Escapades stambouliotes (jour 1 & jour 2)

Jeudi 11 juin. L’appel à la prière, lancé par le muezzin, résonne au loin et m’enveloppe dans une atmosphère familière, comme les miaulements des chats errants belliqueux. Pourtant, les éclats de voix qui me parviennent de la rue me sont incompréhensibles et le climat beaucoup plus humide qu’à Jérusalem. J’ai quitté les collines de Judée pour les rives du Bosphore, et me voici donc à Istanbul jusqu’à mardi soir.
Depuis ma découverte de l’écrivaine Elif Shafak, et notamment de son roman La bâtarde d’Istanbul, j’ai toujours été fascinée par cette ville, son histoire, ses multiples identités, sa beauté architecturale. Byzance, Constantinople ou Istanbul ? Laïque ou musulmane ? Européenne ou Asiatique ? Un peu comme Israël, quand on y pense. J’avais donc l’idée de m’y rendre pendant cette année israélienne, profitant des bas prix de Pegasus Airlines (oui, je renie mon confort pour celui de mon porte-monnaie) et de la proximité géographique (à peine deux heures d’avion). Idéalement, j’aurais voulu faire le chemin en bateau, partir de Haïfa pour arriver dans le sud de la Turquie pour traverser le pays en bus ; mais il m’aurait fallu plus de temps, et vu les conditions de sécurité cette liaison maritime n’existe plus.
Je me contenterai donc d’Istanbul, si tant est qu’on puisse s’en contenter !

(Je ne sais pas encore si j’écrirai des compte-rendus quotidiens, cela dépendra de mon énergie restante à la fin d’une journée de marche dans les rues rarement plates de la ville. Encore un point commun avec la plupart des villes israéliennes.)

Sherout, avion, navette, le trio gagnant 

Le réveil ce matin à 5h30 fut assez difficile, mais je m’en suis félicitée lorsque, à 6h30, j’ai reçu un appel du chauffeur Nesher (le sherout commandé la veille pour aller à l’aéroport): j’ai 10 minutes pour me préparer et descendre à la porte Nord. Alors que je l’avais commandé à 7h. C’est probablement la première fois depuis mon arrivée en Israël que quelque chose a de l’avance.
Je boucle mon sac en vitesse, confie mes clefs à Daniella (qui a rendu les siennes lors de son check-out dimanche dernier, mais ne quitte le pays que fin juin), et traverse les pelouses encore endormies du village étudiant. Le sherout est là, le chauffeur mécontent mais je ne relève pas et préfère comater dans mon siège. Je suis la troisième dans le mini-bus de dix places et nous passons donc trois quarts d’heure à récupérer les autres passagers dans les quartiers juifs de Jérusalem-Est, avant de prendre enfin la route de l’aéroport. Même si les démarches me sont familières pour avoir successivement accompagné mon père et ma mère à l’aéroport, je me rends compte que c’est aussi la première fois que je quitte le pays depuis mon arrivée.
Je fais donc la queue une première fois pour le security check, où l’employée de l’aéroport me fait remarquer que j’ai un nom français – assez logique pour une détentrice d’un passeport français – puis une seconde fois à l’enregistrement même si je n’ai qu’un bagage cabine. Après avoir changé des shekels en livres turques, puis avalé une tarte crumble à 34 NIS, je me prépare à franchir la dernière étape des irascibles douanes israéliennes : le contrôle des bagages à main.

