« And so he heard a voice telling him to kill his son… » : visite guidée de la Vieille Ville

Trop tôt ce matin, dans la chaleur déjà étouffante du dortoir sombre, un réveil sonne. Je ne comprendrais jamais ce qui pousse les personnes en vacances à se lever aussi tôt. Deux de mes roomates furètent donc dans leurs affaires, prennent une douche… Sans penser que, peut-être, en s’étant endormies péniblement à minuit passé, nous aimerions un peu plus de sommeil. Bref. L’une d’entre elles, une étrange Française d’une cinquantaine d’années qui répétait « sorry » sans cesse à voix basse, est partie ce matin. Espérons qu’elle ne soit pas remplacée par plus dingue.

Comprenant que le train du sommeil ne repassera pas, je me lève et active le minuteur pour l’eau chaude. Oui, une petite coquetterie de la part de l’auberge de jeunesse : il faut activer un timer, comme pour les pâtes, pendant vingt minutes si l’on veut se doucher à l’eau chaude – certaines n’en ont pas la patience et se jettent sous l’eau froide, mais même avec les 35° à l’ombre, je ne suis pas parvenue à une telle extrémité. Je n’évoque même pas l’absence d’endroit pour poser ses affaires à côté de la douche, ni de pommeau mobile. Bien sûr.

Après ces péripéties qui mettent indiscutablement de bonne humeur pour le reste de la journée, direction le petit-déjeuner, dit « continental ». En réalité, trois ou quatre saladiers de crudités diverses, des oeufs durs, du pain, du jus d’un fruit non-identifié mais trop sucré, et voilà. Moi qui pensais faire un stock le matin afin de ne pas dépenser le midi, c’est loupé. Après cela, un étrange sentiment de vide m’envahit : avant le début de la visite guidée à 11h20, je n’ai rien à faire. Et il est neuf heures. Je n’ose guère engager la conversation avec les autres voyageurs, mon sentiment d’aisance en anglais ressenti hier soir s’étant évaporé. Je compulse frénétiquement mon Lonely Planet et finit par déterminer le contenu de mes prochaines journées, jusqu’à dimanche soir.

Enfin, l’heure du rendez-vous pour le tour arrive, à l’accueil de l’auberge. Nous sommes quatre  une Néerlandaise (oui, encore !), deux Australiens et moi. Nous sommes guidés par une volontaire de l’auberge jusqu’à la porte de Jaffa, en passant – logiquement – par la rue de Jaffa, la grande rue de Jérusalem. Tous les chemins mènent à Rome et toutes les rues de Jérusalem-Ouest à la rue de Jaffa (ou la rue King George V). Piétonne, seulement parcourue par le tramway, c’est une promenade très agréable : de nombreuses boutiques à l’occidentale, des immeubles bas en pierre blanche de Jérusalem, une impression heureusement différente de l’arrivée dans les banlieues hier soir. Mais nous n’avons pas le temps de nous y attarder : j’y suis revenue pour le déjeuner après la visite.

La rue de Jaffa, grande rue piétonne hiérosolymitaine. On remarque une architecture particulière... et les caténaires du tramway !

La rue de Jaffa, grande rue piétonne hiérosolymitaine. On remarque une architecture particulière… et les caténaires du tramway !

Au bout d’une vingtaine de minutes, nous atteignons la porte de Jaffa, début de nombreuses visites guidées, entrée dans le quartier arménien de la Vieille Ville et nommée ainsi car elle conduisait… à Jaffa, oui. Une sacrée trotte, tout de même.

La porte de Jaffa, l'une des entrées dans la Vieille Ville.

La porte de Jaffa, l’une des entrées dans la Vieille Ville.

Nous y retrouvons notre guide, Assaf, ainsi que d’autres participants au tour : deux Brésiliens, une Américaine de Seattle… et à mon grand désespoir, deux Français. Ils sont PARTOUT.

Attention, je rentre en mode « guide ».

Et avant toute chose, une carte !

