées du public et du personnel du bar qui doit probablement entendre le titre chaque soir.
Tandis que Leah optait pour With ou Without You, de U2, puis Fly Me To The Moon de Frank Sinatra, j’ai terminé avec Lemon Tree de Fool’s Garden, avant de fuir l’endroit qui se révélait de plus en plus dangereux pour mes tympans au fur et à mesure que la bière coulait.

Réveil cotonneux le lendemain matin, d’autant plus que nous sommes passé à l’heure d’été ! Très agréable le soir (il est actuellement 18h47 et il fait encore jour derrière les nuages, gros progrès par rapport à la nuit qui tombait à 17h30 au début du mois), c’est un changement plus difficile le matin.
Encouragée par les messages de Daniella qui avait rejoint Tel Aviv la veille, je me décide finalement à sortir de ma léthargie et saute dans un bus pour la mer vers 14 heures, tandis que Leah se prépare à partir pour Jéricho et assister à une fête de fiançailles d’une connaissance. Sacrée Leah.

Une fournaise m’attend à la descente, conformément aux prévisions météorologiques – 33° ! – et c’est avec plaisir que je m’assieds en terrasse ombragée pour déguster une glace à notre endroit habituel. Nous gagnons ensuite la plage, mais le soleil est voilé par des nuages de chaleur, ce qui au moins me permet de faire des économies de crème solaire. Un rapide passage dans l’eau plus tard – encore un peu trop fraîche, mais moins qu’à Pourim – nous voilà étendues sur des transats, sans payer, savourant l’instant présent et philosophant sur les relations hommes / femmes (sujet inépuisable) et, une pointe d’amertume dans la voix sachant que le moment n’est plus si lointain, à notre avenir en rentrant d’Israël.

Au détour d'une rue de Tel Aviv...

Au détour d’une rue de Tel Aviv…

Puis, après plusieurs demandes de numéro refusées par Daniella d’une façon de plus en plus véhémente, nous décidons de quitter la plage et de gagner Neve Tsedek, un quartier de Tel Aviv qui m’était encore inconnu et que l’on surnomme souvent « le Paris de Tel Aviv » en référence à son style architectural très européen. En effet, bâtiments à un étage et à toits rouges nous attendent, ainsi que petits bistrots aux serviettes à carreaux – mais la glace du goûter me pèse encore sur l’estomac et les prix affolent mon porte-monnaie. Nous continuons ainsi notre route dans une pénombre étouffante et des rues délabrées jusqu’à la gare routière centrale de Tel Aviv, célèbre pour sa population immigrée, surtout africaine mais aussi asiatique. Pour une fois, c’est moi qui détonne dans le paysage !
Mais les regards ne sont pas hostiles, simplement curieux : jamais une interpellation, chacun est assez préoccupé par ses propres soucis, ou trop drogué pour remarquer notre passage dans les rues encombrées de cageots odorants.

Je finis par trouver le sheirout pour Jérusalem tandis que Daniella saute dans un taxi pour rejoindre son ami qui habite dans une banlieue de Tel Aviv ; le minibus démarre rapidement et, bonne surprise une fois arrivé à Jérusalem, ne nous dépose pas en centre-ville mais à la porte de Damas. Ne me reste plus qu’à prendre un minibus arabe à la gare routière encore ouverte et, une dizaine de minutes plus tard, me voilà de retour au village étudiant. Une rapide douche pour se débarrasser du sable, et au lit, avant un samedi venteux et paresseux.

Et demain, retrouvailles avec ma mère ! Nous avons loué un appartement AirBNB sur HaYarkon (la promenade de Tel Aviv), avec balcon et vue sur la mer – j’ai vérifié l’endroit hier. Au programme de la semaine, bronzette, restaurants et visites culturelles. J’attends notamment Pâques avec impatience, qui promet d’être bondé à Jérusalem – nous viendrons sûrement pour la journée.
Ensuite, pour le dernier week-end des vacances, randonnée en Galilée au programme, organisée par un groupe anglophone, puis le jour de la rentrée (le dimanche 12), ce sera mon second Model United Nations, à l’université de Ben Gourion à Beer Sheva. Je ne connais pas encore mon pays ni le comité dans lequel je siégerai.