A l’aller, j’avais eu de la chance avec Air France, qui n’est pas trop tatillonne, mais j’ai eu droit ce matin à la fouille en règle. Mon sac à dos ENTIER a été vidé, mes vêtements passés au détecteur, ainsi que mes chargeurs, mes livres et mes divers appareils électroniques. Passé l’embarras de voir mes sous-vêtements et mon doudou exposés aux regards des autres passagers – l’un d’entre eux se faisant confisquer un sachet de Bambas (les Curly israéliens) apparemment suspect – j’ai pris mon mal en patience et accepté gracieusement l’offre d’aide de la douanière pour refaire mon sac.
Enfin, après un rapide passage dans la zone duty free très bien achalandée, je rejoins la porte d’embarquement et, connaissant la réputation de Pegasus, m’attends à patienter et à embarquer avec une demi-heure de retard. Que nenni, le comptoir ouvre à l’heure, l’avion décolle à l’heure et le pilote nous prévient même que le vol durera 1h45 au lieu des 2h15 prévues. C’est Noël en avance.

J’essaie tant bien que mal de trouver une position confortable pour mes jambes, tente d’ignorer la famille française qui papote devant moi (surtout quand la fille a commencé à vanter Black M et Maître Gims comme les héritiers de la chanson française) et me concentre sur mes voisins, un couple d’Israéliens qui se rendent à un mariage à Izmir, ville turque abritant une forte communauté juive. Les heures passées à réviser des listes de vocabulaire s’avèrent payante car je suis capable de tenir la conversation en hébreu, avec quelques mots de français lorsque le mari s’en mêle – né à Marseille, il a quitté la France quand il avait trois ans mais conserve de bons restes.
J’adore les hasards des voyages.

(D’ailleurs, pour l’anecdote, je discutais hier soir avec une amie sciences-piste qui fait une année de césure en Australie et dont le frère est à Rothberg en mechina. Elle attendait le bateau pour une croisière près de la barrière de corail et, soudain, m’envoie la photo d’un sciences-piste portant un sweat-shirt du BDE qu’elle vient de croiser dans le terminal maritime. Le sciences-piste en question est dans la même promo que moi et était dans mon groupe d’inté. Le monde est vraiment petit.)

Welcome ! 

Nous atterrissons vers 12h15 à l’aéroport Sabiha Gokcen, à 50 kilomètres à l’est d’Istanbul. Le Beauvais turc, en quelque sorte. Je suis surprise par le petit nombre de passagers et l’élégance de l’aéroport, mais déchante rapidement en voyant la queue, dehors, pour la navette qui relie l’aéroport au coeur d’Istanbul. Pas de barrières, nous patientons presque au milieu de la route dans une chaleur étouffante et je manque plusieurs fois de monter dans le mauvais car. Enfin, un car vide arrive, je joue des coudes à l’israélienne et m’écroule sur mon siège. C’est parti pour 90 minutes de route dans les embouteillages ; je dodeline de la tête tout en regardant le paysage verdoyant. M’attendant à une végétation méditerranéenne comme en Israël, je remarque en fait de nombreux conifères et de larges pelouses bien vertes. Sans les mosquées qui émaillent le trajet et les pancartes arborant des slogans en turc, je pourrais me croire en France.

(Reprise de l’écriture vendredi soir, bercée par les dialogues incompréhensibles du soap opera turc que regardent mes hôtes, Karagül – rose noire)

Je descends donc de la navette à Taksim, place emblématique de l’Istanbul moderne et théâtre, il y a quelques mois, d’affrontements violents entre jeunes défenseurs du parc Gezi et les forces de l’ordre. La chaleur est agréable, un petit vent me rappelle Jérusalem et je découvre, émerveillée, l’architecture ottomane qui donne un air parisien aux rues stambouliotes. Suivant scrupuleusement l’itinéraire communiqué par mon hôte AirBNB, j’arrive sans encombres à l’appartement, dans une petite rue du quartier de Beyoglu, l’un des plus animés, au nord d’Istanbul (côté européen, mais au nord de la Corne d’Or).

Je suis sympa, je vous mets un plan.

Je suis sympa, je vous mets un plan.

