Just chillin'

Un an après, le mot de la fin

Il y a un an précisément, le mercredi 27 août 2014, je quittais la France et atterrissais en Israël, pays qui m’était totalement inconnu si ce n’était à travers les livres, les films et des retours d’autres étudiants. Je n’avais pas confiance en mon anglais, ni en moi. J’hésitais entre plusieurs masters et regardais celui en journalisme et affaires internationales avec des étoiles dans les yeux, sûre de ne pas être à la hauteur.

10 mois, 40 articles et 4750 vues plus tard…

Aujourd’hui, le 27 août 2015, je suis retournée à Sciences Po, mon école, pour ma première pré-rentrée. Demain, ce sera celle à l’école de journalisme. J’ai réussi. Me voici de retour dans un univers familier, des camarades à revoir, des habitudes à reprendre, mais de nouveaux défis à relever. J’ai appris à connaître Israël, à l’apprécier (souvent) et à le détester (parfois) ; mais il y a tant à découvrir que j’y retournerai très probablement l’été prochain pour un stage. Je parle mieux anglais et j’ai (un peu) plus confiance en moi.

La coïncidence temporelle était si belle que j’ai décidé d’en profiter et de clore aujourd’hui ce blog. Bien sûr, tous mes articles resteront en ligne et je répondrai à d’éventuels commentaires, mais j’aime les symboles et il est temps de passer à autre chose.

Le retour en France, le mois d’août, fut presque léthargique : je me sentais vide, sans but, loin de celles qui étaient devenues mes plus proches confidentes. Je montrais mes photos et la nostalgie me submergeait. Les questions plus ou moins pertinentes sur mon séjour se succédaient, sans que je parvienne à exprimer véritablement l’essence de ces dix mois passés à l’étranger, et d’ailleurs, qui aurait pu me comprendre ?

Mais le temps a passé, le retour à l’école s’est précisé, de nouveaux projets sont apparus, et cet Erasmus blues a progressivement disparu.

Vous pouvez ainsi me retrouver derrière la nouvelle association Sciences Po Défense & Stratégie, qui entend resserrer le lien entre notre école et le monde de la Défense ; ou sur un Tumblr, plateforme encore assez mystérieuse pour moi, à cette adresse : du28au117.tumblr.com 

Il faut aller de l’avant et ne pas vivre dans ses souvenirs. En puiser de la force et de l’expérience, et cesser de tout comparer. Les fruits sont moins goûteux, la vie plus chère, les sorties moins trépidantes, car j’avais tout à découvrir là-bas. Maintenant, je suis de retour chez moi. A Paris. A Sciences Po.

Oui, je suis attachée à ma vieille école, et mon émotion était grande cet après-midi quand j’ai revu la péniche, me suis assise sur les durs bancs de Boutmy pour assister à des réunions plus ou moins utiles.

« You are here to change the world », a dit le nouveau doyen de PSIA, Enrico Letta. Pari tenu.

Entre verdure et désert, randonner en Israël (3/3)

Jeudi 27 août, après le dîner. Nuit, bruine, fatigue. Dernier article de ma série sur les randonnées, avant de passer au mot de la fin.

Massada, l’ascension de l’extrême

Perchée à quatre cents mètres au-dessus de la mer Morte – et donc presque au niveau de la mer -, les ruines de la forteresse de Massada sont un lieu emblématique du tourisme en Israël et a une place particulière dans l’histoire juive. En effet, lors de l’invasion du royaume par les Romains et la destruction du Second Temple de Jérusalem en 70 après J-C, environ un millier de juifs se sont réfugiés là, sur ce plateau peu hospitalier, glacé la nuit et brûlant l’été, à l’est du désert de Judée. Ils se sentaient sans doute en sécurité et ont établi une communauté autonome, construisant des maisons, des greniers, des synagogues, et repoussant les Romains.
Mais les envahisseurs ne renoncent pas aussi facilement et décident d’assiéger la montagne de l’autre côté, en bâtissant une longue rampe en zig-zag, encore visible aujourd’hui. Ainsi, en 72, voyant que les Romains s’apprêtent à les capturer ou les tuer, les zélotes juifs font un choix extrême : le suicide. Les femmes tuent leurs enfants et les hommes leurs femmes, avant de s’entretuer à leur tour. Seule une poignée se cachera et témoignera de cet acte, courageux ou fou selon les opinions.

Cet endroit mystique est donc, en plus d’être magnifique, chargé d’histoire et de souvenirs ; c’est aussi un point de vue remarquable sur la mer Morte. La tradition est de commencer l’ascension la nuit afin de voir le lever du soleil du haut de la montagne ; vous connaissez mon amour des panoramas et des levers et couchers de soleil, je ne pouvais donc pas manquer cela.
Nous avions pensé le faire avec mon père lorsqu’il m’avait rendu visite, mais une mauvaise nuit de sommeil et une certaine flemmardise avaient réduit nos plans à néant…

De week-ends en vacances, la date du départ de Leah approchait dangereusement et nous voulions le faire toutes les trois, avec Daniella. Nous réservons alors le tour avec Abraham Tours pour le dimanche 28 mai, Yom HaStudentim et donc sans cours. Pour voir le lever du soleil, le départ est bien sûr à trois heures du matin : le réveil est mis, nous prenons un taxi et rejoignons le groupe devant un bâtiment familier, l’Abraham Hostel.
Notre guide est un homme doux au corps sec d’ascète, qui confie être un ancien ultra-orthodoxe ayant quitté la communauté. Passionné par la mer Morte, il s’y baigne au moins une fois par semaine, et sera donc notre conducteur pour ce tour qui comprend Massada, Ein Gedi et la mer Morte.
Nous sommes une dizaine, uniquement des touristes : des Anglais, des Allemands, des Chinois et des Russes. Mais le sommeil nous prend bien vite tandis que le minibus file sur la route 1 dans une nuit sans étoiles.

Après un peu plus d’une heure de route, nous parvenons à l’entrée du parc de Massada et, une fois le bon chemin trouvé – pas facile dans le noir, bien que l’on voie sans trop de difficultés – commençons alors l’ascension. Deux kilomètres et sept cents marches.

Au bout de dix minutes, mes poumons souffrent déjà le martyr et je rêve d’une plateforme de téléportation. Leah et Daniella partent devant tandis que je grimpe tant bien que mal, me reposant souvent, admirant le progressif lever du soleil dans un silence… désertique. Nous sommes très peu sur le chemin, et l’on croirait assister à la création du monde.

Lever du soleil derrière les montagnes de Jordanie, au-dessus de la mer Morte.

Lever du soleil derrière les montagnes de Jordanie, au-dessus de la mer Morte.

Encore quelques arrêts, des marches de pierre inégales, puis je retrouve mes camarades qui m’attendaient un peu plus haut et nous atteignons le sommet ensemble. Temps indicatif : 45 minutes. Mon temps… plus d’une heure, pour sûr !

Mais l’effort en vaut la peine. Il est environ six heures, le soleil tape déjà fort sur les ruines et il est difficile d’imaginer que, deux mille ans auparavant, des gens habitaient là… Tout est bien conservé – pour des ruines – et le site est plutôt grand. Nous partons en exploration, examinant les remparts, les murs des maisons, les synagogues, admirant la vue sur le désert rocailleux. Je prends même un petit déjeuner assise sur une grosse pierre.

Arrivée en haut, la vue sur le rocailleux désert de Judée est à couper le souffle.

Arrivée en haut, la vue sur le rocailleux désert de Judée est à couper le souffle.

J’aime le désert, son silence, son vide, son immensité qui nous rappelle notre petitesse et notre insignifiance d’humains, face à ce lent travail d’érosion des roches par la pluie et le vent. Nous sommes jeunes et pourtant nous détruisons…

(C’était l’instant écologique du jour)

Mais le temps nous est compté et, bientôt, il faut entamer la descente. Par le même chemin, bien sûr : il y a une télécabine mais elle n’ouvre qu’à huit heures et il est sept heures. Après avoir rempli nos gourdes à une fontaine délicieusement fraîche – et au ventilateur très bruyant – nous reprenons donc le sentier du serpent. Daniella gambade comme un chamois des montagnes tandis que Leah et moi peinons un peu et suivons notre rythme. Je souffre heureusement moins qu’à l’aller !
Nous ne sommes pas les dernières à rejoindre le minibus et nous reprenons la route, direction Ein Gedi.

Les pentes de Massada sont abruptes...

Les pentes de Massada sont abruptes…

Ein Gedi, le retour 

Je m’étais déjà rendue dans ce parc national avec OSA, au tout début de mon année en Israël, et je n’avais pas vraiment apprécié : trop chaud, trop de monde. Mais cette fois, le parc vient d’ouvrir, nous sommes très peu et la chaleur reste supportable. Les damans des rochers (les petits animaux qui ressemblent un peu à des mini-marmottes) sont étalées sur le chemin, à l’ombre des rochers, faisant tranquillement la sieste avant de se réfugier dans des trous creusés dans les murs. Pareil pour les bouquetins de Nubie, emblèmes du parc, et qui se promènent en liberté, absolument pas effrayés par nos appareils photo.

Un bouquetin de Nubie et un daman des rochers discutent dans le parc d'Ein Gedi.

Un bouquetin de Nubie et un daman des rochers discutent dans le parc d’Ein Gedi.

Pour l’anecdote, j’ai envoyé cette photo pour le concours photo souvenir de 3A, mais je n’ai pas gagné. Difficile de peser face aux dunes du désert de Namibie, visitées par une autre sciences-piste.

