Hanoukka, la fête des lumières et du gras

Mercredi 24 décembre. La douillette bibliothèque bruisse de conversations tandis que, sur Facebook, s’organisent les petits-déjeuners et dîners de Noël. Pour la première fois depuis la création de l’école, les étudiants de l’institut Rothberg bénéficient d’un jour de congé demain, pour le 25 décembre. Pas pour le 1er janvier, par contre, qui sera gratifié d’une interro de compréhension orale d’hébreu et d’un exposé en psychologie militaire. Comme dimanche était également férié en l’honneur de Hanoukka, cette semaine fut délicieusement courte et bienvenue pour digérer les excès culinaires typiques de cette fête juive hivernale.

Coexistence festive à l'université !

Coexistence festive à l’université !

Un peu d’histoire

Souvent qualifiée, à tort, comme le « Noël des juifs » à cause de la proximité temporelle, des riches repas et des retrouvailles familiales, Hanoukka (on peut trouver de nombreuses orthographes, je vais tenter de me tenir à celle-ci) est une fête mineure dans la Torah, à peine mentionnée, mais a gagné de l’importance au fil des siècles. Elle commémore le « miracle de la fiole d’huile » : une seule petite fiole avait suffi pour l’allumage des bougies (la Menora) dans le Temple pendant huit jours, le temps d’en fabriquer une autre, alors que Jérusalem était en pleine révolte des Maccabées.

Home-made Hanoukkiah. Je n'ai pas progressé depuis les cours d'arts plastiques au collège.

Home-made Hanoukkiah. Je n’ai pas progressé depuis les cours d’arts plastiques au collège.

Non, pas les zombies. Ces Maccabées étaient des dignitaires juifs qui se sont révoltés contre l’alourdissement des taxes pesant sur la communauté juive au deuxième siècle avant Jésus-Christ. A cette époque, le pays de Judée était sous la coupe des Séleucides, une dynastique grecque qui tentait d’helléniser les Juifs, notamment en interdisant l’étude de la Torah.

Hanoukkiot sur le rebord de la fenêtre, chez Mareike, une étudiante en échange.

Hanoukkiot sur le rebord de la fenêtre, chez Mareike, une étudiante en échange.

Pour commémorer le miracle et rappeler la fierté d’être Juif, les pratiquants allument donc une nouvelle bougie par soir, pendant huit jours : ces chandeliers à neuf branches (la branche centrale servant à allumer les autres), la Hanoukkiah, sont placés derrière les fenêtres, afin que tout le monde puisse les voir. On est censé les éteindre lorsque plus personne ne passe devant la fenêtre : possible dans les villages reculés mais difficilement réalisable en ville. Les bougies sont donc spécifiques et ont une durée de vie très courte. Chaque soir, à la tombée de la nuit, celles de la veille sont ôtées et les nouvelles allumées, accompagnées de chants et de prières. Les rues sombres des quartiers orthodoxes s’illuminent et il n’est pas rare d’apercevoir des familles réunies autour du chandelier, derrière leurs fenêtres. Émotion particulière lorsque l’on est loin de la France…

Illuminations dans les rues.

Illuminations dans les rues.

Les lieux publics de Jérusalem ou de Tel Aviv sont également illuminés en conséquence, ce qui n’est pas sans rappeler les illuminations de Noël dans les pays occidentaux : simple coïncidence du calendrier, les lumières évoquent surtout la lutte, l’espoir de conserver la culture juive contre l’envahisseur grec.

Réjouissances culinaires

Mais comme toute fête juive, Hanoukka se distingue surtout par sa nourriture ! Toujours liés au miracle de la fiole d’huile, les plats cuisinés en cette période plutôt frisquette mettent l’huile et le gras à l’honneur. On mange des latkes, des beignets de pommes de terre frits, typiques de la cuisine ashkénaze, souvent accompagnés de fromage frais et de compote de pommes, et en dessert des soufganiyot, des beignets sucrés : traditionnellement à la fraise, ils peuvent aussi être fourrés au chocolat, au caramel ou artistiquement décorés.

Latkes, beignets de pomme de terre, le plat emblématique de Hanoukka. Avec du fromage et de la compote de pommes.

Latkes, beignets de pomme de terre, le plat emblématique de Hanoukka. Avec du fromage et de la compote de pommes.

Pas de soucis pour les calories : on ne grossit pas et personne ne fait d’AVC, c’est le miracle de Hanoukka…

Environ 500 calories par beignet. Bon appétit. (à gauche, fraise, à droite caramel)

Environ 500 calories par beignet. Bon appétit. (à gauche, fraise, à droite caramel)

Autant vous dire que je n’ai refusé aucune fête, ces derniers jours !