Bref, comme toujours, de nouvelles aventures israéliennes !

PS : mon blog a dépassé les 3000 vues ! Alors même si le nombre de commentaires ne suit absolument pas cette croissance, je tiens à remercier tous mes lecteurs – qui, selon l’outil Statistiques de WordPress et les recherches Google, semblent surtout s’intéresser à mes photos.

Les articles de novembre, décembre et janvier

Déjà le 3 février. Cela fait plus de cinq mois que je suis en Israël et donc à la moitié de mon séjour. Désormais plus proche du départ que de l’arrivée…
C’est donc le moment idéal pour un petit bilan ! Déjà journalistique, avec la fin de mon stage au Jerusalem Post qui approche (pour cause d’arrivée imminente de mon père en visite), puis académique quand j’aurai toutes mes notes – actuellement, le professeur de mon cours de psychologie militaire est au front, rappelé « en urgence » pour son devoir de réserve. Only in Israel !

Si cela vous intéresse, voici la liste de tous les articles que j’ai rédigés pour le JPost puis publiés sur le site Internet (les critiques de livres ne sont donc pas présentes). Je mettrai cette liste à jour à la fin du mois car nous sommes en pleine préparation d’un gros dossier sur l’aliyah des juifs français.
Mystérieusement, la mise en page des articles n’est pas toujours la même.

– Le festival des festivals à Haïfa, un événement unique à la ville du Nord qui rassemble juifs, chrétiens et musulmans durant le mois de décembre.
http://www.jpost.com/landedpages/printarticle.aspx?id=386133

– Le 27 janvier dernier, nous commémorions le soixante-dixième anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz. Une cérémonie était organisée à Yad Vachem en présence de l’ambassadeur de France et de Serge Klarsfeld.
http://www.jpost.com/Edition-fran%C3%A7aise/Art-Et-Culture/Raviver-la-flamme-du-souvenir-389836

– Rappel de mon engagement à Coexister Sciences Po, j’ai interviewé Samuel et Ilan, de l‘Interfaith Tour, qui étaient à Jérusalem pour une série de conférences sur leur expérience.
http://www.jpost.com/landedpages/printarticle.aspx?id=384110

– La communauté éthiopienne en Israël est souvent mal considérée et associée à la pauvreté, au chômage ou au SIDA. Pour changer de regard, un festival d’art éthiopien se tient chaque année à Jérusalem. Entre pièce de théâtre en hébreu et chants en amharique…
http://www.jpost.com/landedpages/printarticle.aspx?id=385495

– Le monde des ultra-orthodoxes est secret et la violence y est taboue. Les femmes battues par leur mari ou les enfants abusés par des acteurs de la vie religieuse n’ont souvent aucun moyen de s’exprimer. Pour changer cela, une conférence exceptionnelle s’est tenue à Jérusalem à l’initiative d’organisations ultra-orthodoxes.
http://www.jpost.com/Edition-fran%C3%A7aise/Social-Eco/La-violence-dans-les-communaut%C3%A9s-juives-orthodoxes-venir-%C3%A0-bout-du-tabou-384106

– Exposition sur Amy Winehouse au musée de la Diaspora à Tel Aviv, l’occasion de découvrir une jeune femme proche de ses racines juives et très attachée à sa ville, Londres.
http://www.jpost.com/Edition-fran%C3%A7aise/Art-Et-Culture/Une-petite-fille-juive-du-nord-de-Londres-382956 
(mon premier article !)

– Rétrospective à l’institut français de Jérusalem pour découvrir la ville en 1900, filmée par un envoyé spécial des frères Lumières.
http://www.jpost.com/Edition-fran%C3%A7aise/Art-Et-Culture/R%C3%A9trospective-en-noir-et-blanc-pour-la-ville-dOr-382879
(déjà posté sur le blog, juste pour vous le rappeler)

J’ajoute également mon dernier article sur Andalus, consacré aux élections législatives israéliennes qui approchent à grands pas.
http://andalusmoyenorient.com/2015/01/28/elections-israeliennes-nouvel-episode/

Bonne lecture et merci à tous, ce blog comptabilise déjà 2400 visites !

