Bagages, bagages

Nous y sommes.

Dans moins de onze heures, j’embarquerai dans l’airbus A320 d’Air France, siège 23A (j’ai choisi un hublot, je croise les doigts pour ne pas avoir la vue sur les réacteurs), repas ovo-lacto-végétarien (la viande n’est jamais bonne en avion et je n’aime pas le poisson), avec un sac d’environ huit kilos au-dessus de ma tête, un sac à main à mes pieds de deux kilos et une quarantaine de kilos en soute répartis tant bien que mal dans deux valises (oui, j’ai craqué pour l’option « bagage supplémentaire »).
J’ai hâte de me voir à Ben Gourion avec cet attirail, tiens.

Tetris, hard mode.

Tetris, hard mode.

Et je ne réalise toujours pas ce que je m’apprête à faire. Oh, oui, je sais parfaitement que c’est ma dernière nuit ici, dans ma petite chambre, avant bien longtemps… Mais cette information n’a aucune répercussion sur mon comportement, mes pensées, mes émotions. J’ai versé quelques larmes, tout à l’heure : devant Harry Potter et la Coupe de Feu, à la fin. Un père qui pense retrouver son fils vivant, victorieux, et en fait pas du tout. J’espère que cela n’est pas un mauvais présage.
Bon, si je me lance dans la superstition, on n’est pas sortis de l’auberge (de jeunesse. Haha).

Autre signe de mon étrange détachement : ce ne sont pas mes parents, ma famille ou mes amis qui vont me manquer le plus, non. Ce sont mes livres. Crève-coeur que devoir les abandonner là, voués au repos forcé pendant dix mois, prenant la poussière sur mes étagères. Seul Chroniques de Jérusalem, par son utilité et son statut de quasi-guide, a trouvé une petite place dans mon sac à dos.
Vive Colissimo International, je vous le dis !

Où l'auteure de ces lignes commence à regretter sa position anti-liseuse.

Où l’auteure de ces lignes commence à regretter sa position anti-liseuse.

 Hum. Je crois que je commence à stresser. Voilà qui tombe bien pour m’empêcher de dormir. 

Publicités

Le vent [me] portera

A quelques jours du départ, je me sens étrangement insouciante. Les dés sont jetés, je ne peux rien faire contre les affrontements qui reprennent, les roquettes interceptées – ou non – par le Dôme de Fer et le possible réveil d’un nouveau volcan islandais au nom imprononçable mais bien décidé à menacer le trafic aérien d’une partie de l’Europe. 

Non, tel Harry Potter à la veille de sa première tâche (La Coupe de Feu passe mardi soir sur TF1, pour mon dernier soir en France : c’est un signe, assurément), je me laisse porter par le temps qui file rapidement. Deux mois plus tôt, j’étais à Sciences Po, préparant les dix ans de l’Ecole de journalisme : mon départ me semblait alors d’un irréel éloignement. Il y a un mois, j’entamais mon tour de France des au revoir à la famille, en commençant par ma grand-mère en Bourgogne. Le 27 août me semblait un peu plus tangible, mais je songeais surtout à profiter de l’instant présent avec mes aïeux – la douloureuse pensée de leur disparition possible pendant mon séjour trottant désagréablement dans mon crâne. Ce furent ensuite quelques jours à Lyon, où je croisai K. pour la dernière fois avant son départ en Corée du Sud (qui s’est fait samedi 23 au soir : j’espère qu’elle est bien arrivée…), puis la Mayenne et enfin Lille.

Dans la capitale des Flandres où j’ai passé une partie de mon adolescence, je garde quelques amies : je fus ravie de les revoir. Bizarrement, je n’avais pas vu V. depuis un an et je ne la reverrai probablement pas pendant le même laps de temps : pourtant, nous n’avions pas fait d’adieux « officiels » en août 2013. A cause de tensions entre nous, mais également parce que la ville me restait accessible : une heure de TGV, ma mère fait cette liaison pendulaire chaque jour pour venir travailler. Mais là, tout sera différent : la mer Méditerranée et cinq heures d’avion nous sépareront. Cette année de séparation pèsera beaucoup plus lourd dans notre relation. 
Je découvre la relativité à minuit passé. Einstein serait fier de moi, future étudiante dans l’université qu’il a contribué à créer…

Je remarque également que je passerai autant de temps à Jérusalem qu’à Auxerre (où j’ai effectué mon année de Seconde). Autant la petite ville de province m’était aussitôt apparue comme mon nouveau domicile, avec un déménagement en bonne et due forme, je sens que cela sera plus compliqué pour mon installation dans la Ville Sainte. 