Nous suivons le chemin de David et arrivons à la deuxième source, où nous nous étions déjà arrêtés lors de ma visite avec Rothberg. Elle a beaucoup diminué : c’est un problème dans le parc… Et, miraculeusement, nous sommes seules. Un coin de paradis pour nous trois.
Nous nous mettons immédiatement en maillot de bain et, munie de mes tongs, je m’aventure dans l’eau fraîche, un bonheur après l’effort de la randonnée. Un petit tour sous la cascade, et nous nous installons sur les rochers pour sécher, tandis que Leah s’amuse à créer des barrages avec son postérieur.

Le passé du lieu, le calme, le murmure de l’eau, une libellule jouant avec nous, tout se conjugue pour croire à la spiritualité, aux miracles qui s’y seraient déroulés. Comme à Massada, je songe à la création du monde ; nous sommes trois déesses nous promenant dans notre oeuvre…

Cascade rafraîchissante dans le parc d'Ein Gedi, bienvenue après la montée (et la descente...) de Massada.

Cascade rafraîchissante dans le parc d’Ein Gedi, bienvenue après la montée (et la descente…) de Massada.

Mais le temps file et, à nouveau, nous devons rejoindre le minibus – après la dégustation d’une glace – pour notre dernière étape, une plage de la mer Morte.

Faire la planche et s’enduire de boue : bienvenue à la mer Morte !

Bonne surprise, la plage est bien aménagée, avec boutiques, vestiaires, douches, et même « le bar le plus bas de la planète ». Nous nous installons sur trois fauteuils avant de rejoindre l’eau, d’une température parfaite, bien plus agréable qu’en septembre dernier. Je parviens enfin à faire la planche sans paniquer, et nous récupérons de la boue avec nos pieds pour nous enduire mutuellement, sous les regards amusés des nombreux baigneurs.

Je ne m’attarde pas sur cette partie vu que j’ai déjà raconté la mer Morte, mais j’ai toujours cette impression de paysage lunaire, d’irréalité, qui confère un charme étrange au lieu..

Enfin, après une bonne douche, c’est le retour à Jérusalem, accompagnées par les musiques choisies par notre conducteur. Il passe notre chanson préférée, et nous dépose près du village étudiant. Il est 14 heures, nous sommes réveillées depuis 12 heures… Bonne nuit !

Entre verdure et désert, randonner en Israël (2/3)

Mercredi 26 août, tard dans la nuit. Déjà le 27, en vérité. Une excitation mêlée d’angoisse me tient éveillée, comme si le grand départ était dans quelques heures. Mais non ; le grand départ, c’était il y a un an. Déjà… La fin du blog se rapproche. Je n’ai plus que quelques heures pour me mettre à jour, grande procrastinatrice que je suis – ça n’a pas changé.

Les rafales de vent et les gouttes frappant les vitres troublent le silence de la nuit ; au loin, une chouette lance un cri d’alerte. Outre me faire redouter l’automne qui s’approche, ce temps maussade me rappelle également ma randonnée pluvieuse en Galilée. Pas le même paysage, mais cette même lassitude devant un ciel de plomb et l’insidieuse humidité.

Comme les rois mages, en Galilée (sous la pluie)

La sagesse israélienne dit qu’il ne pleut pas de Pessah (généralement à la mi-avril) à Souccot (début octobre). J’ai pu constater la justesse de ce proverbe : j’ai connu ma première averse israélienne lors de mes vacances de Souccot à Haïfa, et ma dernière à la fin de la semaine de Pessah, à l’occasion donc de ma randonnée.

Je vous ai déjà parlé de Hiking in Israel, un groupe Facebook regroupant majoritairement des étrangers vivant en Israël et désireux de découvrir le pays à travers des randonnées encadrées par un personnel anglophone. Un seul défaut : le bus part (très) tôt de Tel Aviv, vers 6h30, ce qui exclut les habitants de Jérusalem n’ayant pas les moyens de passer une nuit à Tel Aviv – ou pas de connaissances dans la ville.
Lorsque j’ai fait part de ce problème aux organisateurs, j’ai pu constater une certaine frilosité typique des tel aviviens par rapport à Jérusalem : comme si le simple fait de poser un pied dans la capitale du pays allait les transformer en religieux fermés d’esprit, les sept enfants pas en option. Sentiment réciproque d’ailleurs : nombreux sont les hiérosolymitains orthodoxes à considérer Tel Aviv comme la ville du péché.
Bref, il m’était impossible de négocier un ramassage à Jérusalem, et ce même pour une randonnée dans le désert de Judée à laquelle je souhaitais participer en novembre.

Mais je ne veux surtout pas manquer cette marche de deux jours en Galilée, seule région d’Israël qui me reste inconnue en avril ; me voilà donc à la recherche d’un hébergement pour la nuit du jeudi au vendredi, sachant que le vendredi, c’était la fin de Pessah et donc un jour férié. Avec les transports s’arrêtant vers 17 heures le jeudi soir.
Après un appel au couchsurfing auprès des autres participants à la randonnée, infructueux – mais où est donc la légendaire hospitalité israélienne ? -, je remarque que Steve, l’un des organisateurs et guides, propose à cause de la météo franchement pourrie en perspective un remboursement du voyage. On est jeudi, il est presque 11 heures et je pourrais presque pleurer de frustration face à ce week-end qui s’annonce désastreux.
Je tente alors de négocier une annulation, la mort dans l’âme – d’autant plus que je n’ai pas de poncho de pluie – mais Steve me convainc de rester et me propose une réduction pour une nuit dans une auberge de jeunesse qui vient d’ouvrir, tenue par une de ses connaissances. Pas loin de la gare routière du sud, une proposition de partage de taxi avec une Française le lendemain matin, je signe.

Me voilà donc partie pour Tel Aviv avec mes deux sacs à dos : un petit pour la randonnée en journée, et un plus gros qui restera dans le bus, avec sac de couchage et affaires de rechange. Je glisse aussi un sac poubelle au cas où.
Je retrouve Daniella à la gare routière de Jérusalem qui s’apprête à passer le week-end chez son ami dans la banlieue de Tel Aviv, et une heure plus tard nous voici au bord de la Méditerranée. Direction maintenant l’auberge, appelée Little Tel Aviv, à une vingtaine de minutes à pied de la Tahana Mercazit. Le lieu est très propre, sent le neuf et l’accueil très sympathique : je partage un large dortoir de six avec une Allemande, et les autres ont l’air vide.

Quelques minutes de repos plus tard, je commence une grande balade dans Tel Aviv, savourant la solitude ; je participe à une séance de relaxation sur le boulevard Rothschild avant d’admirer le coucher de soleil depuis la plage Frishman, puis rentre à l’auberge en ayant fait quelques emplettes pour le déjeuner du lendemain – et mon dîner de ce soir. Certains supermarchés ne respectent heureusement pas Pessah, ce qui me permet d’acheter du pain ; je prends aussi des crackers, de l’emmenthal Président (oui oui) et me fais deux oeufs durs.

La cuisine de l’hostel manque franchement de convivialité et les salles de bain peu pratique : pas de savon, pas de serviettes ni même de mouchoirs en papier… Alors c’est beaucoup plus clean que Florentine (ma précédente expérience désastreuse en hostel à TLV) mais on est loin de la chaleur de Port Inn à Haïfa, qui restera mon hostel préféré.
22 heures et au lit : le lendemain, taxi prévu à 6h et donc réveil à 5h30. Je prépare mes sacs à l’avance afin de ne pas réveiller ma voisine.

La traversée du pays 

Ponctuelle, je retrouve Michelle, une Française quadragénaire qui participe à la randonnée ; elle habite en Israël depuis une quinzaine d’années et travaille dans une entreprise israélienne. Le taxi sait où il doit nous déposer, et nous retrouvons une autre Française, Alice, employée à l’ambassade.
Le groupe s’agrandit peu à peu et les nationalités sont multiples : des Anglais, des Allemands, des Américains et quelques Espagnols. Du café réveille les endormis, ainsi que des macarons, alors que le ciel de Tel Aviv se teint de mauve et de bleu.

Vers 7h (oui, vous savez, les Israéliens et partir à l’heure…), notre groupe d’une trentaine de personnes charge enfin les sacs dans la soute et grimpe dans le bus. C’est parti pour un voyage vers le nord-est du pays, à la limite du plateau du Golan, émaillé de commentaires des deux guides, Steve et Ariel. Nous traversons des champs verdoyants et quelques forêts, tandis que le paysage se fait plus vallonné à mesure que nous progressons à travers la basse, puis la haute Galilée. Certaines collines sont en fait des volcans endormis ; deux d’entre elles, symétriques, ont servi pour le tournage du film Kingdom of Heaven parce qu’anciennes forteresses croisées. Des nuages obscurcissent le ciel et des averses sporadiques se déclarent : cependant, quand nous arrivons au départ du chemin, il ne pleut pas.

La balise du Israel National Trail, que nous empruntons sur quelques kilomètres !

La balise du Israel National Trail, que nous empruntons sur quelques kilomètres !

Au programme de la journée, une quinzaine de kilomètres, en partie sur l’Israel National Trail, le chemin de randonnée qui traverse Israël du nord au sud. Les bons marcheurs le font en trois mois : j’aimerais les imiter un jour.

Du vert ! 

Les paysages me sont presque familiers : des collines d’herbe, des arbres feuillus – ça m’avait manqué -, une forêt qui ressemblerait presque à celle de Meudon. L’ambiance est bonne et chacun avance à son rythme.

Nous croisons quelques ruisseaux, heureusement franchissables sans se mouiller, et faisons une pause café : incluse dans le prix de la randonnée, c’est la boisson emblématique du groupe, préparée sur un petit réchaud à gaz.
Quand un besoin naturel se fait sentir, « vous avez toute la nature à votre disposition », répond le guide !

Nous reprenons notre marche et je manque souvent de me fouler la cheville sur des rochers rendus glissants par la pluie. Une petite bruine tombe, suffisante pour nous inconforter, mais nous continuons d’un bon pas avant la pause déjeuner, une fois atteint le Nahal Dishon, la seconde partie de la randonnée.

