« C’est une guerre, ce n’est pas très drôle ».

Point de tracasseries financières ou administratives dans cet article – bien que ce ne soit pas ce qui manque – mais une réflexion simple, presque banale, et pourtant tellement étrange pour les Français que nous sommes : Israël est un pays en guerre. 

Je ne m’étendrai pas sur les raisons du conflit que l’on connaît bien ou sur les responsabilités des deux camps. Juste tenter une description, voire une analyse, de ce que je ressens en lisant le fil d’actualité sans cesse mis à jour de Haaretz (« Le Pays », grand quotidien israélien disponible en anglais sur le Net) et surtout les discussions que j’ai avec un étudiant de Sciences Po sur place (à qui je dois cette pertinente phrase d’introduction). 

Déjà, une peur certaine. Pour les habitants d’Israël, de la bande de Gaza et des Territoires Palestiniens, pour les touristes dont le séjour pourrait s’arrêter là, à cause d’une roquette que le Dôme de Fer (un système anti-missile très performant développé par les forces de défense israéliennes) n’aurait pu détruire avant sa chute. Aujourd’hui, 9 juillet, une roquette est tombée sur une maison dans le sud d’Israël, sans faire de blessés. Hier, 8 juillet, plus de cent roquettes ont été tirées depuis la bande de Gaza, avec une puissance de tir respectable car elles ont atteint Haïfa (tout au nord) et Jérusalem. 
Mais cette peur, très égoïstement, est également pour moi. Que faire si les négociations n’aboutissent pas (selon le Hamas, le gouvernement israélien aurait refusé un cessez-le-feu) et que la guerre s’intensifie ? Mon séjour à l’étranger sera-t-il maintenu ? Le mail de la DAIE reçu aujourd’hui à ce sujet m’a donné quelques sueurs froides, heureusement injustifiées. 

DAIE : Nous sommes très attentifs à la situation en Israël. Afin de préparer au mieux avec vous votre départ dans le contexte actuel, pourriez-vous m’indiquer à quelle date vous avez prévu de vous y rendre ?

 Moi : Fin août. 

DAIE : Je vous souhaite un bel été.

(Ou comment te faire flipper en quelques minutes, puis faire descendre la pression)

Je songe aux étudiants qui souhaitaient partir en Egypte lors de la Révolution ou de la destitution du président Morsi, ou en Syrie avant le début de la rébellion (la Syrie était l’une des destinations proche-orientales les plus prisées). 

Pourtant, ce premier sentiment passé, un autre, peut-être plus incongru, prend sa place : le regret de ne pas être sur place, de ne pas vivre ce moment exceptionnel. Alors que le ridicule de cette quasi-jalousie s’impose à moi, J. (sciences-piste à Jérusalem, dans les quartiers arabes) exprime un autre point de vue : être dans une guerre n’est pas une chance. Malgré mon rêve de devenir reporter de guerre ou militaire, on ne peut considérer une situation qui tue des civils, qui coûte de l’argent en abris, en lance-missile, comme une chance. Douche froide assurée.

Petite discussion sur Facebook avec J. (après qu’il a signalé entendre la sirène. Où l’on voit ma naïveté et le pouvoir de la mondialisation de l’information. 

– C’est la première fois que je l’entends.
– Je l’ai lu sur Haaretz aussi
– Pour Jérusalem ?
– Oui.
– Ah, j’ai bien entendu alors ^^
– Jérusalem, Binyamina, Rehovot et Ra’anana.
– Ok. Mais j’entends toujours les gens prier. Donc c’est bon. […] Je vais aller voir si je dois faire quelque chose.
– Tu es toujours tranquille comme ça ou c’est l’influence d’un an au Moyen-Orient ?
– La roquette est passée au-dessus de la ville. C’est l’influence de ces derniers jours et généralement, j’ai tendance à relativiser. Et le fait d’être côté israélien ^^ Et à Jérusalem. Ce serait vraiment stupide que la roquette s’écrase sur le Dôme du Rocher ou sur un quartier arabe. Or, je suis dans un quartier arabe.
– Bonne analyse ! Tu devrais tweeter pour l’AFP.
– Oui, mais tout le monde n’est pas aussi rationnel (des deux côtés). […] En règle générale, j’essaye d’éviter les événements ^^ Par exemple, les quartiers vraiment tendus en périphérie de la ville, je n’y vais pas. Je n’ai d’ailleurs aucune raison d’y aller, à part pour faire mon journaliste à deux balles voyeur. Il y a des professionnels pour ça.
– Mais franchement tu as de la chance d’être au cœur de l’actualité !
– Une chance ? Je ne sais pas. C’est une guerre, ce n’est pas très drôle.

Pour moi, la guerre est tellement irréelle, un phénomène tout droit sorti de mes lointains cours d’histoire ou théorisé à l’extrême dans les cours de relations internationales, qu’elle en perd son caractère meurtrier et dangereux. Même en lisant les statuts Facebook de personnes présentes en Israël, qui demandent combien de temps rester dans les abris, que faire de son chat anxieux en cas d’alerte (oui oui) ou postent une vidéo de l’alerte à Tel Aviv. 

J’ai beau me dire que la défense israélienne est performante, que mes amis qui partent sur des campus américains ont plus de risques de se faire tuer par un fou armé que moi lors d’une attaque à la bombe, la guerre reste présente. Et je reviens à mon sentiment de peur exprimé au début. 

(Cet article tourne en rond, nous sommes d’accord)

Alors, que faire ? Tweeter en direct pour l’AFP ? Prendre des photos inédites, tel un « journaliste voyeur » comme le dirait J. ? Céder à la panique de mes grands-parents ? 
Plutôt relativiser. Essayer d’équilibrer. Agir en personne rationnelle (un élément qui manque clairement en Israël, semble-t-il) et prudemment. Comme en France, en fait. Sauf qu’au lieu de ne pas traverser quand le feu est rouge pour les piétons, en Israël c’est rester dans la pièce bunker de l’appartement quand la sirène retentit. Question d’échelle. 

La vie continue. Comme en 1940, peut-être… 

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