Cette complexité d’appréhension d’un nouveau chez-soi s’exprime d’ailleurs très bien dans la préparation des bagages : comment déménager en 33 kilos (23 pour la valise en soute et 10 pour le sac à dos en cabine) ? Impossible. Il faut faire des choix, renoncer à certains livres, certaines paires de chaussures, certains accessoires de cuisine. Se dire que l’on pourra acheter « sur place » : un peu comme en vacances… Sauf que cela ne sera pas tout à fait des vacances (désolée, je brise le mythe de la 3A peinarde). D’ailleurs, cet après-midi, j’étais dans un magasin d’usine à la recherche de sandales : en payant ma paire de tropéziennes, j’ai fait la réflexion que je devais l’une des seules personnes à acheter ce genre de chaussures fin août. La vendeuse a ri et m’a souhaité de bonnes vacances. J’en suis sortie plutôt déconcertée… C’est d’ailleurs la première fois que je vais habiter dans un pays chaud (non, je ne considère pas Paris, Auxerre et Lille comme des endroits au climat agréable) : drôle d’expérience que d’aller en cours en nu-pieds et peut-être en pantacourt. J’ai lu pas mal de réflexions sur les tenues sciences-pistes très « strictes », l’élégance de Saint-Germain-des-Prés : pour moi qui n’ai jamais effectué d’effort particulier pour me fondre dans la masse germanopratine, le choc campus à l’américaine avec 35° au compteur risque d’être rude. 

Oui, je me rends parfaitement compte de ma futilité à parler vêtements et style vestimentaire sur ce blog. Et alors ? Je me suis sentie trahie par l’absence de shorts et de bermudas (ne parlons pas des maillots de bain) dans les rayons d’H&M la semaine dernière et je le dis. Ce n’est parce que le temps est pourri qu’il faut tout de suite sortir les vêtements d’hiver. Laissez les pauvres gueux rêver encore à l’été qu’ils n’ont pas eu, dans leur camping inondé sur la côte Atlantique. Moi, je rejoins le Soleil. 

Moment de joie : je viens de recevoir un mail du CROUS (oui, à 00h29) m’annonçant mon passage à l’échelon 0bis. Je devrais donc recevoir 100€ par mois (sur dix mois). Ajoutons la bourse au mérite de 200€ par mois (si tant est qu’elle soit maintenue), cela me réconforte. 

C’est la première fois que je pars seule à l’étranger. Bien sûr, je suis déjà allée loin, très loin avec mes parents, ou sans eux (séjours linguistiques, avec l’école…), mais jamais seule. En fait, c’est la première fois que je pars seule quelque part, sans point de chute plus personnalisé qu’une auberge de jeunesse réservée pour cinq nuits et une chambre dans le village étudiant à partir du 1er septembre. Je vais être totalement libre, et cette perspective est à la fois attirante et effrayante. A part des horaires assez larges pour le petit-déjeuner, aucune contrainte, aucune obligation, mais de multiples possibilités. Explorer la ville à mon rythme, m’en imprégner avant le début de l’ulpan et d’un isolement relatif sur le campus légèrement excentré, rester dans la salle commune de l’hôtel à observer les autres voyageurs… J’espère ne pas perdre la tête !

 

Fantaisies administratives

Titre de l’article : petite private joke aux camarades sciences-pistes qui avaient échoué dans l’atelier artistique du même nom. Je n’ai pas subi ce malheur, mais entendu quelques témoignages plutôt dépressifs.