Après le déjeuner, je m’arrange pour être seule sur la route, n’écoutant que mes pas et les bruits de la nature… Toujours ces mêmes collines assez hautes, et des petites sources jaillissantes sur les côtés.

Les randonneurs ont un public pacifique !

Les randonneurs ont un public pacifique !

La pluie vient cependant gâcher notre plaisir et, bientôt, la seule protection de mon sweat-shirt ne me suffit plus. Alors que je grelotte lors d’une pause, mon sac poubelle posé sur mes jambes nues, une Allemande bien préparée me prend en pitié et me propose… sa couverture de survie, bien pliée dans sa trousse de premiers secours.

J’ai l’air de Robocop et je fais un bruit monstrueux en marchant, au point d’alerter les autres randonneurs, mais j’ai chaud et suis à peu près au sec.

La vue splendide me distrait bientôt de ces soucis matériels, d’autant plus qu’il a cessé de pleuvoir.

Magnifique paysage verdoyant en Haute-Galilée. Les nombreuses pluies y sont pour quelque chose.

Magnifique paysage verdoyant en Haute-Galilée. Les nombreuses pluies y sont pour quelque chose.

La fatigue commence à se faire sentir et je regarde régulièrement l’heure, quand notre groupe s’arrête car les guides ont une proposition. Deux chemins sont possibles : le long, avec une belle vue et quatre heures de marche, ou le court, encore deux heures (tout est relatif). Je manque m’évanouir d’effroi à l’idée de marcher encore quatre heures alors que tout le monde semble en pleine forme et prêt à avaler de nombreux kilomètres.
La mort dans l’âme, je suis le mouvement… Mais le long chemin est trop boueux : nous attendons donc le bus qui nous épargnera une partie de la route.

Je défaillis presque de bonheur en montant dans cet habitacle sec et chauffé, malgré la vapeur qui s’élève rapidement de nos vêtements et la boue qui macule désormais le couloir.

La colline tueuse

C’est parti pour un petit quart d’heure de route, puis nous descendons – trop tôt à mon goût – et commençons la lente ascension d’une colline, un fameux point de vue dans le coin. L’enfer. La montée est raide, j’ai des ampoules, une douleur à la cheville et quinze bornes dans les pattes. Mes camarades ont l’air de faire une promenade de santé et je me résous immédiatement à faire du sport plus souvent pour augmenter mes capacités (hum hum).

Reprise de l’écriture jeudi vers midi. Il pleut toujours, mais cela ne fait pas peur à Sciences Po : loin d’annuler le cocktail prévu dans la cour du 28 rue des Saints-Pères, ou de le faire à l’intérieur, ou de louer en urgence des dais… On nous suggère fortement par mail de se vêtir convenablement et d’avoir un parapluie. 

Je m’arrête régulièrement pour reprendre ma respiration, m’attirant les regards inquiets et compatissants des autres randonneurs qui gambadent comme des chevreuils. Ici aussi, un troupeau de vaches des montagnes aux cornes impressionnantes paisse, et semble assez mécontent de notre incursion. Certains bipèdes manquent de se faire poursuivre par les ruminants.

Enfin, l’ascension se termine et nous arrivons en haut de la colline, où des ronces et buissons épineux se disputent le terrain avec des ruines ; probablement un vieux poste d’observation . Des murs en pierre subsistent ainsi que des escaliers s’enfonçant dans la terre : mikveh ou cellier ? Le mystère reste entier – pour nous en tout cas. Le point de vue offre un panorama magnifique sur les collines de Galilée, mais également la vallée de la Huva, en contrebas, et le plateau du Golan au loin. Tout au fond, dans les nuages, on peut même distinguer les contreforts des montagnes libanaises, le mont Hermon et la Syrie, en dépit d’une antenne relais qui gâche sérieusement le paysage.

Encore une fois, le lieu où je me tiens est chargé d’histoire, comme beaucoup d’endroits dans ce pays : cinquante ans plus tôt, des chars jordaniens et israéliens se livraient à des combats acharnés ; il y a mille ans, des chevaliers en croisade combattaient les « Infidèles » et construisaient des forteresses ; deux mille ans auparavant, c’était Jésus qui prêchait dans les envions, dans un lieu éloigné de la capitale et donc moins surveillé.
Bien sûr, Paris est également une ville chargée d’histoire, avec les rues qui portent le nom de personnages historiques, des églises, des palais… Mais cette connexion avec le passé est d’une intensité incroyable en Israël (si j’ai le temps, je reviendrai sur ce souvenir qui peut devenir un poids).

La vallée de la Huva, en Galilée, lieu stratégique de migration des oiseaux. Au loin, la plaine du Golan et les contreforts des montages syriennes.

La vallée de la Huva, en Galilée, lieu stratégique de migration des oiseaux. Au loin, la plaine du Golan et les contreforts des montages syriennes.

Mais il est temps de redescendre, heureusement par un chemin moins pentu qu’à l’aller. On me conseille de marcher en canard afin de gagner en stabilité : mes chevilles souffrent mais c’est efficace.
Retour au car, et direction le village de Bédouins où nous passerons la nuit.

L’hospitalité bédouine

En lisant le programme de la randonnée, j’avais découvert qu’il existait donc des Bédouins du nord, qui ne vivent pas dans le désert du Néguev mais en Galilée. La famille qui nous accueille est habituée aux touristes et son accueil très chaleureux ; cependant, l’équipement reste très sommaire.
Deux grandes pièces chauffées par un poêle nous serviront de dortoir et je place stratégiquement mes sacs au plus près du poêle – inutile de préciser que je suis transie de froid, de fatigue et d’humidité. Malgré la pluie, les repas se tiendront dehors, sous un dais et sur des tapis spongieux. Il n’y a que trois cabinets de toilettes pour quarante personnes et deux douches sans eau chaude. S’il avait fait beau, j’aurais pu probablement supporter cette précarité, mais le temps pourri me tape sur les nerfs et c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase.
Démoralisée, je parviens à prendre une douche glacée et rapide, avant de m’asseoir sur mon matelas et observer les randonneurs heureux, se passant une bouteille d’arak et discutant fort dans toutes les langues.

Heureusement, l’arrivée de la nourriture me remonte le moral : les quantités sont astronomiques mais partent vite dans l’estomac des convives affamés. Poulet aux pignons, riz, aubergines grillées, pitas à l’huile d’olive, houmous, salade, taboulé… Je remplis mon assiette et discute gaiement avec les deux Françaises et d’autres randonneurs.
Et à 22 heures, je me glisse dans mon sac de couchage avec un pantalon de survêtement et un pull, avant de mettre mes boules Quiès et de glisser dans un délicieux sommeil réparateur, bercée par la chaleur du poêle et le murmure (fort) des conversations qui continuent.

Le réveil se fait également en douceur vers sept heures, et la pluie torrentielle qui ne faiblit pas contrarie les plans de notre groupe : Ariel et Steve sont contraints d’annuler la randonnée de la journée, et nous laissent dormir plus longtemps. Bonheur intense : mon ampoule me fait toujours souffrir et j’ai dû me froisser un muscle à la cuisse – je parviens à peine à descendre et monter les escaliers.

Le petit-déjeuner se compose des restes de la veille, puis nous nous asseyons autour de notre hôte qui nous conte l’histoire de sa famille. Comme beaucoup de Bédouins, les hommes sont pisteurs dans l’armée israélienne : souvent dans des unités exclusivement bédouines, leurs qualités sont reconnues et les enfants s’entraînent très tôt dans les champs et les collines. Quant à la matriarche, elle fit passer illégalement les frontières à des résistants palestiniens ; sa fille a ensuite émigré aux États-Unis…

Mes souvenirs sont un peu estompés mais je me souviens de destins étonnants, racontés en hébreu et arabe par un Bédouin d’une soixantaine d’années, les enfants courant autour de lui et nous, touristes, buvant ses paroles – enfin, la traduction d’Ariel. 

Mais cet agréable moment touche à sa fin : il est temps de ranger nos affaires et les matelas, puis de repartir. Aujourd’hui, nous visiterons Acre faute de pouvoir randonner.

Acre sous la pluie, toujours le bazar 

Vous vous souvenez peut-être de ma première visite d’Acre, en octobre, quand j’étais à Haïfa. Je n’avais pas particulièrement goûté aux charmes culinaires et archéologiques de la ville. 

Malheureusement, peu d’évolution la seconde fois : même si mon humeur s’améliore une fois un parapluie acheté, nous nous perdons encore dans les ruelles, en admirant cependant les étals d’épices, dégustant un knafieh (pâtisserie dégoulinante de miel, pas trop mon truc) et une pita de falafels. 

Puis, c’est le retour vers Tel Aviv : comme pour nous narguer, le ciel s’éclaircit et l’air se réchauffe alors que nous longeons la côte vers le sud. A un station-service, qui abrite aussi un centre commercial ouvert le samedi – quelle belle invention ! Je me rends bien sûr dans la librairie Stemiazky et déniche, à ma grande surprise, le septième et dernier tome de la série Magyk d’Angie Sage, Fyre, en anglais. C’est censé être pour les jeunes ados mais j’adore le sens de l’humour de l’auteure et j’ai donc acheté ce pavé, que j’ai malheureusement dû revendre. 

Comme nous sommes plusieurs à vouloir prendre le sherout à la gare routière centrale, nous nous arrêtons ici et je grimpe donc dans un minibus à destination de Jérusalem, que va jusqu’à la porte de Damas. Là, je prends un bus arabe, et me voilà de retour à la maison pour une douche chaude bien méritée ! 