Situé au premier étage d’un vieil immeuble à la mode parisienne, avec lourde porte et escalier de pierre, l’appartement est un peu biscornu, avec des petites pièces et une cuisine si minuscule que le frigo et le four sont dans le couloir. Ma chambre est toute en longueur, bien meublée… et avec un balcoooon ! Enfin, juste la place pour mettre un tabouret, mais ça reste un balcon d’où observer les habitants et les marchands ambulants qui passent parfois dans la rue, un plateau sur la tête, criant le nom de leurs marchandises.
J’ai l’impression d’être dans un roman d’Elif Shafak.

A la découverte du quartier 

Une longue sieste plus tard, je pars à la découverte du quartier, rempli de petits restaurants, d’épiceries, et peuplé de chats. Paysage familier. Je descends une pente abrupte pour rejoindre Tophane et le musée d’art moderne d’Istanbul, mais préfère visiter une belle mosquée puis essayer de longer le Bosphore, dans l’idée d’aller au pont de Galata. Peine perdue, le rivage n’est pas aménagé, et à la vue d’entrepôts suspects je remonte un peu pour traverser un quartier hipster totalement artificiel, qui me fait penser à Sarona à Tel Aviv ou à Bercy Village.

Chat religieux dans une mosquée.

Chat religieux dans une mosquée.

Cité française à Beyoglu.

Cité française à Beyoglu.

Street art stambouliote.

Street art stambouliote.

Pêcheur du Bosphore. En arrière plan : la nouvelle mosquée.

Pêcheur du Bosphore. En arrière plan : Hagia Sophia (je crois…)

Je continue ma route, passe devant une dizaine de kebab et vendeurs de baklavas, avant d’atteindre enfin le Bosphore. Des dizaines de pêcheurs se rassemblent à cette frontière de l’Europe et de l’Asie et patientent, tranquillement, que le poisson morde à l’hameçon. Touristes et locaux se mélangent, discutent, se prennent en photo. Les mouettes festoient et une douce sérénité m’envahit : peut-être une conséquence de mon signe astrologique, la vue de l’eau m’apaise toujours.

Je traverse le pont de Galata, qui relie le nord au sud d’Istanbul et marque la limite entre le Bosphore et la Corne d’Or (qui remonte dans les terres). Là aussi, des pêcheurs et un taux de selfies à la seconde très élevé. Les vendeurs à la sauvette se sont adaptés à cette nouvelle mode et proposent désormais… des sticks à selfie, dans tous les endroits touristiques de la ville. Je n’ai pas remarqué cette pratique intempestive à Jérusalem : les touristes sont peut-être marqués par la spiritualité du lieu et n’imposent donc pas leur faciès à tous ceux qui vont regarder leurs photos. Je comprends que l’on puisse vouloir envoyer à un ami son sourire devant un beau paysage, mais je suis également sûre que l’ami en question serait très content de pouvoir découvrir l’endroit sans être gêné par la tête de son pote. Ce sera pire encore au palais Topkapi. Bref. Je manque probablement de modernité.

Arrivée de l’autre côté, je galère un moment pour traverser la route – je me plaignais des conducteurs israéliens, mais c’était avant de connaître les turcs -, me promène près de la nouvelle mosquée et reprends le pont dans l’autre sens. L’appel du ventre. Je choisis d’emprunter le second tablier, qui abrite de nombreux restaurants et bars à narguilé, puis m’assois au hasard en terrasse pour contempler le coucher du soleil, une assiette de poulet grillé devant moi. Bonheur.

Coucher de soleil sur le Bosphore.

Coucher de soleil sur le Bosphore.

A Karakoÿ, je prends le tramway – pas de ticket mais un jeton ! – et descends une station plus tard : retour à Tophane. Une rude montée m’attend et je retrouve avec joie l’appartement et mon lit. Fin de la première journée !