Mais passons aux choses sérieuses, j’ai nommé l’inscription aux cours, le paiement du loyer et la question du visa. Article destiné en priorité aux petits 2A qui se demandent à quelle sauce ils vont être mangés. L’inquiétude des grands-parents et les réactions suscitées par l’annonce de ma destination feront l’objet d’un autre article, plus tard, quand je me serai calmée…

Money, money, money – la folie des tableaux Excel

(J’avais tapé plein de choses et ça a disparu. Heureusement que, selon mon CV, je suis censée maîtriser WordPress).

Les personnes de mon entourage connaissent ma propension à faire des listes, des plannings ou des Google Docs partagés en tout genres – ce qui est bien pratique pour organiser des dîners de conf’, vous le reconnaîtrez. J’avais d’ailleurs hérité du titre de Maman de la Triplette, amicalement décerné par notre prof de sociologie. Mais je m’égare.
Ainsi, pour ce grand départ à l’étranger, j’ai créé un bel échéancier (beaucoup de choses sont rayées : j’en suis très fière) et surtout un tableau Excel pour gérer mon budget.

(Attention : la suite de l’article comporte des chiffres, des conversions, plein de trucs chiants surtout destinés aux 2A inquiets qui ne sont pas repus par les rapports de séjour disponibles sur le site de la DAIE)

Première difficulté que connaissent tous les étudiants partant hors de la zone Euro : la conversion. XE est devenu mon meilleur ami. Parce que, lorsque vous faites une jolie colonne « dépenses avant le départ » en dollars, que vous convertissez chaque poste de dépenses en euros et additionnez le tout, la somme en dollars n’est pas équivalente à la somme en euros. Bien sûr. Donc vous perdez un peu de votre légendaire rigueur et acceptez de ne pas tout contrôler à la virgule près.
L’un des grands enseignements de la 3A, paraît-il.

Deuxième difficulté : les tuition fees. Oui, parce que même s’il est bien indiqué sur votre lettre d’acceptation à l’université que vous ne payez pas de frais… Ils risquent d’être indiqués dans votre billing statement. Je ne parle pas de l’ulpan (cours intensif d’hébreu en septembre, facultatif, cher, mais fortement conseillé) dont le prix varie de 100 dollars (en plus) entre le site de la fac et mon propre billing statement. Encore aujourd’hui, à une semaine de la date limite pour tout payer (argh), j’ai 400 dollars de différence selon la page sur laquelle je vérifie mon account balance.
Mais ne paniquons pas : en Israël, tout se négocie (paraît-il).

Troisième difficulté : le paiement des frais en lui-même, si comme moi vous n’avez ni bourse, ni parents riches, ni compte épargne régulièrement approvisionné depuis vos 10 ans. Il me faut payer 6350$ de loyer pour dix mois ainsi que 1365$ pour l’ulpan. Avant le départ, bien sûr. Alors après une tentative de crowdfunding ayant lamentablement échoué, je tape mes grands-parents et puise dans mon livret A. Encore une nouvelle étape dans la vie d’adulte.

Quatrième difficulté  : les virements internationaux. Mon petit compte CIC pour les jeunes, s’il me permet certes de ne pas payer, ou presque, de frais de fonctionnement, ne m’autorise que 1500€ de dépenses chaque semaine. J’imagine que vous comprenez le problème si je rappelle que je dois tout payer avant le 18 août. Et bien sûr, chaque transaction (qu’elle soit faite via le site Internet de la fac ou un virement international) coûte des frais. C’est sans fin.

Bon, allez, j’arrête de me plaindre. Ce n’est pas très raisonnable quand je vois mon emploi du temps récemment constitué.

Relax, take it easy – les IP du bonheur

Ah, les Inscriptions Pédagogiques. Moment de terreur pour tout sciences-piste qui se respecte (qui souhaite avoir des cours à peu près intéressants et à des horaires relativement correctes), la touche F5 s’en souvient longtemps et des cris de victoire ou de défaite résonnent à quelques secondes d’intervalle dans des centaines de chambres de bonne parisiennes. Les techniques sont nombreuses : désinformation sur le mur de la promo (qui se transforme ensuite en foire d’échange de cours), élaboration de stratégies diverses, investissement dans une souris de pointe…

Eh bien, rien de tout cela pour les inscriptions à l’Université hébraïque de Jérusalem. Pour tout vous dire, j’étais persuadée que la période d’Academic Registration aurait lieu mi-septembre (vu que les cours commencent le 19 octobre), mais j’ai appris hier dans un mail que ladite période était ouverte. Pour cinquante jours. Que l’inscription dès maintenant n’était pas obligatoire. Que ce n’était pas un système « first come, fist served ». Que l’on pourrait tester les cours pendant la première semaine et en abandonner.
Bref, le pied.

