Le vent [me] portera

A quelques jours du départ, je me sens étrangement insouciante. Les dés sont jetés, je ne peux rien faire contre les affrontements qui reprennent, les roquettes interceptées – ou non – par le Dôme de Fer et le possible réveil d’un nouveau volcan islandais au nom imprononçable mais bien décidé à menacer le trafic aérien d’une partie de l’Europe. 

Non, tel Harry Potter à la veille de sa première tâche (La Coupe de Feu passe mardi soir sur TF1, pour mon dernier soir en France : c’est un signe, assurément), je me laisse porter par le temps qui file rapidement. Deux mois plus tôt, j’étais à Sciences Po, préparant les dix ans de l’Ecole de journalisme : mon départ me semblait alors d’un irréel éloignement. Il y a un mois, j’entamais mon tour de France des au revoir à la famille, en commençant par ma grand-mère en Bourgogne. Le 27 août me semblait un peu plus tangible, mais je songeais surtout à profiter de l’instant présent avec mes aïeux – la douloureuse pensée de leur disparition possible pendant mon séjour trottant désagréablement dans mon crâne. Ce furent ensuite quelques jours à Lyon, où je croisai K. pour la dernière fois avant son départ en Corée du Sud (qui s’est fait samedi 23 au soir : j’espère qu’elle est bien arrivée…), puis la Mayenne et enfin Lille.

Dans la capitale des Flandres où j’ai passé une partie de mon adolescence, je garde quelques amies : je fus ravie de les revoir. Bizarrement, je n’avais pas vu V. depuis un an et je ne la reverrai probablement pas pendant le même laps de temps : pourtant, nous n’avions pas fait d’adieux « officiels » en août 2013. A cause de tensions entre nous, mais également parce que la ville me restait accessible : une heure de TGV, ma mère fait cette liaison pendulaire chaque jour pour venir travailler. Mais là, tout sera différent : la mer Méditerranée et cinq heures d’avion nous sépareront. Cette année de séparation pèsera beaucoup plus lourd dans notre relation. 
Je découvre la relativité à minuit passé. Einstein serait fier de moi, future étudiante dans l’université qu’il a contribué à créer…

Je remarque également que je passerai autant de temps à Jérusalem qu’à Auxerre (où j’ai effectué mon année de Seconde). Autant la petite ville de province m’était aussitôt apparue comme mon nouveau domicile, avec un déménagement en bonne et due forme, je sens que cela sera plus compliqué pour mon installation dans la Ville Sainte. 

Cette complexité d’appréhension d’un nouveau chez-soi s’exprime d’ailleurs très bien dans la préparation des bagages : comment déménager en 33 kilos (23 pour la valise en soute et 10 pour le sac à dos en cabine) ? Impossible. Il faut faire des choix, renoncer à certains livres, certaines paires de chaussures, certains accessoires de cuisine. Se dire que l’on pourra acheter « sur place » : un peu comme en vacances… Sauf que cela ne sera pas tout à fait des vacances (désolée, je brise le mythe de la 3A peinarde). D’ailleurs, cet après-midi, j’étais dans un magasin d’usine à la recherche de sandales : en payant ma paire de tropéziennes, j’ai fait la réflexion que je devais l’une des seules personnes à acheter ce genre de chaussures fin août. La vendeuse a ri et m’a souhaité de bonnes vacances. J’en suis sortie plutôt déconcertée… C’est d’ailleurs la première fois que je vais habiter dans un pays chaud (non, je ne considère pas Paris, Auxerre et Lille comme des endroits au climat agréable) : drôle d’expérience que d’aller en cours en nu-pieds et peut-être en pantacourt. J’ai lu pas mal de réflexions sur les tenues sciences-pistes très « strictes », l’élégance de Saint-Germain-des-Prés : pour moi qui n’ai jamais effectué d’effort particulier pour me fondre dans la masse germanopratine, le choc campus à l’américaine avec 35° au compteur risque d’être rude. 

Oui, je me rends parfaitement compte de ma futilité à parler vêtements et style vestimentaire sur ce blog. Et alors ? Je me suis sentie trahie par l’absence de shorts et de bermudas (ne parlons pas des maillots de bain) dans les rayons d’H&M la semaine dernière et je le dis. Ce n’est parce que le temps est pourri qu’il faut tout de suite sortir les vêtements d’hiver. Laissez les pauvres gueux rêver encore à l’été qu’ils n’ont pas eu, dans leur camping inondé sur la côte Atlantique. Moi, je rejoins le Soleil. 

Moment de joie : je viens de recevoir un mail du CROUS (oui, à 00h29) m’annonçant mon passage à l’échelon 0bis. Je devrais donc recevoir 100€ par mois (sur dix mois). Ajoutons la bourse au mérite de 200€ par mois (si tant est qu’elle soit maintenue), cela me réconforte. 

C’est la première fois que je pars seule à l’étranger. Bien sûr, je suis déjà allée loin, très loin avec mes parents, ou sans eux (séjours linguistiques, avec l’école…), mais jamais seule. En fait, c’est la première fois que je pars seule quelque part, sans point de chute plus personnalisé qu’une auberge de jeunesse réservée pour cinq nuits et une chambre dans le village étudiant à partir du 1er septembre. Je vais être totalement libre, et cette perspective est à la fois attirante et effrayante. A part des horaires assez larges pour le petit-déjeuner, aucune contrainte, aucune obligation, mais de multiples possibilités. Explorer la ville à mon rythme, m’en imprégner avant le début de l’ulpan et d’un isolement relatif sur le campus légèrement excentré, rester dans la salle commune de l’hôtel à observer les autres voyageurs… J’espère ne pas perdre la tête !

 

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