Entre verdure et désert, randonner en Israël (1/3)

Jeudi 20 août, vers 22 heures. L’appartement familial est calme, la nuit meudonnaise également. Seul un train brise régulièrement le silence. Jérusalem est passée au journal de France 2, coup d’essai peu risqué du nouveau correspondant de la chaîne en Terre Sainte, Franck Genauzau. Beaucoup se réjouissent du départ de Charles Enderlin, qui a connu son lot de polémiques.

Revoir le dôme du Rocher, le Kotel et les toits plats de la Vieille Ville m’a émue. Dans une semaine exactement, cela fera un an que je suis partie, et un peu moins de deux mois depuis mon retour. Et dans une semaine, c’est aussi la pré-rentrée de PSIA. Belle coïncidence temporelle.
Ainsi, avant de replonger la tête dans les cours, conférences et autres papiers à rendre, je me décide enfin à rédiger les derniers articles de ce blog, ceux que je vous avais promis depuis plus ou moins longtemps.

Je commence avec les randonnées que j’ai faites en Israël.

 

Petit pays aux paysages très variés et au climat propice, Israël se prête parfaitement à la pratique de la randonnée. C’est même un sport national ici : à chaque jour férié ou semaine de vacances, des milliers d’Israéliens se retrouvent sur les petits chemins, dans le Néguev en hiver ou en Galilée au printemps, et ce malgré l’absence d’une réelle offre d’équipement (Décathlon, si tu m’entends, tu es attendu plus que le Messie là-bas).

Randonner était l’un de mes principaux objectifs en arrivant dans le pays, et je dois malheureusement constater que c’est celui que j’ai le moins bien rempli. J’avais en effet sous-estimé les difficultés matérielles : pas de voiture pour se rendre au point de départ des chemins, des devoirs à faire le week-end, et surtout l’absence de transports en commun pendant Shabbat, ce qui m’empêchait de participer à la plupart des randonnées organisées par Hiking in Israel, dont le départ était toujours à Tel Aviv très tôt le samedi matin.

Je totalise tout de même quatre randonnées à mon actif, plus ou moins longues et élaborées. J’entends bien sûr par « randonnée » une longue marche loin de Jérusalem, dans des endroits vides : ainsi, des expéditions sur le mont des Oliviers, aussi épuisantes soient-elles, ne comptent pas comme des randonnées.

Commençons par la première !

 

De Jéricho à Jérusalem, le Wadi Qelt ou la Vallée de la Mort 

(Technique du patchwork : j’avais en fait écrit un article juste après cette randonnée, au tout début de mon séjour, et pour une raison que j’ignore je ne l’avais pas publié. C’est chose faite, avec quelques remaniements et l’ajout de la fin). 

29 août 2014 (arrivée + 2 jours). Réveillée par la chaleur, j’ai la bonne idée de regarder mon réveil : 6h35. Nous étions censées partir à 6h30. Great. Je ne me suis jamais préparée si vite de ma vie : autre défi de la 3A. Après avoir chargé les deux litres d’eau dans mon sac à dos, mais sans prendre de petit-déjeuner (grossière erreur) petite marche matinale dans les rues hiérosolymitaines : cette heure matinale est très agréable, le soleil ne chauffe encore pas trop et un petit vent rafraîchit l’atmosphère. Ana (la journaliste néerlandaise avec laquelle j’ai sympathisé), Alex (une Israélienne travaillant à l’auberge) et moi nous rendons à l’arrêt de bus pour notre destination que j’ignore encore. Je paie 10,30 shekels et c’est parti pour l’aventure.

Le bus sort de la ville et passe devant l’université, puis nous passons un check-point. Mon premier, en fait. Rien ne se passe, et je comprends alors que nous allons randonner en Cisjordanie. Dans une zone orange du Ministère des Affaires étrangères français, soit « déconseillée sauf raison impérative ». Haha. Pourtant, lorsque j’évoque la situation avec Alex, elle ne semble pas considérer l’endroit où nous allons (près de Jéricho, dans le désert de Judée) comme la West Bank car c’est une zone apparemment gérée par Israël – de ce fait, le bus nous dépose près d’une colonie. Ainsi, elle n’a pas vraiment peur de s’y rendre, en faisant cependant preuve d’une certaine indépendance.

Le chauffeur nous prévient donc de l’arrivée à notre destination (en même temps, nous étions cinq dans le bus : nous, lui et un religieux) et nous descendons quasiment au milieu de nulle part. Saisissant de penser que nous sommes à peine à vingt minutes de Jérusalem, et déjà dans le désert !

Marche droit devant toi...

Marche droit devant toi…

Après une rapide consultation de la carte sur laquelle j’émets quelques doutes silencieux, nous voilà parties à l’assaut de la première partie de la randonnée : la route bétonnée reliant la colonie au monastère Saint-Georges. Il est 7h45 et déjà 30° (au moins) mais cela en vaut largement la peine : le silence total, l’immensité du désert… C’est aussi une sorte de défi que tu te lances : une seule route dont tu ne vois pas le bout, la surprise après chaque tournant et l’obligation de suivre la route pour ne pas se perdre ; si tu n’y arrives pas, tu dois faire demi-tour ou puiser dans tes réserves pour y arriver.

Lilliputienne

Lilliputienne

Le monastère Saint-Georges

Une bonne heure de marche et quelques bus de touristes croisés plus tard, nous arrivons en vue du monastère et entamons la longue descente dans la vallée (la Wadi Qelt) où se nichent les bâtisses.  De nombreux pèlerins, surtout des Grecs et des Russes (à les écouter) nous accompagnent vers ce haut lieu du christianisme grec orthodoxe littéralement accroché à la roche rougeâtre de la vallée, qui n’a rien à envier aux canyons américains.

Pourquoi cette obsession de l'homme pour les constructions difficiles ?

Pourquoi cette obsession de l’homme pour les constructions difficiles ?

Nous passons une « tenue décente » (soit un paréo autour de ma taille que j’avais eu la présence d’esprit d’apporter) et pénétrons dans le monastère. Des icônes dorées ornent les murs, des moines grecs orthodoxes, en tenue, offrent conseils spirituels, petits gâteaux et boissons aux visiteurs, qui se rendent ensuite dans la chapelle d’où s’échappe une forte odeur d’encens et de bois. Touchée par la ferveur des croyants, j’observe avec émotion et retenue les personnes qui s’agenouillent devant les reliques de moines assassinés dans le monastère au septième siècle par les Perses. Cependant, la chaleur est étouffante et les bâtiments manquent d’authenticité : ils furent entièrement reconstruits au 19e. Un chat se frotte à mes jambes tandis que les filles regardent à nouveau la carte et demandent conseil, dans un hébreu mêlé d’arabe, aux Palestiniens juchés sur des ânes qui guident les touristes moyennant finance.

A l’assaut du Wadi Qelt

Nous comprenons alors qu’il existe deux chemins pour rejoindre les sources d’Ein Qelt, notre objectif : le chemin vert, « chaud mais plutôt facile » et le chemin rouge, qui passe dans le lit asséché du Jourdain, « plus frais mais plus difficile ». Inconscientes que nous sommes, nous voilà parties sur le chemin rouge.

Vous le sentez, le mauvais plan ?

Vous le sentez, le mauvais plan ?

Au bout d’une heure, malgré la beauté du paysage, les nombreux oiseaux et le bruit rafraîchissant de l’eau qui coule près de nous, je dois en être à ma troisième foulure de cheville sur les cailloux instables, en dépit de mes nouvelles chaussures de randonnée Décathlon (à 15€, j’aurais dû m’en douter). Le sentier est certes balisé, mais mal aménagé : nous escaladons un premier rocher afin de pouvoir continuer – heureusement, Alex a été singe dans une vie antérieure et nous aide à passer (comprenez, me tire vers le haut, pauvre chose rappelée par la loi de la gravité).

Une autre heure passe (ou plus, je n’ose même pas sortir mon portable pour économiser de l’énergie), mon rythme ralentit et je frôle la crise de tachycardie. Le soleil tape, les ombres se font rares et les marques de balisage également : nous n’avons de toute façon qu’un seul chemin, continuer tout droit avant de trouver un sentier nous permettant de remonter afin d’atteindre la source.

Puis, nous nous retrouvons face à un nouvel obstacle : le sentier est bouché par de grosses pierres. Seule une voie sur le côté semble se dessiner, mais il faut escalader des rochers et passer sur une étroite corniche, tout cela sans sécurité, bien sûr. Alex grimpe la première, annonce que le passage est praticable, mais « scary ». Par dessus le marché, des bergers sur les hauteurs nous ont repérées et nous lancent des invectives en arabe. Me laissant tomber sur une pierre dans le seul coin d’ombre et buvant une eau tiède, je pense ma dernière heure arrivée et songe à me laisser mourir là en attendant d’hypothétiques secours en hélicoptère. La facture et la probable absence d’assurance flottent devant mes yeux fatigués lorsqu’Alex déclare qu’il faut soit faire demi-tour, soit tenter l’ascension; Alors, allons-y.
Finalement le passage se fait plutôt bien : je mets mon cerveau sur pause, me concentre uniquement sur mes pieds et mobilise des forces insoupçonnées dans mes bras. Une poussée d’adrénaline me saisit et je me sens en pleine forme… pour cinq minutes. La fatigue me reprend rapidement, d’autant plus que la chaleur est insupportable et que nous arrivons à une intersection.

Une bonne dizaine de chèvres paissent tranquillement l’herbe rare, blotties sous l’ombre de quelques oliviers. A quelques mètres, des baraquements de tôle : probablement leur abri pour la nuit. Après le silence oppressant de la vallée, je suis rassurée par ces preuves de vie et par la vue, en haut d’une raide colline, d’un autre sentier marqué d’un balisage vert. Je respire l’odeur forte des chèvres et du crottin quand Ana repère un berger sur son âne : Alex, au début légèrement effrayée, décide d’aller le saluer et de lui demander de l’aide, dans un hébreu mêlé d’arabe. Lui et son… collègue ? sont apparemment ravis de nous voir et décident finalement de nous guider jusqu’à Ein Qelt. Mon soulagement est immense et je plonge avec joie mes mains dans l’eau fraîche conduite par un aqueduc datant de l’époque romain – peu m’importe si les chèvres, les chiens et l’âne boivent dedans.