Le mercredi, deuxième jour de Hanoukka, allumage des bougies chez notre professeur de philosophie, dans son appartement au sud de Jérusalem. L’occasion de rencontrer quatre de ses cinq enfants (oui, la fertilité n’est pas un souci en Israël), de déguster des latkes, des beignets tunisiens et d’en apprendre un peu plus sur nos camarades. Israël n’est assurément pas une destination anodine pour un semestre ou une année d’échange à l’étranger, et la pluralité des profils est étonnante : jeunes juifs américains envisageant l’aliyah, Australiens étudiants en théologie, Californien d’origine mexicaine s’étant réfugié dans le christianisme pour échapper à la violence des gangs…
C’était particulièrement émouvant d’être là, dans un appartement chaleureux, entourés de livres, observant un professeur dans son habitat naturel et parlant hébreu avec ses enfants. On ne verrait probablement pas cela en France.

Chez le prof de philosophie, les hanoukkiot baignent dans l'huile !

Chez le prof de philosophie, les hanoukkiot baignent dans l’huile !

Les réjouissances avaient également lieu à Rothberg : entre fabrication maison de hanoukkiah et petit concert des étudiants du Pontifical Institute – avec bien sûr des soufganiyot gratuits à la fin – les couloirs décorés prenaient un air de fête.

Chorale du Pontifical Institute à l'université, pour le deuxième jour de Hanoukka.

Chorale du Pontifical Institute à l’université, pour le deuxième jour de Hanoukka.

Interlude : je viens d’apprendre la séparation de Tim Burton et Helena Bonham Carter. Une minute de silence pour mon enfance perdue, merci. 

Le jeudi soir, j’étais invitée chez Mareike, une étudiante allemande francophone également en échange à Rothberg, vivant à Pisgat Ze’ev. Ses colocataires étant assez religieux, avec notamment une cuisine casher, ils accordent donc une grande importance à Hanoukka et c’était très agréable de retrouver cette ambiance chaleureuse et communautaire. Sans cesse ravitaillés en latkes et avec des chansons de Hanoukka en fond sonore (surtout des reprises de tubs à la sauce juive, ce qui peut donner des résultats assez comiques…), nous avons découvert le jeu des toupies, le sevivon en hébreu ou dreydel en yiddish.

Chaque joueur dispose d’une petite toupie en bois ; sur chaque face est inscrite (en hébreu) la première lettre d’un mot en yiddish. Ainsi, la lettre nun signifie « nisht », rien ; le shin « shtel ayn », ajouter ; le hei « halb », moitié, et enfin le gimel « gants », tout.
Des pièces en chocolat sont ensuite réparties à parts égales entre les joueurs, qui en placent une dans le pot commun. Puis, on lance la toupie et on obéit à ses instructions !
Étrangement, j’ai été très malchanceuse et j’ai terminé le jeu… avec deux pièces de chocolat, alors que nous en avions dix au début.

Bien que l’origine du jeu ne soit pas réellement connue, elle serait un souvenir de la nittel nacht, la nuit du réveillon de Noël : pendant que les chrétiens festoyaient, les juifs devaient s’abstenir d’étudier la Torah, mais refusaient d’observer cette interdiction et les enfants jouaient donc devant les yeshivot pour couvrir le bruit des étudiants.

Jeu des toupies, ou casino de Hanoukka.

Jeu des toupies, ou casino de Hanoukka.

Entre lecture, tentatives de travailler, téléchargement puis visionnage de la saison 2 d’Orange is the New Black (foncez !) et lessive, le week-end s’est écoulé tranquillement. Petit cadeau de Noël à moi-même : trente euros de fromage, dans une petite boutique près de Mahane Yehuda.

Enfin, hier, pour le dernier jour de Hanoukka, petite fête à la rédaction du Jerusalem Post : après des discussions sur l’avenir du journal pour l’année prochaine, rencontre avec des collaborateurs sporadiques autour… de beignets, bien sûr.
Le Model United Nations de l’université, dont je fais fièrement partie, se réunit également le mardi soir : j’ai représenté le Yémen au sein du haut conseil des Nations Unies pour les réfugiés. Belle occasion de rencontrer des Israéliens toujours étonnés face à ma jeunesse, et de combattre ma timidité maladie ! Début janvier, ce sera ma première grande conférence à Haïfa… Jupe noire et chemise blanche en perspective.

Difficile de se concentrer...

Difficile de se concentrer…

Je vous laisse avec la vue de ma chambre ce matin, et vous souhaite un très joyeux Noël ! Au programme ce soir, messe de minuit à Bethléem (faute de tickets, ce sera sur les écrans placés à l’extérieur de l’église), messe en français à l’école biblique demain matin et visite guidée de la Vieille ville illuminée demain soir.

Bonnes fêtes, et attention aux crises de foie (je tuerai pour du foie gras, d’ailleurs) !

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