[Andalus] En Israël, on est aussi Charlie

Nouvel article pour l’excellent blog Andalus ; bientôt le premier numéro de la revue qui sera consacré aux frontières au Moyen-Orient.
Il faut que je m’y mette, tiens. Techniquement, ce sont les vacances, mais je continue mon stage au Jerusalem Post à temps plein. Et je vous promets également la suite de mes aventures de Noël !

En Israël, on est aussi Charlie

Ces derniers jours, la logique du monde semble s’être inversée : alors qu’en novembre, une série d’attentats secouait Israël et que la France s’inquiétait de la possibilité d’une troisième intifada, les massacres à Charlie Hebdo et au supermarché casher porte de Vincennes font désormais la une des grands quotidiens israéliens. La communauté française multiplie les hommages mais, comme partout, n’échappe pas aux amalgames : l’islamophobie, déjà bien présente en Israël, semble fleurir à nouveau et les appels à l’aliyah (l’émigration vers Israël) se multiplient en direction des Juifs de France.

La suite ici : http://andalusmoyenorient.com/2015/01/14/en-israel-on-est-aussi-charlie/ 

La France et le monde en deuil.

Dehors souffle un vent glacé. Une neige épaisse, mêlée de pluie, tombe sans discontinuer sur les collines de Jérusalem, couvrant le sol d’une blancheur immaculée.
Mais ce matin, dans les locaux de Charlie Hebdo, ce n’était pas de la neige. C’était du sang. Le sang de journalistes et de policiers, qu n’avaient rien fait d’autre que dessiner et protéger les personnalités qui dessinaient.
En 2015, en France, pays emblématique de la liberté de la presse, on tue encore pour les dessins.
C’est une réaction à chaud et anonyme, mais en ce moment, à des milliers de kilomètres de mon pays, j’ai peur pour lui. Peur du fait que des hommes armés puissent agir comme cela, sans être arrêtés. Mes larmes coulent devant la solidarité exprimée par les dessinateurs, les rédactions, les gouvernements du monde entier.
Mais sur Facebook, dans un groupe Secret Jerusalem, je ne peux pas en parler. Parce que c’est « politique ». Parce que c’était un journal qui critiquait les religions, et donc que les douze morts prennent une connotation si politique qu’un Israélien partageant une couverture ne peut pas le faire sans être réprimandé.
J’ai peur que, comme après chaque attentat commis par un cinglé se justifiant de l’islam, la communauté musulmane soit encore plus stigmatisée et que les violences à son encontre se multiplient. Un peu d’intelligence, s’il vous plaît.
J’ai peur qu’une autre attaque terroriste arrive un jour dans une autre rédaction et que je sois là. Bien que ma colocataire, affolée par mes larmes, m’interdise de penser à une chose pareille, je le fais. Mais désormais, rien ne pourra me faire renoncer à devenir journaliste. On ne se taira pas. Dans les rédactions parisiennes ou dans les champs syriens, la liberté de la presse vivra toujours.

[Andalus] Vers une troisième intifada à Jérusalem ? L’attentat du tramway et ses conséquences

Mercredi dernier, après une longue journée et goûtant tout juste aux joies du WiFi dans ma chambre après 52 jours d’attente, un rapide coup d’oeil à mon fil d’actualité Facebook me tire une exclamation de surprise, puis d’effroi. « Lightrail attack in East Jerusalem ». Tout d’abord annoncé à Shuafat, le lieu de l’attentat et son bilan se précisent après quelques minutes : deux blessées graves, à Ammunition HIll, à une station de Givat HaMivtar, celle de la résidence étudiante.