Etude de carte...

Etude de carte…

Notre étrange équipage – deux Européennes dont une juchée sur un âne, une Israélienne et deux Palestiniens – continue donc la route, suivant un chemin tracé dans le dur sable du désert. Les montées et descentes sont abruptes et je manque plusieurs fois de perdre l’équilibre sur ma monture somme toute sympathique. Nous croisons quelques maisons de bergers, devant lesquelles des enfants en haillons jouent, dans la léthargie de ce brûlant après-midi. Assurément, nous sommes l’attraction du jour, voire de la semaine. Nous redescendons ensuite dans le ravin où gisent les ruines d’un ancien pont, et les bergers nous laissent là : à nous d’assurer la dernière partie du voyage.

Je peine à regagner mes esprits mais comprends qu’il faut encore monter, puis marcher sur un étroit sentier fait de grosses pierres qui longe un ruisseau, à l’ombre des bambous. Enfin, j’entends des cris et des éclats de joie, avant de repérer des groupes d’hommes qui se baignent torse nu dans la source. Les femmes restent voilées, assise dans l’ombre ; quelques fillettes font trempette avec leurs vêtements sur le dos.
Après six heures de marche, nous voilà enfin à Ein Qelt.

La quête du Graal : Ein Qelt !

La quête du Graal : Ein Qelt !

Alex se risque dans l’eau cristalline et Ana s’y assoit, mais je n’ai pas de maillot et même les 40° ne me convainquent pas à glisser plus que mes mollets dans la source très fraîche. Une cascade rugit au loin, des Palestiniens baragouinant un peu d’anglais nous servent du thé, préparé sur un feu de fortune bâti à l’aide de pierres.
Assise sur un rocher, pieds nus, je me refuse à tout mouvement superflu et la somnolence me gagne lentement, mais un problème surgit brusquement dans notre trio : comment allons-nous rentrer ?
Impossible de rejoindre la route à pied depuis la vallée dans l’espoir d’attraper un hypothétique bus : même si mes deux camarades sont assurément plus en forme que moi – car elles ont eu le temps de manger avant de se lancer dans cette délirante aventure – la montée est bien trop rude. Nous songeons alors au stop ou au covoiturage : une famille de Jérusalem est là et se propose de nous ramener.
Les recommandations du Lonely Planet « Ne jamais faire de stop ! » clignotent en rouge fluo dans ma tête.

Enfin, des exclamations en anglais se font entendre et notre salut apparaît : un groupe de l’auberge de jeunesse est là, la source d’Ein Gedi faisant partie des lieux proposés dans les voyages d’Abraham Tours. Quelques négociations plus tard, une place nous est assurée dans les deux gros 4×4 qui portent sur le toit une denrée infiniment précieuse : de l’eau fraîche.
Je retrouve Sophie, ma co-dortoir belge, et nous prenons place sur la banquette à l’arrière du van. Dire que la route est cahoteuse serait un euphémisme : blême, fermement cramponnée aux poignées, j’essaie de ne pas regarder le précipice que nous longeons.

Puis, une demi-heure plus tard et le checkpoint passé dans l’autre sens, nous voici de retour à l’auberge, pour une douche et une sieste bien méritées, la tête remplie de vues désertiques et du chant des cascades.

 

J + 14 : le temps du bilan 

Dimznche 19 juillet, tard dans la soirée. Une playlist Spotify dans les oreilles – en l’occurrence Musiques de films, qui diffuse l’excellente BO de Cloud Atlas, le morceau Finale, et maintenant Time d’Inception – je me décide enfin à rédiger ce premier bilan, deux semaines après mon retour ; je dois le faire maintenant sinon jamais et j’apprécie la symbolique de cette date. Pourquoi pas avant ? Vous me connaissez bien désormais : la flemme. Surtout celle d’utiliser mon ordinateur en fait : alors qu’il n’a même pas deux ans, il bugue à un niveau improbable et je préfère donc utiliser mon nouveau portable même si c’est un peu moins pratique. Cet article risque donc d’être assez court et de comporter des fautes de frappe, j’en suis navrée. 

Nouveau portable ? Eh oui, le lendemain de mon arrivée, mon père et moi avons couru chez Orange – enfin, surtout moi – et j’ai basculé du côté obscur de la Force en revenant un iPhone 6. Cadeau d’anniversaire trois mois et demi plus tard. Et sans vouloir faire de pub pour Apple – qui d’ailleurs n’en a pas besoin -, je suis totalement accro et enthousiasmée par ce mini-ordinateur qui tient dans ma poche. D’ailleurs, je dis souvent que je suis rentrée en France pour retrouver mes livres, la nourriture et recevoir mon cadeau. C’est exagéré mais il y a tout de même un fond de vérité ! 

  
Alors, qu’ai-je fait depuis mon retour, à part céder au consumérisme californien ?

J’ai passé quelques jours à Paris, tranquillement chez moi, pour me réhabituer à la vie française et familiale. J’avoue que, le lundi matin, je n’en menais pas large : alors que je montais dans la voiture de mon père pour aller à Boulogne, je me demandais où étaient mes valises et à quelle heure était mon avion. Gros coup de blues et un léger décalage qui est heureusement vite passé après une visite chez mes grands parents et une virée au Monoprix. 

Premier point dans la liste « choses qui me manquent » : le coût de la vie. Cela paraît très large évidemment, mais j’avais oublié à quel point la vie en France – et surtout dans la banlieue ouest parisienne – pouvait être aussi chère. Simples courses au supermarché mais aussi transports en commun : n’ayant plus de pass Navigo (renouvellement prévu début septembre évidemment), j’ai dû payer 5,10€ pour un aller retour Meudon Paris. Avec un train en retard et non climatisé bien sûr.

 Mais je tenais à revoir une amie sciences piste pour une expo sur Napoléon au musée Carnavalet (petit rappel patriotique) et une promenade dans la beauté des rues de Paris. J’ai également déjeuné avec ma mère sur son lieu de travail puis avec mon oncle dans un petit restaurant rue des Rosiers (rue emblématique du quartier juif de Paris). Malheureusement pas convaincue par les falafels ni par la tehina. Ma quête continue. 

  
Puis, je suis partie une petite semaine en Mayenne dans notre rustique maison de campagne pour « me mettre au vert » et bien me reposer. Travail manuel, lecture, bronzage, un vrai sas de décompression en compagnie de ma cousine. La nature verte, les grands arbres feuillus, les champs et les vaches m’avaient manqué plus que je ne le pensais. J’ai savouré la solitude sur une petite route de village, le soleil couchant sur ma peau à plus de 21h30. J’ai également fait une vraie cure de viande rouge ! 

  
Et demain, nouveau départ chez ma grand mère en Bourgogne. Pas de connection Internet à la maison, réseau pour le portable incertain. Dieux d’Orange et de la 3G, priez pour moi. 

Bon, c’est bien gentil de raconter ma vie me diriez vous, mais quid de l’analyse ?

Après de longues réflexions mais aussi de grandes discussions assez importantes pour mon futur et la construction de mon identité, j’en conclus que cette année étrangère m’a aidée à avoir moins peur. Moins peur de demander, réclamer, m’exprimer, vivre. J’avais encore tendance à me penser banale vu que tous mes camarades sont aussi partis à l’étranger mais je me dis que, non, ça ne l’est pas tant que ça. J’ai vécu dix mois dans un pays sans parler ou presque ma langue maternelle, perdant tous mes repères du quotidien, m’en créant d’autres. Je me suis occupée de moi même, de l’appartement. 

Oui, sans avoir peur des grands mots et même si je vis toujours chez mon père, je pense désormais être une (presque) adulte, assurément plus mûre qu’avant mon départ et prête à vivre avec moins de filets. Bon, j’ai toujours un peu peur des araignées mais celle des ascenseurs s’est progressivement résorbée – essentiel quand on vit au huitième étage. 

Serais-je devenue adulte si tôt sans être partie ? Je ne peux évidemment pas me prononcer étant donné que ce séjour fait désormais partie de moi et qu’il est impossible de revenir en arrière pour l’observer dans un monde parallèle où je serais restée en France – ou partie en Norvège par exemple. 

Je suis partie en août 2014 bien enveloppée dans une chrysalide de certitudes, qui s’est craquelée au fil des mois, des rencontres et des découvertes. Je continue à donner des coups de l’intérieur ces derniers jours et j’attends quelque chose – ou quelqu’un – pour m’en délivrer totalement. Et accepter le moi qui en sortira.

Ce n’est qu’un au revoir… Journal à bord.

Dimanche 5 juillet, 18h45 (encore à l’heure israélienne)

Voilà, mon année étrangère est terminée. J’ai quitté la Terre Sainte il y a une heure environ, dans un bel A320 d’Air France à destination de Paris Charles de Gaulle. Arrivée prévue à 21h40 (heure française), et donc uniquement quatre heures de vol. C’est pratique, ce décalage horaire. Enfin, nous passons bien cinq heures dans l’avion, évidemment.

Deux constats pour l’instant : les avions devraient être interdits aux bébés, et je n’ai pas besoin de prier pour arriver à destination saine et sauve vu que mon voisin rabbin le fait pour moi – enfin, entre deux épisodes de Un gars une fille qu’il regarde sur son téléphone. Les barbes, les tsitsits et les kippas vont-elles me manquer ? Bonne question.