Après un rapide examen de conscience (quel est le plus important ? un cours d’archéologie que je peux prendre au deuxième semestre ou trois jours et demi de week-end ?) et tout de même quelques sueurs froides (ok, si je prends un cours à l’Université et pas à la Rothberg International School au deuxième semestre, il durera jusqu’au 25 juin alors que j’ai ma chambre jusqu’au 7 juin), j’ai opté pour quatre cours (plus ceux d’hébreu).
Je ne sais pas si cela représente trop de crédits, on verra bien.

C'est-y-pas sympathique, ces trois jours de cours ?

C’est-y-pas sympathique, ces trois jours de cours ?

Alors, oui, je commence à 8h30, mais je n’ai pas le choix. Pas trop le choix non plus pour terminer à 20h15 – Issues in Israeli society est l’un des trois cours à choisir obligatoirement et l’horaire des autres ne me convenait pas.

Mais quand même ! Pas cours le mardi ! Ni le vendredi, ni le samedi, ni le dimanche ! Je combine le week-end musulman, le juif et le chrétien. Et surtout, des cours a priori intéressants (enfin, deux d’entre eux n’ont pas de description mais on verra bien).

Et maintenant, que vais-je faire, de tout ce temps… ?

Non, chut. Eh bien, je pars dans seize jours. Dingue, non ? J’ai passé quelques jours à Lyon pour dire au revoir à de la famille, cet après-midi je vais vendre mes livres chez Gibert (oui, ceci est une arnaque volontaire, j’en suis consciente), me faire prendre en photo en format 5*5 pour le visa, et demain matin me rendre à l’ambassade pour effectuer le dudit visa.

Je me souhaite bonne chance.

« C’est une guerre, ce n’est pas très drôle ».

Point de tracasseries financières ou administratives dans cet article – bien que ce ne soit pas ce qui manque – mais une réflexion simple, presque banale, et pourtant tellement étrange pour les Français que nous sommes : Israël est un pays en guerre. 

Je ne m’étendrai pas sur les raisons du conflit que l’on connaît bien ou sur les responsabilités des deux camps. Juste tenter une description, voire une analyse, de ce que je ressens en lisant le fil d’actualité sans cesse mis à jour de Haaretz (« Le Pays », grand quotidien israélien disponible en anglais sur le Net) et surtout les discussions que j’ai avec un étudiant de Sciences Po sur place (à qui je dois cette pertinente phrase d’introduction). 

Déjà, une peur certaine. Pour les habitants d’Israël, de la bande de Gaza et des Territoires Palestiniens, pour les touristes dont le séjour pourrait s’arrêter là, à cause d’une roquette que le Dôme de Fer (un système anti-missile très performant développé par les forces de défense israéliennes) n’aurait pu détruire avant sa chute. Aujourd’hui, 9 juillet, une roquette est tombée sur une maison dans le sud d’Israël, sans faire de blessés. Hier, 8 juillet, plus de cent roquettes ont été tirées depuis la bande de Gaza, avec une puissance de tir respectable car elles ont atteint Haïfa (tout au nord) et Jérusalem. 
Mais cette peur, très égoïstement, est également pour moi. Que faire si les négociations n’aboutissent pas (selon le Hamas, le gouvernement israélien aurait refusé un cessez-le-feu) et que la guerre s’intensifie ? Mon séjour à l’étranger sera-t-il maintenu ? Le mail de la DAIE reçu aujourd’hui à ce sujet m’a donné quelques sueurs froides, heureusement injustifiées. 

DAIE : Nous sommes très attentifs à la situation en Israël. Afin de préparer au mieux avec vous votre départ dans le contexte actuel, pourriez-vous m’indiquer à quelle date vous avez prévu de vous y rendre ?