Istiklal Caddesi, les Champs-Elysées stambouliotes

Grasse matinée bien méritée ce matin, je passe de nombreuses minutes à élaborer mon programme et ne pars que vers midi. Je m’arrête à une boulangerie et parviens à acheter une sorte de quiche aux épinards ainsi qu’un petit gâteau au chocolat. La carte est bilingue mais le vendeur, moins : difficile de faire comprendre que je souhaite emporter mes achats ! Je pointe du doigt l’extérieur et il me répond « Pakete ? » Ouiiii, paquet, sac, génial !
J’ai remarqué plusieurs autres emprunts à d’autres langues, comme « Reklamlar », publicité, qui ressemble au vieux « réclame » français, « seyson final » pour… season finale, le dernier épisode d’une série télé, ou encore « nane », de l’arabe « nana », pour menthe. A noter que le turc s’écrit avec l’alphabet latin, agrémenté de cédilles et de trémas sur des lettres improbables, ainsi qu’un i sans point qui se prononce « eu ». Bref, je ne comprends absolument rien et, étrangement, ce n’est pas l’anglais qui me vient spontanément mais l’hébreu ! Comme si j’étais habituée à utiliser cette langue dès que je me trouve dans un environnement non-anglophone.

Je me promène dans les ruelles tortueuses de Beyoglu, admire encore les immeubles et, chose évidente pour ceux qui me connaissent, m’arrête dans une librairie d’occasion. Je renonce à J.K. Rowling ou Romain Gary en turc avant de jeter mon dévolu sur le Journal d’une femme de chambre, d’Octave Mirbeau, à cinq livres turques (soit environ 1,70 euro). Après plusieurs côtes assez raides, j’atteins la première étape de mon périple, la grande rue d’Istanbul, Istiklal Caddesi. Immeubles presque haussmanniens, boutiques occidentales (Mango, H&M, Starbucks), on pourrait presque se croire dans une capitale latine – mention spéciale à l’antique tramway – si ce n’était les tenues musulmanes portées par les femmes.
En effet, tandis que les hommes sont à la mode occidentale, chemise de rigueur et costards pour certains (un vrai régal pour les yeux après dix mois de tee-shirts informes), de nombreuses femmes portent le hijab – ce qui n’est guère surprenant vu que la Turquie est largement musulmane malgré une laïcité constitutionnelle – et, plus choquant, je remarque plusieurs niqab (le voile noir qui cache également le visage, laissant une fente pour les yeux). N’en ayant pas du tout croisé en Cisjordanie, je ne pensais pas en rencontrer en Turquie, un pays que je savais plutôt ouverte à la cause féminine. D’ailleurs, beaucoup de jeunes femmes portent des jupes courtes et de longs cheveux lâchés. Une vraie mosaïque de cultures.
Note : je n’ai pas entendu les femmes en niqab parler, ni leurs époux ; il est donc possible qu’il s’agisse de visiteurs des pays du Golfe, beaucoup plus stricts sur la question des vêtements islamiques – j’ai d’ailleurs croisé plusieurs groupes d’hommes en tenue saoudienne.

Istiklak Caddesi.

Istiklak Caddesi.

Les yeux écarquillés, j’observe le dynamisme de la rue, son effervescence : on est bien loin de la rue de Jaffa à Jérusalem, ou même des boulevards de Tel Aviv. Mais la ville sainte se rappelle toujours à moi : alors que je visite la basilique Saint Antoine de Padoue – très beau bâtiment de style européen, géré par des franciscains – je remarque une exposition consacrée à Jérusalem dans la cour. De même, dans la librairie d’occasion se trouvait Ô Jérusalem en français !

Je jette mon dévolu sur un petit restaurant et un place en terrasse pour le déjeuner, que je passe à détailler les passants devant une portion généreuse de kebab au yaourt (probablement mon premier plat non casher depuis un certain temps).