J’ai encore du mal à réaliser que je suis partie ; j’imagine que le véritable choc – si tant est que j’en souffre – aura lieu demain, quand je me réveillerai dans ma petite chambre meudonnaise et pas dans mon aussi petite chambre

Annonce du steward (en français, puis en anglais avec ce bel accent qui ne m’avait pas DU TOUT manqué) : nous allons survoler l’île de Rhodes, nous passerons sur Thessalonique, puis Sarajevo, Venise, survol des Alpes par Zurich et descente à partir de Dijon. Je lui fais totalement confiance : j’ai bien un hublot, mais au-dessus de l’aile et ne peux donc pas voir grand-chose.

Et j’ai faim. Mon voisin a déjà son repas car les repas casher sont distribués en avance. Le brownie dévoré au duty-free n’a pas fait long feu.

Bref, où en étais-je ?

Le choc du départ. Je pense que ma prise de conscience s’est étalée sur plusieurs jours, voire plusieurs semaines : en effet, étant la dernière de l’appartement – et probablement des undergraduate de Rothberg – j’ai vu mes colocataires et mes camarades s’en aller, certains dès la fin mai, et j’ai pu épuiser une grande partie de mon stock de larmes. Mes yeux étaient tout de même humides dans le sherout pour l’aéroport, puis au moment d’embarquer et au décollage.

Au revoir !

Au revoir !

En fait, j’ai passé ce dernier mois à faire mes « derniers » et à me détacher progressivement de ce pays, de cette ville et de ses habitants. Dernière escapade à Tel Aviv avec Daniella il y a deux semaines, dernier paper rédigé en Terre Sainte lundi dernier (enfin, plus précisément, dans la nuit de lundi à mardi : d’ailleurs, si je valide, je fais un grand truc audacieux, je vous préviens), dernière marche vers l’université jeudi pour rendre des livres et effectuer quelques formalités administratives, dernier repas à Mahane Yehuda vendredi (entourée de Russes et d’Américains du programme Taglit… Autant pour le pittoresque) et enfin dernière grande promenade hier samedi, sur le mont des Oliviers (il était temps).

C’était donc plutôt lors de ces « derniers », ainsi que lors des départs successifs de mon entourage, que j’ai ressenti l’approche imminente du départ.

Le repas était assez bon, Air France fait des progrès. Au menu, salade de pommes de terre avec du poulet pané froid, un petit roulé à la tomate, du pain et un gâteau à la vanille. J’ai même voulu manger la Vache qui Rit parce que j’ai une fascination pour les plateaux repas, avant de me souvenir que, même après dix mois sans beaucoup de fromage, je n’aime toujours pas la Vache qui Rit. Encore moins la fausse de l’avion.

Oui, on peut manger correctement en classe éco.

Oui, on peut manger correctement en classe éco.

Par contre, mauvais timing pour le repas : aujourd’hui, c’est le 17 Tammouz, un jour de commémoration de diverses catastrophes, qui est jeûné par les juifs pratiquants. Je trouve qu’Air France pourrait s’adapter et servir ses repas un peu plus tard, étant donné qu’un bon tiers des passagers – au vu des kippas, foulards et repas non consommés – sont pratiquants. Ah là là, le retour à la laïcité française va être étrange, je vous l’assure.

Oh, et le bébé s’est remis à crier, tandis que les deux gamins derrière moi s’agitent en tapant dans les sièges et demandent sans cesse à leur mère quand est-ce qu’on arrive. Je suis pour l’interdiction des bébés ET des enfants pas sages. Ou alors, pour une distribution gratuite de somnifères.

Oui, cet article risque d’être un peu décousu…

Question à mille euros : suis-je triste ?

Je ne sais pas. Je me dis que la tristesse est liée au regret et aux occasions manquées. J’en compte certes quelques-unes au cours de cette année – mais qui n’en a pas ? et j’essaie plutôt de me concentrer sur les bons points, les beaux souvenirs, les magnifiques découvertes, au lieu de ressasser et de me dire « Oh, j’aurais dû faire ça, visiter cette ville, parler à cette personne… », mais je pense aussi que passer des après-midis dans son lit à découvrir des séries, à lire, ou à glander sur le canapé en refaisant le monde avec Daniella ou Leah sont aussi des expériences constructives, bien qu’elles laissent moins de traces photographiques.

Bien sûr, j’aurais aimé rester plus longtemps, voir encore plus de choses, améliorer mon hébreu – qui n’est pas aussi bon que je le souhaitais avant de partir. Je ne suis pas comme certaines connaissances qui ont réellement souffert cette année et qui comptaient presque les jours avant le retour en France. Mais je suis aussi contente de retrouver la France, parce que mes cours à la rentrée ont l’air passionnants (je vais avoir Emmanuel Laurentin et Nicolas Beytout comme professeurs à l’école de journalisme ! et Hubert Védrine à PSIA si je réussis mes IP !) ; parce que la campagne me manque (Yonne et Mayenne, départements au potentiel méconnu) ; parce que je vais enfin avoir mon cadeau d’anniversaire (un iPhone 6 !).

Et puis, la phrase un peu bête qui résout tout et rien en même temps : il fallait bien que ça se termine. C’était prévu. J’ai même eu presque un mois supplémentaire (mon départ était prévu le 10 juin).

Alors, le temps du bilan ?

Il est peut-être un peu trop tôt pour un bilan en bonne et due forme, car j’ai besoin de confronter Israël et la France. Avec mon regard d’habituée à la société israélienne, et ma… euh… « ré-habituation » à la France ? Ça existe, ce mot ?

Cela peut paraître très snob mais j’ai perdu un peu de mon français. Les mots ne me viennent plus aussi spontanément qu’auparavant, malgré ma pratique écrite régulière sur ce blog et dans le journal. J’ai bugué pendant quelques minutes en cherchant la traduction de « reliable » et j’ai le réflexe de parler hébreu ou anglais aux hôtesses de l’air.

L’une d’entre elles ressemble comme deux gouttes d’eau à ma marraine, elle aussi hôtesse de l’air à Air France. Enfin, la marraine dont je me souviens la dernière fois que je l’ai vue, il y a six ans.

Bon, quelques éléments, tout de même….

J’ai passé une excellente année, malgré mon absence d’éléments comparateurs – c’était la première fois que je passais autant de temps à l’étranger. J’ai vraiment vécu pendant dix mois dans un pays où l’on ne parle que très peu ma langue, avec des mœurs, des traditions, des codes sociaux différents. Evidemment, ce n’est pas la Chine, l’Inde ou l’Ouganda, mais je ne cherchais pas de réel dépaysement. Juste quelques différences, pour mieux apprécier – ou non ! – mon retour en France.

Ce fut d’ailleurs l’occasion d’une profonde réflexion sur mon identité, ce que c’est d’être Française. Avant de partir, je pensais naïvement être Européenne, voire « citoyenne du monde » (ne vous inquiétez pas, je ne reviens pas en pantalon à fleurs et dreadlocks), mais cet éloignement m’a fait prendre conscience de ma nationalité. Pas forcément de l’attachement à cette dernière, mais de mon extrême « french-itude » dans la plupart de mes actes, que ce soit positif ou non.

Et faut-il en avoir honte ? Essayer de le cacher ? On est si vite taxé de tous les noms quand on montre un peu d’attachement à sa culture, à sa nation, à ses origines. Oui, je suis française, sans être pour autant supérieure aux autres. J’ai abondamment critiqué le manque d’élégance des Américaines et leur extrême superficialité, notamment dans les relations humaines, mais il faut justement reconnaître cette grande sociabilité. Ok, c’est le seul point positif que j’arrive à trouver, j’avoue.

Donc, quand je mange à des heures régulières sans jamais oublier le beurre ; quand je porte de l’attention à ma tenue quotidienne ; quand je parle anglais ou que j’évoque des concepts en relations internationales… Je suis française. Et encore, pour l’accent, beaucoup d’anglophones m’ont dit être étonnés par mon bon anglais. Il est vrai que la plupart de mes compatriotes rencontrés en Israël ont une façon de parler très reconnaissable !

Même physiquement, on me dit « you look French » (bon, et aussi German et Russian), pas plus tard qu’hier quand je visitais le jardin de Gethsémani.

Mais pourtant, quand je vois ce qu’il s’est passé en France pendant mon absence… Attentats en janvier, multiples scandales politiques, et tout récemment cette guerre ridicule entre UberPop et les taxis, le vote de la loi sur le renseignement et la menace qui plane sur les Guignols.

Je reconnais aussi désormais l’extrême rigidité française, ce moule dans lequel on nous force à rentrer, le manque de flexibilité dans les études ou le marché du travail par exemple. C’est probablement très formateur, et bénéfique à ceux qui savent s’y adapter, mais peut détruire les autres.

Alors, disons que je suis fière d’être de culture française, mais pas forcément de mon pays d’origine. Ce n’est probablement qu’en partant loin, pour longtemps, que l’on peut s’en rendre compte.

Cette année étrangère fut aussi la confirmation de plusieurs choses, de plusieurs vocations. Déjà, une affirmation de ma personnalité, des aspects dont je me doutais sans en être sûre, et une progressive acceptation de moi-même. Je ne sais si c’est la maturité (oui, j’ai eu 20 ans, je peux employer ce grand mot désormais) ou le fait d’évoluer dans un cadre différent, mais devoir me débrouiller au quotidien, repartir à zéro, m’a poussée à mieux me connaître, à (re)connaître que, oui, je suis casanière, j’ai des tendances mélancoliques, j’aime agir indépendamment des autres, je ne supporte pas l’ennui intellectuel ni les discussions superficielles. Voilà, c’est moi, et j’ai arrêté d’essayer de changer si c’est pour en souffrir.