 Moi : Fin août. 

DAIE : Je vous souhaite un bel été.

(Ou comment te faire flipper en quelques minutes, puis faire descendre la pression)

Je songe aux étudiants qui souhaitaient partir en Egypte lors de la Révolution ou de la destitution du président Morsi, ou en Syrie avant le début de la rébellion (la Syrie était l’une des destinations proche-orientales les plus prisées). 

Pourtant, ce premier sentiment passé, un autre, peut-être plus incongru, prend sa place : le regret de ne pas être sur place, de ne pas vivre ce moment exceptionnel. Alors que le ridicule de cette quasi-jalousie s’impose à moi, J. (sciences-piste à Jérusalem, dans les quartiers arabes) exprime un autre point de vue : être dans une guerre n’est pas une chance. Malgré mon rêve de devenir reporter de guerre ou militaire, on ne peut considérer une situation qui tue des civils, qui coûte de l’argent en abris, en lance-missile, comme une chance. Douche froide assurée.

Petite discussion sur Facebook avec J. (après qu’il a signalé entendre la sirène. Où l’on voit ma naïveté et le pouvoir de la mondialisation de l’information. 

– C’est la première fois que je l’entends.
– Je l’ai lu sur Haaretz aussi
– Pour Jérusalem ?
– Oui.
– Ah, j’ai bien entendu alors ^^
– Jérusalem, Binyamina, Rehovot et Ra’anana.
– Ok. Mais j’entends toujours les gens prier. Donc c’est bon. […] Je vais aller voir si je dois faire quelque chose.
– Tu es toujours tranquille comme ça ou c’est l’influence d’un an au Moyen-Orient ?
– La roquette est passée au-dessus de la ville. C’est l’influence de ces derniers jours et généralement, j’ai tendance à relativiser. Et le fait d’être côté israélien ^^ Et à Jérusalem. Ce serait vraiment stupide que la roquette s’écrase sur le Dôme du Rocher ou sur un quartier arabe. Or, je suis dans un quartier arabe.
– Bonne analyse ! Tu devrais tweeter pour l’AFP.
– Oui, mais tout le monde n’est pas aussi rationnel (des deux côtés). […] En règle générale, j’essaye d’éviter les événements ^^ Par exemple, les quartiers vraiment tendus en périphérie de la ville, je n’y vais pas. Je n’ai d’ailleurs aucune raison d’y aller, à part pour faire mon journaliste à deux balles voyeur. Il y a des professionnels pour ça.
– Mais franchement tu as de la chance d’être au cœur de l’actualité !
– Une chance ? Je ne sais pas. C’est une guerre, ce n’est pas très drôle.

Pour moi, la guerre est tellement irréelle, un phénomène tout droit sorti de mes lointains cours d’histoire ou théorisé à l’extrême dans les cours de relations internationales, qu’elle en perd son caractère meurtrier et dangereux. Même en lisant les statuts Facebook de personnes présentes en Israël, qui demandent combien de temps rester dans les abris, que faire de son chat anxieux en cas d’alerte (oui oui) ou postent une vidéo de l’alerte à Tel Aviv. 

J’ai beau me dire que la défense israélienne est performante, que mes amis qui partent sur des campus américains ont plus de risques de se faire tuer par un fou armé que moi lors d’une attaque à la bombe, la guerre reste présente. Et je reviens à mon sentiment de peur exprimé au début. 

(Cet article tourne en rond, nous sommes d’accord)

Alors, que faire ? Tweeter en direct pour l’AFP ? Prendre des photos inédites, tel un « journaliste voyeur » comme le dirait J. ? Céder à la panique de mes grands-parents ? 
Plutôt relativiser. Essayer d’équilibrer. Agir en personne rationnelle (un élément qui manque clairement en Israël, semble-t-il) et prudemment. Comme en France, en fait. Sauf qu’au lieu de ne pas traverser quand le feu est rouge pour les piétons, en Israël c’est rester dans la pièce bunker de l’appartement quand la sirène retentit. Question d’échelle. 