Galata et les soufis 

Je reprends ensuite ma route jusqu’au bout d’Istiklal et arrive à la seconde étape, le musée Mevlevi, sur le soufisme et particulièrement les derviches tourneurs. Très intéressée par cette branche mystique de l’islam, j’avais dévoré Soufi mon amour (d’Elif Shafak, comme vous pouvez le deviner) qui racontait la vie de Rûmi, un poète persan vivant à Konya, dans le sud de la Turquie, au 13e siècle. Fils d’un théologien, prêcheur reconnu, sa rencontre avec Shams de Tabriz, un derviche (un moine errant, vivant de peu) change totalement sa vie. Leur amitié sera courte car Shams disparaît au bout de deux ans, peut-être assassiné par le fils jaloux de Rûmi. Le poète compose alors des dizaines d’odes à l’amitié et à l’amour, influençant donc le soufisme et fondant l’ordre des Mevlevi. Sa tombe, à Konya, est un lieu de pèlerinage important pour le soufisme, et la Turquie a adopté les derviches tourneurs comme l’une de ses coutumes les plus connues.

Le musée Mevlevi de Galata est en fait une ancienne maison de derviches, fondée au Moyen-Age, détruite puis reconstruite au cours des séismes et incendies qui ont ravagé Istanbul. Transformée en école lorsque l’ordre des derviches fut interdit, en 1935, c’est maintenant un joli musée, avec un jardin ombragé absolument splendide et de belles collections qui permettent d’imaginer la vie d’une maison de derviches à l’époque. Instruments de cuisine, livres, costumes, tout y est.
J’en profite également pour tester mes premières toilettes à la turque turques.

Je continue ensuite ma promenade dans le quartier de Galata, très bohème avec de nombreuses boutiques de musique, avant d’arriver à la tour de Galata, point de repère connu, mais je suis découragée par la file d’attente ; je tenterai peut-être l’ascension un autre jour. J’essaie alors de rejoindre le pont et l’arrêt de tramway Karakoÿ, mais me perds dans un quartier populaire et me retrouve sans savoir comment sous un pont, mais pas le bon : il est trop à l’est, passant au dessus de la Corne d’Or et non du Bosphore. Heureusement, je repère un panneau de signalisation et reprends ma marche, passant devant des dizaines de quincailleries qui vendent de tout, des plaques d’égout aux tronçonneuses, des plots de chantier aux robinets. Papa, si tu me lis, j’ai pensé à toi. Sûrement moins cher que Bricorama.

J’arrive enfin à Karakoÿ et monte dans le tramway bondé, direction Sultanahmet, le quartier le plus ancien et le plus touristique d’Istanbul. Je teste alors – première fois de la journée, mais pas la dernière – les mains baladeuses à la turque, et finis par placer mon sac devant ma poitrine lorsque le tramway se vide un peu. L’ambiance de Sultanahmet me fait un peu penser à la vieille ville de Jérusalem : des touristes partout, des groupes, des vendeurs à la sauvette, des « Hello » tous les trois mètres et des boutiques de souvenir à la pelle. Je suis bien contente de ne pas avoir choisi un appartement là-bas.

Palais Topkapi, le luxe à l’ottomane 

Je passe devant la file d’attente pour Sainte-Sophie – chaque chose en son temps – et ma troisième étape se dresse face à moi : le palais de Topkapi, ses remparts, ses salles d’apparat décorées d’or et les dynasties de sultans qui s’y sont succédées. Après la traversée de la première cour et l’achat du billet, je passe les contrôles de sécurité – qui ne me manquaient pas – pour pénétrer dans la verdoyante et ombragée deuxième cour. Istanbul est une grande ville – songez qu’il y a presque deux fois plus de Stambouliotes que d’Israéliens… – et cela se ressent : beaucoup de places, de grands espaces, d’arbres, c’est très agréable.

Deuxième cour du palais de Topkapi.

Deuxième cour du palais de Topkapi.

La visite est très longue (au moins trois heures, sans le harem) mais en vaut la peine : les salles sont magnifiques, calligraphies à la feuille d’or aux murs ou mosaïques, riches tapis, banquettes confortables, un vrai raffinement. La salle d’armes, qui rassemblent des armes ottomanes allant du 15e au 19e siècle, me ravit : vieux mousquetons ornés de corne et d’or, une cotte de mailles d’apparat incrustée de joyaux, de nombreuses épées portées par des sultans, mon intérêt pour les armes anciennes est comblé ! Je pense bientôt mettre un pistolet sur ma liste au père Noël.