Le quartier arménien

La communauté arménienne est la première nation chrétienne au monde : il semble donc logique qu’ils occupent une part de la Vieille Ville. Ils sont actuellement 2 200, somme toute assez peu sur les 50 000 habitants que compte la Vieille Ville. Le guide nous explique que les Arméniens sont modestes (coucou le cliché) ; mais il est vrai que le quartier est d’un calme absolu – et assez difficile de croire que la ville est habitée, en fait.

Ruelle du quartier arménien.

Ruelle du quartier arménien.

Nous en profitons pour jeter un œil à la tour de David, construite en réalité par Hérode. Assaf fait preuve d’une ironie plutôt rafraîchissante vis-à-vis de la religion et des mythes fondateurs – il est l’auteur de la citation en titre !
Je n’ai pas tout retenu, il est tard et je ferai sûrement un article détaillé sur l’histoire de la ville plus tard, mais Jérusalem est un objet de conquête depuis sa création, d’où les deux destructions des Temples successifs. Et c’est bien sûr le lieu le plus saint au monde, vu la concentration d’églises, de mosquées et de synagogues qu’on peut y trouver…
Au détour d’une rue, nous passons devant une boutique de céramiques, art traditionnel arménien : les pièces de qualité sont fabriquées de la même façon qu’au Moyen-Age. Les autres sont made in China – désolée pour ma nouvelle roomate qui débarque de Beijing.

Plaque indicative de rue, trilingue. Le mont Ararat (où l'arche de Noé se serait échouée) est sacrée pour les Arméniens.

Plaque indicative de rue, trilingue. Le mont Ararat (où l’arche de Noé se serait échouée) est sacré pour les Arméniens.

Le quartier juif

Les papillotes, les kippot et les chapeaux se font omniprésents tandis que nous pénétrons dans le quartier juif, au sud-ouest de la ville. L’ambiance y est très différente du quartier arménien : on y trouve des boutiques de souvenirs, mais aussi des restaurants à l’occidentale, et la plus grande synagogue de la ville, construite en.. 2012 ! Elle est ornée d’un large dôme blanc, façon d’entrer dans la compétition contre l’islam et les deux dômes (doré pour le Rocher et gris pour Al-Asqa).

Rue dans le quartier juif de Jérusalem. Les immeubles semblent anciens, mais ils datent de la reconstruction du quartier, vers les années 1970.

Rue dans le quartier juif de Jérusalem. Les immeubles semblent anciens, mais ils datent de la reconstruction du quartier, vers les années 1970.

Nous grimpons sur un toit-terrasse et observons avec stupéfaction la ville… Puis le muezzin – ou plutôt les muezzins – retentissent. Moment empreint de solennité qui fait comprendre l’emprise de la ville sur le monde entier.
Nous pénétrons ensuite dans une galerie en entre-sous-sol, sous une rue aux arcades rappelant la rue de Rivoli : une mosaïque y est exposée et c’est l’occasion pour un peu d’histoire, à nouveau.

Mosaïque représentant la Vieille Ville vers le 16e siècle, découverte en Jordanie. On distingue deux "Cardo" (axe Nord Sud) et deux "decumanus" (axe Ouest Est) du fait du relief important de la ville.

Mosaïque représentant la Vieille Ville vers le 16e siècle, découverte en Jordanie. On distingue deux « Cardo » (axe Nord Sud) et deux « decumanus » (axe Ouest Est) du fait du relief important de la ville.

En haut, l'un des Cardos, autrefois marché.

En haut, l’un des Cardos, autrefois marché.

Oeuvre collective : le Cardo à l'époque romaine. On distingue une petite fille tenant une grenade à un garçon de notre temps, en bas, ainsi que le premier maire du Jérusalem 'moderne" à gauche.

Oeuvre collective : le Cardo à l’époque romaine. On distingue une petite fille tenant une grenade à un garçon de notre temps, en bas, ainsi que le premier maire du Jérusalem ‘moderne » à gauche.

A l’est du quartier juif se trouve le panorama le plus connu de Jérusalem : le Mur des Lamentations avec, à sa gauche (dans le quartier musulman, donc) le dôme du Rocher et à sa droite la mosquée Al-Aqsa. 