D’ailleurs, à propos de la maturité, je suis définitivement passée du côté des vieux. Tout à l’heure, sur le tapis roulant de l’aéroport, j’ai dépassé deux jeunes Français en disant pardon, et l’un a dit à son copain « Pousse-toi, la dame veut passer ».  La DAME. Putain. Alors que j’étais considérée comme jeune en Israël vu que j’entre en master à 20 ans. Pareil dans l’avion, les hôtesses ne me disent plus mademoiselle mais madame. Pfiou.

Oui, je suis féministe mais je tiens au mademoiselle. Pourquoi n’aurait-on pas deux appellations différentes pour les femmes jeunes et moins jeunes, au choix, sans sous-entendu du statut marital ?

Hé, c’est génial, il est 20h23 et il fait encore jour. C’était un aspect assez pénible de la vie quotidienne israélienne, la nuit qui tombe très tôt.

Des bancs de nuages dérivent au loin, comme de la crème chantilly sur de la mousse azur. Nous survolons désormais la terre ferme ; probablement les Balkans.

Comme vous le savez, j’ai dû également choisir mon master en mars, et je dois dire que sans mon stage au Jerusalem Post, je n’aurais même pas candidaté au double-master PSIA / EDJ. C’est sans nul doute ma plus belle chance de cette année et j’en serai éternellement reconnaissante à la rédaction. Et également à Andalus Moyen-Orient, qui a eu la bonne idée de débuter cette année et donc de me permettre d’écrire des articles réguliers.

Même si je connaissais déjà mon extrême attachement à la beauté de la langue française, et malgré mes légères pertes de vocabulaire faute de la pratiquer intensément au quotidien, mes expériences rédactionnelles cette année furent la confirmation de cet amour. Oui, même si c’est mal payé, même si je désespère souvent en constatant un marché de l’emploi assez bouché (euphémisme), je veux écrire. Au quotidien. Pour en vivre. Utopiste, peut-être… Qui suis-je donc pour m’accorder ce quasi-luxe de vouloir faire ce que j’aime dans la vie ? Et mon acceptation dans ce master fut, justement, comme une reconnaissance académique – attention, instant « je me jette des fleurs » : oui, j’ai du talent, j’écris bien, et je veux encore m’améliorer afin de devenir une bonne journaliste.

Et de revenir en Israël pour essayer de proposer un portrait plus complet du pays.

Car c’est quelque chose auquel on est confronté régulièrement en lisant la presse française au sujet d’Israël, mon pays d’adoption pendant dix mois. Toujours les mauvaises nouvelles. Le Monde parle du Palestinien abattu à un check-point alors qu’il lançait des pierres sur des voitures israéliennes, mais pas des multiples attaques au couteau perpétuées ces derniers jours sur des soldats et des civils en Cisjordanie.

Les Palestiniens seraient-ils plus légitimes à attaquer les Israéliens parce qu’ils sont « oppressés » par ces derniers ? Où se termine la revendication et commence le terrorisme ?

Mon point de vue sur le « conflit » s’est étoffé au cours de cette année, en discutant avec des soldats israéliens venus de France, des camarades israéliens, des camarades de Jérusalem-Est, des marchands palestiniens. Et la situation est tellement, tellement plus complexe et nuancée que la belle version manichéenne que l’on nous sert en France.

Attention, je ne défends pas Israël inconditionnellement pour autant. J’ai vu des horreurs journalistiques passer sur certains sites francophones surtout lus par les Français vivant en Israël, des calomnies et des articles qui jetaient de l’huile sur le feu, bien loin du professionnalisme du Monde ou de Libération.

Mais c’est un peu ce que je cherchais, non ? L’absence totale de consensus, une année polémique, le devoir de se justifier presque quotidiennement, auprès des camarades sciences-piste mais aussi des Israéliens et des autres étudiants en échange qui m’interrogeant sur mon choix.

Justification d’autant plus nécessaire quand on n’est pas juive. Malgré des origines juives, je n’ai pas du tout été élevée dans cette religion, mais dans le catholicisme ; sans aller jusqu’à la méfiance ou l’hostilité, j’ai régulièrement ressenti un véritable étonnement quand j’expliquais avoir choisi de venir en Israël, le pays des Juifs (bon, et quand même 20% d’Arabes israéliens) alors que je ne suis pas Juive.

Déjà quatre pages Word. On dirait que l’attitude m’élève. Hahaha. Mais je suis fatiguée, après un lever à sept heures ce matin, et une activité quasi-frénétique de rangement et de nettoyage depuis. Je m’accorde donc une petite pause sieste post-repas.

21h25 (heure israélienne). Encore une heure et quelques (oui, le pilote nous a dit qu’on arriverait probablement en avance).

J’espère que ma logorrhée scripturale ne vous ennuie pas trop, mais vous avouerez que, dans un avion, à part dormir, regarder le film sur les petits écrans collectifs, lire ou s’occuper avec l’ordinateur, il n’y a pas grand-chose. Et puis, on m’a dit qu’il fallait que j’écrive « tout », alors j’en profite.

A travers le hublot, la nuit tombe lentement et la couverture de nuages se fait plus épaisse. Les rares éclaircies nous permettent d’observer des monts enneigés : probablement les Alpes. Les turbulences sont assez fréquentes et, bizarrement, le bébé n’apprécie pas trop.

Mes fesses commencent à me faire souffrir, mais je n’ai guère envie de me lever. D’abord parce que j’ai enlevé mes chaussures dès le décollage et que j’ai la femme de les remettre ; j’ai la phobie des toilettes d’avion – chacun ses trucs – et je ne veux pas déranger mon voisin qui a l’air passionné par le film. Un film français, je reconnais Eric Elmosino et je pense avoir aperçu Chantal Lauby. Et puis bon, un film français, ça se repère. Je préfère d’ailleurs un maximum avant de rentrer à nouveau en contact avec ce pan de la culture française. Ils auraient dû diffuser Qu’est qu’on a fait au Bon Dieu, ça aurait mis de l’ambiance.

Bon, qu’ai-je encore à dire…. De nouvelles péripéties à la douane israélienne, peut-être ?

Hier, recevant un mail d’Air France qui m’invitait à effectuer mon enregistrement en ligne, j’ai effectué les démarches nécessaires mais sans pouvoir imprimer la carte d’embarquement, faute d’imprimante en état de marche au village étudiant. Arrivée à l’aéroport…

Non, je dois revenir sur ma matinée, tout de même.

Lever à sept heures, donc, avec un planning plutôt chargé et une belle liste de tâches – depuis le temps, vous connaissez ma passion pour les plannings, les échéanciers et ces autres trucs qui donnent l’impression d’être performante alors que je reste une grande procrastinatrice devant l’éternel.

(Tiens, Word ne reconnaît pas « procrastinatrice ». Quelle erreur !).

Je m’attèle donc à une série d’occupations plus intéressantes les unes que les autres – franchement, vous ne savez pas ce qu’est une tâche chiante avant d’avoir nettoyé un frigo – et découvre que, dans un déménagement, on passe surtout du temps à jeter des choses et à descendre des sacs poubelles. Quand on habite au huitième étage, c’est assez pénible.

Je décide également d’affronter la banque afin de changer en billets la quantité assez astronomique d’agorot (les pièces de 10 centimes de shekels) accumulées par l’appartement entier au cours de l’année. J’attends, passe au guichet, et l’employée m’explique doctement que je dois compter moi-même les pièces afin de remplir un sac de 500 pièces, ni plus ni moins. Genre, j’ai une tête à compter des pièces.

Suivant son conseil, je me dirige donc vers le supermarché, où j’avais déjà tenté la démarche sans être vraiment comprise. Heureusement, cette fois, la responsable semble plus compétente et s’empresse de peser mon sac de pièces.

1,900 kilo. Wow. Elle me donne alors un beau billet de 50 shekels et je pars, le sourire aux lèvres. Vous imaginez, 50 euros en pièces jaunes ? C’est Bernadette Chirac qui serait contente.

Une fois rentrée, je continue mes tâches sans fin, entre nettoyer le plan de travail, jeter encore plus de machins et terminer mes valises. J’ai opté pour deux franchises bagages supplémentaires, ce qui me fait trois bagages en soute à 23 kilos et 12 kilos en cabine. Soit, au maximum, 81 kilos. Deux valises pleines, un sac à dos mis en soute, un gros bagage à main et un grand sac à main acheté en Turquie.

Puis, l’heure avance, une étudiante du MUN vient prendre le micro-ondes comme convenu et se laisse tenter par un peu de nourriture. Je n’ai pas le temps de déjeuner : je dois aller rendre mes clefs et je sais bien que le sherout, commandé pour 14 heures, arrivera en avance. Banco, alors que je nettoie le sol de la cuisine au Swiffer, vers 13h45, le chauffeur m’appelle et m’annonce qu’il m’attend en bas. Toujours plus aimables (non), ils ne préviennent même plus avant d’arriver…

Commence alors le moment épique que je redoutais depuis mon arrivée, ou presque : mettre tous les bagages dans l’ascenseur, traverser le village étudiant jusqu’au second ascenseur et me traîner jusqu’au taxi.

Instant poétique : les nuages sont magnifiques. Souvenirs émus de mon enfance, quand mon père me faisait croire sans trop de difficultés que Pom Pom Color et le Père Noël y avaient leurs châteaux. Je n’ai d’ailleurs toujours pas renoncé à mon rêve de faire un jour du surf sur les nuages. Bien épais comme de la crème fraîche ou de la guimauve.

(Comment ça, je ramène toujours tout à la bouffe ?)

Nous commençons notre descente vers Paris. Ciel nuageux (bon, je m’y attendais…) et 23°. Sympa. Par contre, je n’arrive pas à accorder « il fait encore jour » et « il est 21h53 » (20h53 en France).