Salle d'apparat du palais.

Salle d’apparat du palais.

Les salles se succèdent, les points de vue sur le Bosphore aussi ; les jardins, fontaines et terrasses sont un régal. Dans la salle du trésor, une légion d’honneur, donnée à un sultan vers la fin du 19e siècle, est exposée ; on peut aussi visiter la salle de la circoncision, où de nombreux prépuces ont dû quitter leur propriétaire.

J’ai parfois l’impression de me retrouver dans un Versailles arabisant, ou un palais de Séville : symbole des influences multiples qui ont nourri le style ottoman.

Mais mes pieds souffrent et le palais ferme bientôt ses portes. Je regagne donc la place de Sultanahmet, entre Sainte-Sophie et la mosquée Bleue. Après l’ombre du palais, la chaleur est incommodante et je me mets en quête d’un glacier. Derrière son chariot, un vendeur m’interpelle : « Chinese ! You’re from Hong Kong ? ». Surprise – c’est un euphémisme – je me retourne pour vérifier : oui, c’est bien à moi qu’il parle. Je suis fréquemment prise pour une Allemande, parfois pour une Russe ou une Américaine, mais c’est bien la première fois que l’on me demande si je suis Chinoise. Le prochain, Éthiopienne ? J’opte pour un autre glacier, pas aussi bon que Siciliano de Tel Aviv malheureusement, et me prépare à reprendre le tramway bondé, dans l’autre sens.
Et rebelote. A nouveau, je subis le contact totalement indésirable d’une main étrangère, et je comprends avec dégoût que l’homme sait très bien ce qu’il fait. Un coup de sac dans le bras plus tard, il cesse mais un sentiment de malaise demeure tant qu’il n’a pas quitté la rame. Je fais quoi la prochaine fois, je sors en niqab comme les autres ? Peut-on m’expliquer ce qu’il y a de sexy chez une touriste en sueur qui porte un pantacourt ? Et quand bien même mes vêtements seraient plus élégants, est-ce une invitation pour y glisser la main ? Non, jamais. Le projet Crocodile devrait s’exporter en Turquie.

Un peu nauséeuse, je descends à Tophane et grimpe la rue jusqu’à l’appartement. Mon hôte et son amie sont là ; à l’heure du dîner, ils me proposent des nouilles et je me souviens soudainement de la quiche achetée le matin. Une fois réchauffée, elle s’avère délicieuse et nous dînons devant un soap opera turc. Plus belle la vie à Istanbul. Je ne comprends absolument rien mais les acteurs sont beaux et les dialogues rigolos : j’ai parfois l’impression d’entendre de l’elfique (à propos, j’ai appris jeudi le décès de Christopher Lee, alias Saroumane, à l’âge respectable de 93 ans, une minute de silence) ou, au contraire, un langage diabolique comme dans l’Exorciste. Musique dramatique, jeu déplorable et longues coupures de pub : j’adore regarder la télé à l’étranger.

Et voilà, fin de ma deuxième journée à Istanbul. Demain, Sainte-Sophie et mosquée Bleue.
Bonne nuit !

PS : petite actualité sciences-piste, mes IP ont commencé et j’ai donc choisi la concentration Middle East pour mon master PSIA. Rendez-vous en juillet pour les autres cours. Joie des doubles diplômes, mes IP sont étalées sur trois jours et nous n’avons aucune info, que ce soit de l’EDJ ou de PSIA.

PS 2 : je suis toujours à la recherche d’un STAGE pour cet été. Alors gentil recruteur qui me lisez peut-être, je souhaite travailler dans une rédaction de mi juillet à fin août, de préférence sur Paris ou Lille, en print, web, radio ou télé. CV disponible sur demande. Merci.

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