La vie continue. Comme en 1940, peut-être… 

Au commencement était…

Une jeune fille (femme ?) de dix-neuf ans, en deuxième année à Sciences Po Paris, habitant en banlieue parisienne.

Un intérêt profond pour toutes les religions, fruit de rencontres, d’années passées dans une institution catholiques, d’origines familiales diverses et d’un investissement dans une association inter-religieuse.

Une passion récemment découverte pour les questions de défense, de sécurité, de guerre, associée à une pratique courante des armes (ne partez pas).

Une curiosité jamais assouvie, malgré les nombreuses lectures à ce sujet, les documentaires et films visionnés, les cours aux différents points de vue, pour Israël et tous les mythes environnant cette Terre Sainte. La Terre Promise. Occupée. Conquise. Tant de violence et de tension sur un territoire pas plus grand que la Bretagne.

Quelques difficultés pendant la première année d’études, donc des notes moyennes qui barrent l’accès au rêve québécois de McGill (et aux bourses).

Une envie d’étonner les autres par un choix peu conformiste et une famille inquiète, voire carrément hostile à ce projet.

Un désir de chaleur méditerranéenne, de voyages en Jordanie, de désert du Sinaï, d’eaux bleues et de poissons multicolores dans la Mer Rouge.

Sept éléments au commencement. Tout était réuni pour que je passe ma troisième année d’étude à l’étranger (une obligation dans le cadre de mon cursus) à l’Université hébraïque de Jérusalem (HUJ). Premier choix dans ma liste de six vœux. Accordé après quelques sueurs froides (les premiers décalages entre la DAIE – le service qui s’occupe des départs à l’étranger – et l’HUJ).

Et maintenant ? Je pars dans deux mois et demi, le 27 août (normalement – je n’ai pas encore réservé mes billets, j’attends le résultat d’une bourse…). Mon côté psychorigide et fan des plannings a préparé son long échéancier. L’économe a pris le dessus sur le flemmard et me fait travailler : le matin dans mon école (oui, surprenant, n’est-ce pas ?) et quelques soirs par semaine dans un cabinet de gestion de patrimoine (passionnant… Non).

Peut-être que certains futurs 2A rêvant de Jérusalem me liront bientôt, une fois que mon blog sera répertorié sur la carte d’Espace Numérique (j’y tiens !). Alors je vais aborder des questions plus… sciences-pistes.

Faut-il avoir de bonnes notes pour aller à l’HUJ ?
Le processus de sélection de la DAIE restant très obscur aux yeux de tous, et ce malgré les tentatives d’interview de la Péniche, on ne peut jamais savoir l’importance des notes. Mais clairement, pour un destination aussi étrange qu’Israël (et en plus Jérusalem), vos notes ne comptent guère. J’ai atteint avec difficulté 12 de moyenne générale (les six fondamentales) en première année et j’ai été prise. Essayez de soigner votre lettre de motivation, par contre (la mienne est disponible sur demande pour les stressés en mal d’inspiration, laissez un commentaire).

Que mettre dans la liste de ses vœux ?
Bon, évidemment, ne mettez que des universités où vous avez envie d’aller. Avec plus de 300 choix, en trouver six me semble plutôt simple. Tentez de les regrouper par pays ou zone géographique afin de montrer la fameuse « cohérence du projet ». Pour ma part, mes voeux étaient, dans l’ordre, l’HUJ, l’Université de Tel Aviv, l’IDC à Herzliya, l’Université d’Oslo, l’Université d’Uppsala et celle de Stockholm. Un beau baratin sur les security studies, l’opposition pratique (en Israël) et théorique (Europe du Nord), l’attrait pour une nouvelle langue dans des pays qui maîtrisent l’anglais, et c’est passé.

C’est à peu près tout ce qui me vient à l’esprit. N’hésitez pas à lire tous les rapports de séjour des universités qui vous attirent (et qui ne vous attirent pas : on peut dénicher la perle rare par hasard). Conservez la liste des départs pour contacter les étudiants qui sont actuellement dans la fac qui vous intéresse. Et surtout, ne réfléchissez pas trop. Allez-y au coup de cœur, à l’instinct.