Tout en espérant que le chauffeur m’attende, je me lance donc dans cette périlleuse traversée, une valise à chaque main, les sacs glissant lentement de mes épaules et le sac à dos bien en place. Il me houspille quand il m’aperçoit enfin et tire une drôle de tête en remarquant mes deux grosses valises. Un chauffeur de sherout, quoi. Je suis la quatrième : le taxi s’arrête ensuite à l’hôte Dan pour prendre deux Russes, la mère et la fille, puis zigzague dans les rues presque artificielles des colonies. Nous prenons donc la route 443 pour nous rendre à l’aéroport et l’une de mes dernières visions de l’extérieur du pays est le checkpoint de cette même route. Comme à l’aller.

Je regarde les paysages familiers, les oliviers centenaires qui défilent, la terre sèche.

Bon, je dois éteindre l’ordinateur !

Et me voici de retour à Meudon, plus de dix mois après mon départ. Mes livres, mes bibelots, mes vêtements d’hiver. Rien a changé, sauf moi peut-être. Et mon père qui a perdu des cheveux. J’ai l’impression de n’être que de passage, comme si j’allais repartir demain. Vais-je me réveiller ) Meudon ou à Jérusalem ? Les trains vont-ils remplacer le muezzin (j’habite à côté d’une gare) ? Combien de temps avant que « la maison » redevienne cet appartement ? 
Réponse dans les jours à venir. 

Une fois arrivée à l’aéroport, j’attrape un chariot qui a une fâcheuse tendance à tourner à gauche, puis affronte le contrôle de sécurité. L’hôtesse au début de la file me demande si j’ai ma carte d’embarquement : je me souviens vaguement de m’être enregistrée la veille sans pouvoir imprimer ma carte et elle me répond de continuer. Et, évidemment, arrivée au contrôle, on me demande la carte. Demi-tour, imprimerie de la carte sur la borne et retour au contrôle. Interrogatoire, puis dépose des bagages. Je croise les doigts, observe nerveusement la balance… Ca passe ! 21,5 kilos pour l’une, 24,5 pour l’autre et 10 kilos pour le troisième. Mais le sac à dos est un « bagage spécial » qui doit être enregistré à un comptoir séparé. Nouvelles péripéties.

Baudet, le retour.

Baudet, le retour.

Une fois débarrassée de mes bagages – il me reste tout de même une grosse besace et un grand sac à main – je vais rendre ma carte SIM israélienne au comptoir, puis remonte et affronte la dernière étape : la douane. Et, comme pour la Turquie, je bénéficie d’une attention toute particulière et mes deux sacs sont entièrement fouillés. J’avais heureusement eu la présence d’esprit de mettre tous mes chargeurs dans un petit sac en plastique, ce qui a facilité l’examen. Obtention du visa de sortie sur la borne pour passeport biométrique, puis duty-free. Une publicité Kérastase géante m’accueille et je me sens presque comme à la maison (coucou Maman). Je choisis un café au hasard, un goûter, profite du Wifi gratuit et apprécie ces derniers moments en Israël. C’est ensuite le temps de l’embarquement, de la retrouvaille des compatriotes, et du décollage…

Atterrissage quatre heures et trente minutes plus tard (on avait de l’avance) et premier contact avec l’administration française : aux douanes, sur la douzaine de guichets, seuls deux sont ouverts. Heureusement, les douanes françaises sont bien plus laxistes que leurs homologues israéliennes et je pénètre sur le territoire français sans encombres et sans faire la queue. Je récupère rapidement mon barda, et ce sont les retrouvailles émouvantes avec mon père.

Me voici de retour.

Et je repartirai. Si j’ai un enseignement à tirer de mon année étrangère, c’est ce goût de la découverte, de l’exploration, des petites différences du quotidien, de la vie en terre non-française (j’aillais écrire inconnue, mais bon). Alors, que ce soit en Israël ou ailleurs, le monde m’ouvre les bras.

Departure is coming

Tuesday, June 30th. In the evening. I’m lying on the couch, probably my favorite place in the apartment – after my bed, of course : my legs fit perfectly, the plug for my computer not to far and I can spend hours watching the life outside, the flickering lights of Jerusalem. Sometimes I hear a bang, a little explosion, and I can see the sparks of fire lights. The parking lot of the student village is full but it doesn’t bother Israeli drivers who are famous for their tendency of parking wherever they want. Here, on the corner of the alley, right in the middle of the parking lot. Well, I’ve seen worse  on Facebook : regularly, in Secret Jerusalem and Secret Tel Aviv, people post pictures of reckless drivers. I love this country.

Apart from the music mix I’m listening on 8tracks (various soundtracks, I love soundtracks), the flat is quiet. Dead quiet, in fact. I used to enjoy the silence when I had to work or just read, but now I would pay the price to hear Leor and Carmel quarrelling again, Leah’s Christian songs or Daniella talking to her Israeli boyfriend(s) on the phone. All these living noises rather than the suitcase and the baskets that are waiting in front of the door, full of stuff that my roomates left to my good pleasure before their own departure. Clothes, bed sheets, some books. For donation : a girl from Rothberg is collecting everything. But for the cutlery, the plates, the cups, I don’t really know what to do… I think I’m gonna put a note in the elevator.

Because, yes, I’m leaving soon. The last one. On Sunday, at 2 in the afternoon, I will lock the door one more time, check my mailbox (I’m still waiting for a postcard from the States) and give back my keys to the dorms’ office. Before that, I would have to clean and empty the cupboards, of course. I already started, today. In the shuk, thanks to Sophie’s advises (the French owner of my beloved Lebanese restaurant), I found a magic sponge called Blanco and, well, it’s quite impressive.

So many little objects are scattered everywhere : torture instruments for the eyelashes in the bathroom, products from the Dead Sea half opened, condoms on the microwave (not mine), dozens of bags full of spices in the kitchen’s drawers, magnets on the fridge. All that made this place a home. It’s not the first time I’m moving and have to empty a place, of course, but it’s always strange to think that, progressively, a place lose its status of « home ». During the year, when my roomates and I talked about home, it was there, our 5-bedroom flat on the eighth floor. « I bought kitchen paper for home » (me). « When are you coming back home ? (me and Leah to Daniella when we were worried). « Home sweet home ! » (everyone). But now, it’s almost not home anymore. When I think about home, France comes. My small room with the view on a graveyard, the kitchen from where I can see Paris and the Eiffel Tower. My father and my grandparents not so far. My mother, a bit farer but still close. French language, French food. I’m a bit afraid of coming back, I have to admit. Will I be able to fit in this frame again ? To have regular meals at regular hours with someone ? Oh, no, my father is not strict but… you know, « it’s not the same », said my roomates when I expressed my taste for liberty.

In the plane, I will write an article about what I’ll miss about Israel and what I won’t, I promise. With an update a few days later, I suppose.

The muezzin is faintly singing in distance. I’m sure it’s the one we heard with Daniella, during our last evening together, last Saturday. We wanted to go to Manou Ba Shouk (the Lebanese restaurant) but, because Shabbat, it was closed. So I remembered a nice restaurant in Sheikh Jarrah (a quarter of East Jerusalem), walking distance from our home, where I’ve been once. It was marvelous and we had the courtyard of the restaurant for ourselves. Well, until the muezzin started to sing. It was the strangest one I’ve ever heard, like an old cat trying to meow. Each time we thought it was done, he started again, with a less dynamic voice if possible. Definitely not attractive. Maybe he was tired because of the Ramadan.

Of course, because we were two girls walking in the night in an Arab neighborhood, many cars horned on us and some guys shouted as us. I suppose I have to get used to this again before coming back to Paris, right ? It’s so common in the streets of the City of Lights, while really less in Canada. Ô Canada… The fag is still outside, slightly moving because of the chilly wind. I think I’m gonna leave it there. I really don’t know what I could do with a Canadian flag back in France.

I started making a list of things I wanna do before leaving, as I did 10 months ago in Paris. Administrative stuff, like returning books to the library, asking for a check-out form, begging for an earlier exam in my psychology class (14th of July, I won’t be here anymore but I really want to pass. I filled a form entirely in Hebrew yesterday, on Internet, I hope it’ll work), selling some books I can’t take with me because it’s too heavy. Oh, that’s so sad. I would rather leave all my clothes here than being separated from my dear books. But, well, I don’t have a choice. I’ll manage to mail some, and, because I have less shampoo bottles than in August, it should fit and look well on the luggage scale.

I also wanna see the sunset from the Mount of Olives, go to the Beit Ticho (a long story from my first Hebrew class in Sciences Po), eat one last time at Manou Ba Shouk and buy some souvenirs for family and friends. Usual stuff.

Will I continue to write back home ? Yes, of course ! I owe you, dear readers – even though you don’t leave any comment – articles about Hebron, Ramallah, hikes I did in the country, Model UN experience, and I’m probably forgetting some. So be prepared to read new stories during the summer.

A quite and empty summer, by the way. Despite all the mails I sent, I didn’t find an internship for August, so… Well, maybe I’m gonna find a dull job in an office. I just want money, in fact. Daniella may also come to Italy and visit me in Paris. I miss the girls so much. Leah’s departure was harsh to manage : I couldn’t believe that her door was really closed, I was just waiting for her to burst suddenly in the flat, saying « hey, I’m back ! » as she did after her trips to Nablus or Jericho.

Alright, let’s go to bed. I slept two hours last night and woke up at 6 this morning to finish a take-home exam in international law. I thought I was going to cry over my keyboard of despair. I wrote so much bullshit. I won’t be a lawyer, for sure. But I did it. And, next year (well, starting in two months), I promise myself I won’t procrastinate like that. Trying at least to finish the job two days before the due date. It’s noted.

Oh, and about me writing in English… Well, as I said, I wrote quite a long piece this morning and I’m reading only in English these days (fanfictions hehe) so the words came in English. Sorry dad.