Le Mur est le plus ancien : c’est le dernier vestige de l’enceinte du Second Temple, construit par Hérode – mais ce n’est pas tout à fait sûr. Lieu le plus proche du Saint des Saints (l’intérieur du Temple) pour les juifs, ils viennent du monde entier pour y prier et déposer les fameuses prières dans les interstices des briques.
Le dôme du Rocher date du septième siècle après J-C (et s’il y a bien un lieu où il est pertinent de prendre la naissance de Jésus comme référence, c’est ici) : abritant l’empreinte de Mahomet lors de sa montée au ciel, il est le lieu saint le plus important pour les musulmans après la Mecque et Médine.
Il protège également la pierre où Abraham a failli sacrifier son fils.

LA photo de Jérusalem : à gauche, le dôme du Rocher, au centre, le mur des Lamentations, à droite un accès pour l'esplanade du Temple.

LA photo de Jérusalem : à gauche, le dôme du Rocher, au centre, le mur des Lamentations, à droite un accès pour l’esplanade du Temple.

Bref, du pur concentré.

Je peux difficilement décrire les sentiments qui m’ont envahie à la vue de ces lieux saints rassemblés, que l’on voit si souvent en photo, à la télévision… Donc je vais présenter les photos et garder mes émotions pour moi, pour une fois.

Je n'ai pas pu résister...

Je n’ai pas pu résister…

Le dôme de la mosquée Al-Aqsa, rappelant bien sûr son voisin doré.

Le dôme de la mosquée Al-Aqsa, rappelant bien sûr son voisin doré.

Le quartier chrétien

Et voici l'église du Saint-Sépulcre, lieu le plus saint de la religion chrétienne.

Et voici l’église du Saint-Sépulcre, lieu le plus saint de la religion chrétienne.

Parfois oublié quand on demande de citer les quatre quartiers de Jérusalem, comme son voisin arménien, le quartier chrétien abrite de nombreuses congrégations : on y croise donc des prêtres, des moines, des nonnes dans toutes les tenues traditionnelles. Pas moins de six cultes sont en charge du lieu le plus saint du christianisme, le Saint-Sépulcre, à la fois Golgotha (lieu de crucifixion du Christ) et tombeau – ce qui explique d’ailleurs la présence d’une échelle sur une fenêtre : les parties ne parviennent pas à désigner celle qui doit s’en occuper, et cela dure depuis 150 ans. Plutôt animé, avec un bazar vendant tout et n’importe quoi – des croix cohabitent avec des chandeliers à sept branches, des kippas avec des chasubles -, je ne l’ai pas trouvé si accueillant que les autres quartiers. Peut-être était-ce la fin du tour et la fatigue !

Je compte de toute façon revenir dans la Vieille Ville, à mon rythme, pour explorer en profondeur les lieux saints.

Puis, l’après-midi, promenade seule dans Jérusalem-Ouest, un peu de lèche-vitrine, pause dans un parc et découverte du marché Ben Yehuda (auquel je consacrerai probablement un article). J’ai acheté trois pommes Granny et trois carottes pour six shekels. C’est décidé, je deviens végétarienne. Puis, ce soir, dîner gratuit sur le toit-terrasse de l’auberge de jeunesse avec Anna – la jeune journaliste néerlandaise. Je parviens à commander des falafels en hébreu, ce qui me vaut les compliments du tenancier, puis j’observe, les yeux écarquillés, les immeubles illuminés de la ville, les personnes heureuses d’être là pour l’anniversaire d’un des propriétaires de l’auberge, les danseurs qui se défoulent sur de la pop anglaise jouée par un groupe local. J’ai l’impression d’avoir déjà passé des semaines ici, et d’être chez moi – ce qui est le cas. Les peurs de ma famille résonnent à mes oreilles et je les balaie d’un revers de la main  : la guerre n’est plus là – si elle l’a jamais été.

Il est temps de se coucher, avec des boules Quiès cette fois. Demain, réveil à six heures pour une randonnée dans le désert -avec Anna et une de ses connaissances israéleinnes. Je n’ai pas compris quel désert, mais… Que disais-je à propos des gens qui se lèvent à six heures pendant les vacances, déjà ?

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