Il est toujours difficile de revenir sur un tel événement, de peur de sombrer dans le vain sentimentalisme ou, au contraire, une trop froide analyse qui ne permettrait pas de transmettre mes pensées d’habitante de Jérusalem et donc directement concernée par cet attentat.
Je me suis tout de même pliée à l’exercice pour Andalus, m’entraînant à une certaine rigueur journalistique – il le faudra bien pour mon stage à l’édition française du Jerusalem Post (je vous en reparlerai plus tard !).

Et voici l’article.

Vers une troisième intifada à Jérusalem ?

Une semaine après l’attentat meurtrier commis par Abdel Rahman Al-Shaloudi, un jeune Palestinien tout juste sorti de prison, qui a lancé sa voiture contre le tramway à la station Ammunition Hill (au nord de Jérusalem, sur la ligne verte), les tensions restent très fortes à Jérusalem-Est : des explosions retentissent régulièrement à Īsawīya, banlieue arabe située en face de ma résidence étudiante, et Silwan, d’où le terroriste était originaire.

Cependant, plus que sur un plan sécuritaire, les conséquences de l’attentat se font désormais ressentir dans la vie politique israélienne : la force employée par la police hiérosolymitaine, parfois démesurée, a attiré les critiques de la communauté internationale, et les mauvais traitements infligés aux Palestiniens de Jérusalem-Est, considérés comme des citoyens de seconde zone, reviennent sur le devant de la scène, au grand déplaisir de Benyamin Netanyahou.

Ainsi, alors que le tramway et les bus passant dans les colonies sont encore la cible de jets de pierre et que le leader du Hamas à Jérusalem, Ismail Haniyeh, appelle ses ouailles à lancer une « troisième Intifada », comment le gouvernement israélien réagit il à ces provocations ? Jérusalem est-elle en danger ?

La suite ici ! http://andalusmoyenorient.com/2014/10/29/vers-une-troisieme-intifada-a-jerusalem-lattentat-du-tramway-et-ses-consequences/

[Andalus] L’Etat Islamique en Irak et au Levant : une nouvelle menace pour l’Etat hébreu ?

C’est avec un grand plaisir que je vous annonce la naissance d’une nouvelle association sciences-piste dédiée au Moyen-Orient, Andalus ! Au programme, des articles de blog quotidiens, sur l’actualité de la région ou son histoire. Et chaque mois, une vraie revue papier avec un dossier thématique et des analyses géopolitiques.

Voici mon premier article écrit dans le cadre de cette association.

L’Etat Islamique en Irak et au Levant : une nouvelle menace pour l’Etat hébreu ?

En juillet 2014, alors que des milliers de soldats israéliens sont mobilisés dans la bande de Gaza, dans le cadre de la contestée opération « Bordure protectrice », des roquettes touchent Haïfa et Acre, au nord du pays, sans faire cependant de dégâts. Rapidement, les investigations montrent qu’elles n’ont pas été tirées depuis Gaza, mais depuis la Syrie et la zone frontalière avec Israël, le plateau du Golan. En effet, depuis les révoltes de 2011, la Syrie est en proie à une guerre civile qui facilite le développement de nombreuses factions terroristes, comme le front Al-Nosra, qui a tiré les roquettes. Cependant un deuxième ennemi, plus puissant, dissident d’Al Qaeda, se dresse derrière les frontières syriennes et irakiennes : Daech, ou Etat islamique en Irak et au Levant. Ayant pour but l’établissement d’un califat islamique sur une large zone « culturellement » musulmane, du Maroc au Pakistan, les méthodes de Daech sont basées sur la terreur : exécutions filmées d’otages occidentaux, massacre des populations non-sunnites, annonce d’attaques terroristes en Europe et aux Etats-Unis.

Mais quel danger représente-t-il pour l’Etat hébreu, comparé par exemple à la menace plus concrète du Hamas ? Daech peut-il s’attaquer dès maintenant à la puissante armée israélienne et à ses voisins égyptiens et jordaniens ?

La suite de l’article ici : http://andalusmoyenorient.com/2014/10/01/60/