Premiers pas en Terre Sainte

23 heures et des poussières (heure locale).

Les sons de la rue, entre tramway récemment inauguré, klaxons d’automobilistes énervés et invectives lancées dans une langue mélodieuse dont je comprends quelques bribes, flottent jusqu’à la fenêtre entrouverte du dortoir suffoquant. Installée sur mon lit fraîchement fait, je peine à rassembler mes pensées éparses, les souvenirs intenses de cette première journée de 3A. De cette première journée étrangère.

Les adieux à mes parents, après le stress des bagages trop lourds – j’ai dû abandonner à regrets Chroniques de Jérusalem, j’espère que le colis me parviendra rapidement – semblent appartenir à un passé lointain, de même que les larmes versées malgré ma promesse. L’émerveillement dans le métro de Roissy pour rejoindre la porte d’embarquement, la fouille heureusement rapide à la douane française puis la longue attente à l’embarquement et dans l’avion (nous sommes partis avec une heure de retard) s’éloignent également face à l’effervescence de mon arrivée en Terre Sainte, dûment saluée par les applaudissements des passagers lors de l’atterrissage.

Bonjour, moi c'est Baudet, et vous ?

Bonjour, moi c’est Baudet, et vous ?

Restent cependant ma joie d’entendre pour la première fois de l’hébreu parlé par des « vraies personnes », en dehors des cours à Sciences Po et des films ou séries regardés à la maison, ma curiosité pour les hommes ostensiblement religieux (invention merveilleuse : le « moule » à chapeau, en plastique, qui permet de le transporter sans le déformer), mon étonnement lorsqu’un homme m’a demandé, en hébreu, si j’avais vu sa kippa qu’il avait perdue dans son sommeil (j’ai même réussi à répondre « non »), ma fatigue intense qui m’a plongée dans un sommeil inconfortable après le déjeuner (indien, dans un avion Air France, à destination de Tel Aviv. C’est beau la mondialisation).

Puis, enfin, c’est l’arrivée, face à la Méditerranée, à l’aéroport Ben Gourion, J’aperçois par le hublot des petites maisons bien rangées, à l’américaine, des collines, des zones caillouteuses et quelques forêts. Un paysage méditerranéen banal, en quelque sorte, sentiment renforcé par la silhouette familière des palmiers nous accueillant sur le tarmac (ou presque). Élément que j’avais retrouvé du Maroc à l’Egypte en passant par la Tunisie, et maintenant en Israël.
La chaleur me surprend lors de la sortie de l’avion et le ton est donné : les panneaux indiquant les abris les plus proches (en l’occurrence, les toilettes) rappellent que, jusqu’à hier et la conclusion d’un cessez-le-feu permanent, le pays était en guerre. Le passage à la douane se fait sans encombres, mon piètre hébreu ne suffisant pas à dérider la guichetière au visage de matonne – le visa étudiant sera mon sésame – et malgré une légère angoisse au moment de la récupération des bagages, les formalités se terminent rapidement. Aux commandes de mon chariot atteignant probablement les cinquante kilos, j’évite les nombreux gamins qui se jettent sous mes roues (les mêmes geignaient dans l’avion : franchement, j’ai hésité à provoquer une collision) et parviens même à prendre possession de la carte SIM israélienne commandée sur Internet quelques jours auparavant.

Direction ensuite le sheirut (ou shuttle service en anglais, sheirut voulant littéralement dire « service » ; pour l’anecdote, shiroutim veut dire « toilettes »). Merveilleuse invention, le concept du taxi collectif se retrouve un peu partout dans le monde : vous attendez un peu qu’il arrive, qu’il se remplisse (environ 10 places) et c’est parti ! Une petite heure pour rejoindre Jérusalem depuis l’aéroport Ben Gourion, pour un prix défiant toute concurrence (65 NIS, soit une quinzaine d’euros). Le chauffeur, un petit vieux baragouinant l’anglais, a légèrement paniqué devant ma montagne de bagages, mais un sourire et un bevachaka ont suffi, j’ai l’impression. Dans le Nesher, un groupe de jeunes Allemands accompagnés par une Allemande parlant hébreu, qui sont descendus à la même auberge de jeunesse que moi, un autre petit vieux parlant uniquement hébreu, et un jeune Américain de Hawai s’apprêtant à passer trois mois dans une yeshiva dans la Vieille Ville, né à Montpellier d’un père français et parlant d’ailleurs assez bien la langue de Molière.

Je me suis tue à l’approche de Jérusalem, observant la ville et ses multiples collines avec émotion mais aussi étonnement : une architecture banale, des petites boutiques miséreuses, l’impression d’être dans une mauvaise banlieue parisienne. Les boulevards haussmanniens sont loin !
Cependant, la beauté et l’irréalité de ma situation m’ont frappée lors de mon dîner au cœur du marché Mahane Yehuda, le grand marché de Jérusalem. Invitée par S., une co-dortoir belge, nous avons dégusté des spécialités israéliennes (beignets fourrés à la viande, à la semoule et un autre truc pour ma part, dont je n’ai pas retenu le nom !) en compagnie d’une énergique Néerlandaise de 48 ans (Maman, si tu me lis, ton clone en brune aux cheveux courts), d’un Anglais d’une trentaine d’années, d’un Israélien draguant la Néerlandaise, et d’une autre Néerlandaise plus jeune, une journaliste en vacances. La fluidité de mon anglais, malgré ma fatigue, m’a étonnée : peu importe les erreurs, on parvient toujours à se faire comprendre… L’une des premières leçons de ma 3A.

Et là, en regardant les jeunes femmes en uniforme militaire moulant, les maris ultra-orthodoxes accompagnés de leur femme portant le foulard, les jeunes avec et sans kippa, tout ce monde cosmopolite, les enseignes en hébreu, j’ai commencé à comprendre… Je suis à Jérusalem !

PS : dans l’épicerie en bas de l’auberge de jeunesse, ouverte 24/24, des Oréos, des cookies Pepperidge Farm et des glaces Ben & Jerry’s me font de l’oeil. Cependant, ma maîtrise de l’argent à l’étranger étant généralement catastrophique, il faut que je me maîtrise.

PS 2 : demain matin, visite de la Vieille Ville organisée par l’auberge. Alors, au lit !

 

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